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Togo Hommage de Efo beto basile à Agboyibor
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Togo Hommage de Efo beto basile à Agboyibor

 

La bienveillance au travail.avant tout une question de valeurs, par l'artiste de chanson togolaise
Venez découvrir les nouveautés collective sur la chaine Efo Beto Basile
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Bien a vous

 

 

La bienveillance au travail.avant tout une question de valeurs

 

Loi organique sur la présidence du CSM : Un magistrat recadre Abdou Assouma

Dans une tribune intitulée : « Togo : l’indépendance de la justice à l’épreuve du juge constitutionnel », le juge Henry Ognan Dogo s’est prononcé sur la fameuse loi organique visant à confier la présidence du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM) au chef de l’Etat. Pour le magistrat du ministère public et porte-parole de l’Union Syndicale des Magistrats du Togo (USYMAT), cette proposition remet en cause l’indépendance du pouvoir judiciaire. « Si d’aventure par mégarde ou par inattention la loi organique sur le CSM venait à placer la justice sous le joug de l’exécutif, ce serait un véritable recul démocratique », a conclu Henry Ognan Dogo. Bonne lecture.

L’indépendance de la justice à l’épreuve du juge constitutionnel

Garant du respect de l’ordre constitutionnel et régulateur du fonctionnement des institutions de la République, la Cour constitutionnelle est appelée à se prononcer sur la constitutionnalité des lois suite à sa saisine par des autorités limitativement énumérées. Saisie, elle peut s’exprimer à travers deux types d’actes à savoir un arrêt (décision) ou un avis. Ces deux actes qui ont certes la même nature juridique, n’ont pas forcément la même force juridique.

Par avis n°av-002/20 du 18 mars 2020, la cour constitutionnelle sur demande du président du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM), s’est prononcé sur la présidence du CSM. En vue de déceler sa nature et son éventuelle force juridique puis les implications d’une telle interprétation sur l’indépendance de la justice, nous nous proposons une analyse de cet avis.

Bien avant tout, il est nécessaire de s’interroger sur la convenance ou l’opportunité de la démarche du Président du CSM. N’ayant pas la compétence l’initiative des lois, prérogative concurremment réservée à l’exécutif et au législatif, pourquoi s’est-il senti obligé de saisir la Cour constitutionnelle sur cette question ? Même si la légalité de cette démarche échappe à la contestation en ce qu’elle est conforme à l’article 104 de la Constitution togolaise, elle ne saurait l’être quant à son opportunité. Néanmoins faudrait-il reconnaitre que pour toute personne avisée qui a une vision claire de la justice et soucieux de son fonctionnement idéal en tant que pouvoir constitutionnel de l’État, indépendant des deux autres (exécutif et judiciaire), la suppression de l’alinéa 2 de l’article 116 devrait inspirer une certaine crainte ou inquiétude à l’heure où la plupart des institutions de la République font face à une vague de réformes.

Ainsi, le respect du sacro-saint principe de la séparation des trois pouvoirs constitutionnels de L’État posé par le « châtelain de la Brède » Montesquieu, la peur d’une éventuelle violation des dispositions constitutionnelles afférentes à l’aune d’une nouvelle loi organique portant organisation, composition, attributions et fonctionnement du Conseil Supérieur de la Magistrature, pourrait justifier une telle démarche.

En effet, semble exister depuis la révision constitutionnelle de mai 2019 qui supprimé l’alinéa 2 de l’article 116, une difficulté juridique sur la personnalité compétente pour présider le CSM. Alors que dans sa rédaction antérieure la Constitution faisait expressément du Président de la Cour suprême, Président du Conseil Supérieur de la Magistrature (article 116 al 2), elle est restée silencieuse sur cette question dans sa mouture actuelle par la suppression pure et simple de cette disposition sans aucune autre précision.

D’où semble naître l’ambigüité juridique relative à l’autorité compétente devant présider cet organe. Aux termes des nouvelles dispositions de l’article 113 de la constitution, « Le pouvoir judiciaire est indépendant du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif. Les juges ne sont soumis dans l’exercice de leur fonction qu’à l’autorité de la loi. Le pouvoir judiciaire est garant des libertés individuelles et des droits fondamentaux des citoyens ».

L’article 115 de la constitution dispose que « Le Président de la République est garant de l’indépendance de la magistrature. Il veille à l’impartialité, au professionnalisme, à l’intégrité et à la dignité de la magistrature. Il est assisté à cet effet par le Conseil Supérieur de la Magistrature ».

La Cour devrait donner son avis sur une question fondamentale : celle de savoir si le Président de la République pouvait présider le Conseil Supérieur de la Magistrature face au silence de la Constitution sur cette question.

La question posée présente tout de même un grand intérêt dans la mesure où l’avis de la Cour permettrait d’éclairer le législateur en levant l’équivoque qui est supposé exister et qui résulte du silence du pouvoir constituant sur la présidence du CSM dans le cadre de la future loi organique portant organisation, composition, attributions et fonctionnement de ce dernier.

De son avis, la haute Cour en matière constitutionnelle estime qu’eu égard à la récente modification constitutionnelle, le Président de la République devrait présider le CSM. Dans le dispositif de son avis notamment à l’article 1er elle dit être d’avis que « Le président de la République, garant de l’indépendance de la justice, de l’impartialité, du professionnalisme, de la probité, de l’intégrité et de la dignité de la magistrature, préside le Conseil supérieur de la magistrature ». Cet avis peut se justifier dans une certaine mesure d’abord sous un angle de la crainte par le politique, du « gouvernement des juges » ; ensuite par la suppression de l’alinéa 2 de l’article 116 ; et enfin par l’expérimentation de cette pratique par certains pays de l’Afrique francophone.

Cependant, l’on peut légitimement s’interroger, un CSM présidé tel que la Cour l’estime, pourrait-il répondre aux exigences d’édification et de consolidation d’une justice indépendante. Cette inquiétude justifie le caractère plus ou moins discutable de cet avis qui semble contraster avec les principes de la séparation des pouvoirs de l’indépendance de la justice dans la mesure où le CSM, organe chargé de gérer la carrière et la discipline des magistrats qui détiennent le pouvoir judiciaire, constitue la figure emblématique de la justice dans l’organisation des pouvoirs de L’État et surtout la « clef de voûte de l’indépendance de l’autorité judiciaire ».

En rapport avec ce qui précède nous analyserons tour à tour le caractère non authentique de cette interprétation constitutionnelle (I) et la portée juridique de cet avis de la Cour constitutionnelle (II).

I- Une Interprétation Constitutionnelle Non Authentique

La saisine de la Cour constitutionnelle pour avis vise à rechercher et obtenir une interprétation authentique et sincère de la Constitution. Cependant, en raison des multiples interprétations possibles il arrive parfois que les juges constitutionnels adoptent une interprétation dénuée de toute sincérité lui ôtant ainsi son caractère juridictionnel. Le présent avis de la Cour semble résulter d’une interprétation aux allures politiques de la Constitution (A) en ce que l’avis auquel elle a abouti vient prendre le contrepied des principes de la séparation des pouvoirs et de l’indépendance de la justice (B).

A- Une interprétation constitutionnelle aux allures politiques

L’application d’un texte de loi surtout lorsqu’il est nouvellement adopté n’est pas toujours aisée en raison d’éventuelles énigmes qu’il peut comporter. C’est une réalité connue de tous les techniciens du droit que Bernard BAUFUME formule par la phrase suivante : « les juristes savent que la première application d’un texte est une épreuve redoutable : les contradictions, les insuffisances, les lacunes apparaissent alors au grand jour et viennent ajouter à la perplexité du praticien chargé, tout à la fois de régler un cas d’espèce et de créer un précédent ». Cette affirmation vaut également, voire plus pour les textes constitutionnels qui consacrent et proclament des principes et des valeurs. Ce sont des réalités intrinsèquement liées à la formulation des textes juridiques en général. En effet, dans l’exercice de leurs missions, les autorités publiques peuvent être confrontées à des dispositions constitutionnelles équivoques, insuffisantes et imprécises surtout lorsque le pouvoir constituant se borne à établir des dispositions pratiques applicables à des situations concrètes, omet volontairement ou involontairement de régler d’autres situations concrètes. D’où la nécessité de l’interprétation qui est une « tâche naturelle du juge », en vue de cerner leur réelle signification. L’interprétation est un exercice qui consiste donc à rechercher ce que le texte ordonne ou permet c’est-à-dire « la norme qu’il exprime ».

Parlant de l’interprétation, il faut dire que plusieurs acteurs (politiques, professionnels du droit, etc.) peuvent être amenés à appliquer et à se livrer donc à une interprétation de la Constitution créant ainsi un risque d’interprétations divergentes qui certainement préjudicient à la cohérence de l’ordre constitutionnel. Face à cette dispersion d’interprétations, la solution retenue est que l’interprétation juridictionnelle l’emporte sur « l’interprétation politique » souvent « fantaisiste » . C’est dans cet ordre d’idée que Francis Delpérée conseille au juge constitutionnel que « plutôt que de recourir à des argumentation d’ordre politique sujettes à discussion, n’est-il plus simple » pour le juge constitutionnel « de trouver dans le texte constitutionnel lui-même le fondement d’une solution correcte fondée en droit ? ».

C’est dire que la mission « d’interprète authentique » de la Constitution relève la compétence exclusive du juge constitutionnel. Il n’échappera donc à personne qu’il lui revient la mission de livrer le vrai sens du contenu de la loi fondamentale à travers une interprétation conforme à l’esprit de ce texte. C’est fort de cela que le président du CSM du Togo s’est adressé à la Cour constitutionnelle le 02 mars 2020 pour obtenir la signification réelle du silence de la nouvelle Constitution issue de la récente révision, sur l’autorité devant présider le Conseil Supérieur de la Magistrature, contrairement à l’ancienne qui disposait clairement en son article 116 al 2 qu’« il est présidé par le président de la Cour suprême ».

Le juge constitutionnel va donc dans le cadre de cette mission faire appel à toutes les virtualités du raisonnement, de l’analyse et de la synthèse pour rechercher l’intention originelle des auteurs de la Constitution et dévoiler l’esprit de la règle. Pour en dégager à travers plusieurs dispositions éparses le sens originel la Constitution, l’interprète constitutionnel doit faire preuve de « vérité » et de « loyalisme » à l’égard du texte constitutionnel. Henri BATIFFOL écrit à ce propos et à juste titre qu’« au souci de la vérité » doit se joindre « celui du loyalisme :…devoir fondamental de ceux qui parlent au nom de L’État ».

Cependant les risques d’instrumentalisation à des fins politiques, partisanes voire personnelles dénuées de tout caractère d’intérêt général sont souvent de nature à dénaturer considérablement cette mission d’interprète authentique du juge constitutionnel et par voie de conséquence altérer sa fonction pacificatrice de garant des droits fondamentaux de la personne humaine, des libertés publiques et surtout, de « Tour de contrôle des pouvoirs publics ». Ce poids militantiste en Afrique comme ailleurs, fait que le juge constitutionnel peut parfois être attentif à ce que veut le pouvoir politique ou à ce que lui-même veut au détriment des valeurs démocratiques et de l’Etat de droit. Ainsi, comme l’affirment Francis HAMON et Céline WIENER, « la Constitution est reproduite et revue » par le juge constitutionnel qui, dans certains cas donne « de la Constitution une interprétation si personnelle qu’elle paraît refléter autant leurs vues propres que celle des constituants ».

Cette affirmation se rapproche de celle de Christian E. TRIMUA qui estime que l’objet de la Constitution dans les États africains francophones est souvent ignoré ou volontairement écarté car taxé d’être inapproprié. Toujours affirme-t-il que sont souvent générées « de nouvelles normes constitutionnelles par une entreprise constitutionnelle ou volontaire, modifiant, contrariant, voire même vidant le texte constitutionnel …de sa substance pour la remplacer par une idée de la constitution qui refléterait les spécificités… souhaitées par ses auteurs ».

Pour Francis Delpérée, l’interprétation politique de la constitution vise à rechercher non ce qui doit se faire mais ce qui se fait ; elle se fait donc contre les sens de textes, c’est alors le sens des pratiques qui est appelé à prévaloir et « il y va donc de soi que cette interprétation vide les textes constitutionnels de leur contenu et de leur utilité ».

Pour illustrer ces interprétations aux allures partisanes et politiques, il importe de donner l’exemple le plus frappant de la Cour constitutionnelle du Bénin. En effet, saisie pour se prononcer sur la conformité à la Constitution des dispositions supprimant le droit de grève pour une catégorie de fonctionnaires, les sages de la Cour ont estimé par décision DCC 18-003 du 18 janvier 2018 que « le droit de grève est un droit fondamental auquel le législateur ordinaire ne peut porter atteinte ; mais il ne peut dans le cadre d’une loi qu’en tracer les limites. Et que par conséquence la suppression totale du droit de grève est anticonstitutionnelle ».

Curieusement, cinq mois après, par une autre décision en date du 28 juin 2018, la même Cour, cette fois ci présidée par Me Joseph DJOGBENOU par une alchimie de recours en interprétation de la décision de la Cour Theodore HOLO, se prononce d’office et déclare conformes à la Constitution les mêmes dispositions du statut général de la fonction publique et de celui de la magistrature supprimant le droit de grève.Selon cette nouvelle interprétation, « les fonctions de défense, de sécurité, de justice et de santé des personnes dévolues à l’État ne sauraient souffrir dans leur exercice d’aucune interruption » et que les agents de l’Etat opérant dans ces secteurs « ne peuvent exercer le droit de grève » et ce, au nom de « l’intérêt général » et de la « protection des citoyens ».

Face à ces deux interprétations divergentes de la même Cour autrement présidée, la première semble plus authentique que la seconde qui reste une interprétation partisane donc politique. En effet, à l’époque, le gouvernement béninois faisait face à une série de grèves intempestives dans le secteur public notamment celui de la justice auxquelles il peinait à trouver la solution.

C’est ainsi qu’il entreprît de modifier les statuts de la fonction publique et de la magistrature en vue de supprimer purement et simplement le droit de grève à certaines catégories d’agents publics. Ces projets d’amendements ont été défendus par Me Joseph DJOGBENOU lui-même ministre de la justice à l’époque. La Cour constitutionnelle ayant censuré ces dispositions en raison de leur caractère anticonstitutionnel, le gouvernement s’était retrouvé le dos au mur et comme il fallait vaille que vaille aller au bout du projet, Me Joseph DJOGBENOU sera débarqué de son poste ministériel pour être nommé président de la Cour constitutionnelle.

En mission commandée, il opéra donc le coup de force juridique pour assouvir les désirs du pouvoir politique au détriment des droits fondamentaux et des libertés publiques des citoyens. Face à cette situation, Persis Lionel Essono Ondo s’indigne profondément quand il affirme qu’« au regard de l’activisme politique des Cours constitutionnelles africaines depuis les années 1991, l’on peut être tenté de dire que certaines constitutions africaines tombent dans la catégorie des constitutions sémantiques c’est-à-dire de service, qui servirait de caution juridique » au pouvoir politique.

Dans le présent cas, pour parvenir à son avis suite à la demande du Président du CSM, et qui semble ne pas refléter l’intention réelle du constituant, les sages de la Cour constitutionnelle auraient procédé à l’interprétation du silence de celui-ci sur l’autorité qui doit présider le CSM. En effet, selon Jacques Meunier, parlant des techniques d’interprétation inventées par François Luchaire, l’une des règles d’interprétation issues de la « dogmatique complète de l’interprétation de la constitution » est que « toutes les dispositions d’un texte s’interprètent les unes par rapport aux autres, donnant à chacune le sens qui résulte du texte entier ».

Dans ce contexte chaque mot compte en vue de déceler exactement si les différentes dispositions éparses s’acceptent ou se rejettent. Ainsi, sur la base de cette technique d’interprétation des textes juridiques et pour mieux cerner le sens réel c’est-à-dire de quelle personnalité le constituant a entendu par son silence faire président du CSM, ce silence du constituant doit être confronté comme l’aurait fait la Cour aux dispositions des articles 113 et 115 de la Constitution.

Ces dispositions consacrent d’une part l’indépendance du pouvoir judiciaire vis-à-vis des pouvoirs législatif et exécutif, et d’autre part le Président de la République comme le garant de l’indépendance de la magistrature tout en étant assisté dans ce rôle par le CSM. Certes, confronté avec les alinéas 1 et 2 de l’article 115 de la constitution, ce silence semble laisser penser a priori que ne devrait être président du CSM que le Président la République. Cependant, l’intervention de l’alinéa 3 qui fait du CSM « l’assistant » du Président de la République dans son rôle de garant « de l’indépendance des juges dans l’exercice de leurs fonctions, et au respect par eux, de la loi » et le principe de la séparation des pouvoirs consacré à l’article 133 vient tout changer.

En effet, le constituant ne peut consacrer une valeur ou un principe fondamental dans sa lettre et en même temps avoir le sens contraire dans son esprit. Il ne peut donc pas consacrer la séparation des pouvoirs et l’indépendance de la justice – qui est un principe fondamental de la démocratie et de L’État de droit- et en même temps vouloir que l’organe qui est sensé gérer les détenteurs du pouvoir judiciaire soit présidé par le Président de la République qui de surcroit est titulaire du pouvoir exécutif, lequel pouvoir est qualifié d’ailleurs par Joseph DJOGBENOU comme le principal concurrent du pouvoir judiciaire. C’est pourquoi après avoir supprimé l’alinéa 2 de l’article 116, il n’a pas voulu le remplacer par un autre désignant clairement le chef de L’État comme tel.

En plus d’ailleurs, si telle était la réelle intention du constituant, l’incise selon laquelle « il est assisté à cet effet par le Conseil Supérieur de la Magistrature » aurait été également supprimée. Car au fond, il est tout aussi incompréhensible qu’anormal, nous semble t- il que l’on puisse être « assisté » par un organe dans l’exercice d’une fonction et en même temps présider ce même organe. Il est vrai que, comme le pensent certains, dans d’autres pays où le Président de la République préside le CSM, cette phrase figure dans la Constitution ; d’où l’impérieuse nécessité ou l’intérêt de mener une véritable réflexion sur ce contraste.

On infère immédiatement de ce qui précède que le constituant n’a, à aucun moment voulu faire du Président de la République, Président du CSM mais il a juste voulu laisser à la loi organique le soin de se charger des règles relatives à l’organisation, aux attributions et au fonctionnement du CSM et dans le même cadre, désigner dans le strict respect du principe de l’indépendance du pouvoir judiciaire vis-à-vis des deux autres pouvoirs constitutionnels, la personnalité à même de le présider. Ce qui permet de dire que la teneur de l’avis de la Cour résulte d’une interprétation qui ne reflète pas l’intention originelle du constituant car elle est manifestement en déphasage avec les principes à valeur constitutionnelle de la séparation des pouvoirs et de l’indépendance de la justice.

B- Une interprétation constitutionnelle violant les sacro-saints principes de la séparation des pouvoirs de l’Etat et de l’indépendance de la justice.

L’indépendance de la justice est consacrée et strictement protégée sur le fondement de la séparation des pouvoirs quand sont en cause les libertés individuelles. Pour le professeur NAHM-TCHOUGLI Mipamb Guy, il s’agit de « l’autonomie du pouvoir judiciaire comme gardien de l’Etat de droit » à l’égard des autres pouvoirs constitutionnels de l’Etat. Cette indépendance de la justice dont la protection relève du CSM est assortie des mécanismes constitutionnels qui servent de contrepoids à l’exercice de chaque pouvoir.

En effet, Montesquieu, Baron de la Brède, Président à Mortier du Parlement de Bordeaux a, par sa théorie sur la séparation des pouvoirs, distingué trois fonctions sociales essentielles dans l’Etat. Par un exercice de contraction de cette théorie de Montesquieu sans toutefois travestir son sens originel, l’on peut la résumer par la formule proposée par le Professeur Koffi Ahadzi-Nonou en ces termes : « Au sein de l’État, et afin que tout despotisme soit écarté, devraient fonctionner trois pouvoirs confiés à des personnes ou à des corps distincts : exécutif, législatif et judiciaire. Ces pouvoirs doivent être rigoureusement “séparés” afin que la même personne ou le même corps qui fait la loi ne puisse l’exécuter ou rendre la justice ».

Considéré comme un « véritable dogme du libéralisme politique », cette théorie est devenue pour les constitutionnalistes du monde le critère d’appréciation du degré de liberté dans un pays et détermine la nature de son régime. Certes, cette séparation qui n’est pas tranchée ou étanche ; elle admet une certaine atténuation qui permet une collaboration entre les pouvoirs indispensables à la vie politique harmonieuse de la nation, n’est guère synonyme de l’inféodation de l’un quelconque des pouvoirs par un autre car, « tout serait perdu si le même homme ou le même corps des principaux exerçait les trois pouvoirs ».

Ainsi, selon Montesquieu « il n’y a point encore de liberté, si la puissance de juger n’est pas séparée de la puissance législative et de l’exécutrice. Si elle est jointe à la puissance législative, le pouvoir sur la vie et la liberté des citoyens serait arbitraire, car le juge serait législateur. Si elle est jointe à la puissance exécutrice, le juge aurait force d’un oppresseur ». S’appuyant sur ce patrimoine doctrinal, Maurice Ahanhanzo-Glèlè, dès 1982, professait sa foi en la démocratie en appelant à la rationalisation du pouvoir politique.

La démocratie, écrit-il, « étant une conquête quotidienne, et un état d’esprit, il faudrait travailler à l’avènement de son règne afin de supprimer la monocratie, pour plus de liberté, de participation et de contrôle du pouvoir. Il faut que le pouvoir arrête le pouvoir et que l’homme soit le remède à l’homme ».

Mieux, une partie de la doctrine s’accorde à dire que du fait du phénomène de la majorité dans les démocraties modernes contemporaines, instaurant une certaine collaboration ou complicité entre l’exécutif et le législatif, la seule règle qui subsiste « de la séparation des pouvoirs », c’est le principe de l’indépendance du pouvoir judiciaire. Cette position rejoint le principe de la séparation des pouvoirs « à la française » qui se circonscrit d’ailleurs selon le conseil constitutionnel aux rapports entre le pouvoir judiciaire et le pouvoir exécutif qu’il faut absolument respecter car elle est indispensable à la protection des libertés et des droits fondamentaux des citoyens.

Dans ce schéma, placer le pouvoir judiciaire sous le joug du pouvoir exécutif équivaudrait à la neutralisation du principe de la séparation des pouvoirs et à une absence de constitution (article 16 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen de 1789) ouvrant la voie à tout mal. Car « la cause du mal », dit Turgot, « vient de ce que votre nation n’a point de constitution ».

L’indépendance du pouvoir judiciaire, corollaire de la séparation des trois pouvoirs constitutionnels de l’État loin d’être un privilège octroyé au bénéfice des magistrats, est un droit reconnu à chaque citoyen de bénéficier d’un pouvoir judiciaire indépendant (et considéré comme tel) des pouvoirs législatif et exécutif. Il est constitué pour sauvegarder la liberté et les droits des citoyens dans le cadre de l’État de droit. C’est d’ailleurs un droit fondamental du citoyen ; et les déclarations d’inconstitutionnalité d’actes jugés attentatoires aux droits et libertés individuelles pour motif de violation de la séparation des pouvoirs ressortent de plus en plus fréquemment dans la jurisprudence des juridictions constitutionnelles contemporaines.

Le Conseil Supérieur de la Magistrature qui est l’instance chargée d’assurer la gestion de carrière et la discipline des magistrats détenteurs du pouvoir judiciaire, doit nécessairement être indépendant du point de vue aussi bien institutionnel que fonctionnel. Ainsi, les règles d’organisation et de fonctionnement de cet organe doivent répondre aux exigences de cette indépendance de sorte que les personnalités qui y siègent ne soient ni les autorités politiques appartenant aux autres pouvoirs constitutionnels de l’Etat, ni directement désignées par elles pour éviter qu’il ne prenne une allure politico-partisane.

La République Démocratique du Congo l’a si bien compris qu’à travers sa nouvelle constitution du 18 février 2006 elle a réaffirmé à son article 152 l’indépendance du pouvoir judiciaire dont les membres sont gérés par un Conseil Supérieur de la Magistrature désormais composé des seuls magistrats. Dans cette logique, envisager que la présidence du CSM soit assurée par le Président de la République alors qu’il est le chef de l’exécutif ne répond donc pas aux exigences d’indépendance de la justice. C’est en quelque sorte le dernier palier franchi dans la violation des principes de la séparation des pouvoirs et de l’indépendance du pouvoir judiciaire. Par cette éventualité en effet, C’est toute la problématique de la présence des membres de l’exécutif au sein de cet organe et son impact sur l’indépendance de l’institution judiciaire qui est posée et à laquelle aussi bien la doctrine que certaines personnalités politiques se sont toujours opposées.

Sur cette problématique l’ancien Premier Ministre Français Edouard BALLADUR estime que pour restaurer l’indépendance du CSM vis-à-vis de l’exécutif, il faut que « sa présidence soit retirée au Président de la République pour être confiée à une personnalité élue en son sein par ledit conseil ». Mieux, Pierre Lyon Caen s’interroge à juste titre que « comment celui qui dirige l’exécutif pourrait-il protéger le judiciaire des empiètements que le premier à tendance, par la nature des choses, à exercer sur le second ? ».

Cette interrogation de Pierre Lyon Caen véhicule clairement l’idée selon laquelle la véritable menace de l’indépendance de la justice c’est l’exécutif que le Professeur Joseph DJOGBENOU qualifie d’ailleurs de véritable « concurrent » du pouvoir judiciaire ; celui-ci étant toujours tenté d’affirmer son emprise sur ce dernier. Et face à une telle menace ou concurrence, le seul et véritable rempart c’est le CSM. C’est ainsi qu’à la faveur de la loi constitutionnelle n° 2008-724 du 23 juillet 2008 de modernisation des institutions de la Ve République, le Président de la République ne préside plus le CSM car cette situation « semblait permettre au chef de l’État d’exercer une influence excessive sur l’autorité judiciaire ». Le Conseil Supérieur de la Magistrature en France est présidé depuis cette révision par le premier président de la Cour de cassation (article 65 al 8 de la Constitution Française).

De même au Congo Brazzaville, concernant la présence des membres de l’exécutif au sein du CSM, la Cour suprême avait estimé que « l’intrusion du Garde des sceaux, ministre de la justice dans sa composition, est incompatible eu égard à son statut de membre de gouvernement en exercice, avec les principes de la séparation des pouvoirs et de l’indépendance du pouvoir judiciaire ». Et depuis la loi n°24 du 20 août 1992 modifiée par la loi n°29/94 du 18 octobre 1994, le ministre de la justice n’en fait plus partie. La même réforme a été opérée en République Démocratique du Congo en 2005 par l’exclusion de Garde des sceaux, ministre de la justice du CSM.

Dénonçant la situation dans les autres pays d’Afrique francophone (Congo, Burkina Fasso, Gabon etc…), dans lesquels le Président de la République est membre et préside le CSM, Telesphore KAVUNDJA NANENO citant le Togo en référence en terme d’indépendance du CSM dit : « Par contre au Togo, cet organe est présidé par le président de la Cour Suprême et, ce qui est frappant le Président de la République n’en est pas membre, d’où la consolidation de son indépendance ». Cette affirmation permet de dire que le schéma normatif actuel du Togo, institué par la loi organique n° 97-04 du 06 mars 1997 force l’admiration et les autres pays devraient s’efforcer de s’en inspirer surtout que la France dont tous les pays d’Afrique francophone ont hérité la tradition et l’expression juridique a rompu avec ce travers depuis 2008.

Il est donc clair que même si une réforme du CSM actuel paraît opportune, celle-ci doit viser à renforcer son indépendance et celle de la justice et non à l’affaiblir plus qu’elle ne l’était. L’évidence c’est qu’eu égard au risque d’instrumentalisation politique à outrance des institutions dans les États africains, l’on ne saurait admettre l’envahissement du CSM par les membres des autres pouvoirs, du fait de la grande influence qu’ils pourraient exercer sur cet organe qui verrait son indépendance voire celle des magistrats, considérablement affectée. Une telle démarche serait synonyme d’un véritable recul démocratique séculaire car, en réalité, en ce XXIème siècle la présence de personnalités politiques issues des autres pouvoirs au sein du Conseil Supérieur de la Magistrature ne devrait pas se justifier dans un régime démocratique.

Dans ces conditions il est important de s’interroger sur l’incidence que cet avis de la Cour constitutionnelle pourrait avoir sur les pouvoirs publics en analysant sa portée juridique.

II- La Portée Juridique De L’Avis De La Cour Constitutionnelle

Donné par la Cour constitutionnelle suite à la saisine du président du CSM, l’avis n°av-002/20 du 18 mars 2020 qui est une sorte de contrôle de constitutionnalité préventif (A) de la loi organique à venir portant organisation, composition, attributions et fonctionnement du CSM, reste tout de même un acte à effet juridique très relatif (B).

A- Un contrôle de constitutionnalité en amont du texte en cours d’élaboration

Les cas sur lesquels le juge constitutionnel s’est toujours prononcé sont liés à l’application ou à l’interprétation de la Constitution. Très souvent les différentes positions prises par les juges constitutionnels dans leurs avis sont de nature à relativiser certaines réactions hostiles comme celles qui ont tendance à affirmer que : « ce n’est qu’un avis ». Ainsi, si au sujet de certaines demandes d’avis, le raisonnement du juge constitutionnel révèle qu’il statue essentiellement sur l’éventuelle conformité d’un acte à la Constitution, c’est qu’il fait de sa consultation un contrôle de constitutionnalité à peine déguisé.

Présenté comme l’une des prouesses en matière de la construction démocratique en Afrique francophone, le contrôle de constitutionnalité a fait l’objet de beaucoup de travaux par la doctrine constitutionnaliste de cette région d’Afrique. Pour Djibrihina OUEDRAOGO, la procédure de consultation ou d’avis permet au juge constitutionnel de « se prononcer à titre préventif sur la conformité à la Constitution d’un acte normatif en cours d’élaboration ». C’est ainsi que l’on assiste au lendemain des révisions constitutionnelles à une récurrence des sollicitations des avis des sages de la Cour constitutionnelle sur les projets d’ordonnance, les projets et propositions de lois organiques etc.

Tous ces cas de saisine vont donc permettre au juge constitutionnel d’exercer un contrôle de la conformité des actes en cause à la Constitution. Et la Cour constitutionnelle le fait très souvent « aussi bien sur le projet d’acte à titre préventif que sur certains actes juridiques déjà en vigueur, opérant, par voie de conséquence un contrôle a posteriori à peine déguisé ».

A titre illustratif, sur le projet d’ordonnance déterminant les conditions de la mise en œuvre des conditions de l’état d’urgence au Togo suite à la pandémie du COVID 19, la Cour constitutionnelle du Togo a par avis n° AV-003/20 du 08 avril 2020 notamment à son article 2 affirmé que : « Les dispositions du projet d’ordonnance déterminant les conditions de mise en œuvre de l’état d’urgence sont conformes à la Constitution ». Cette réponse donnée par la cour est révélatrice des questions successives que les juges se sont posées.

En effet, saisie par le Premier Ministre par lettre référencée le 041/PM/SGG/2020 et datée du 02 avril 2020, la Cour avant d’émettre son opinion telle qu’énoncée ci-dessus se serait posé quatre questions à savoir : est-ce qu’une loi d’habilitation autorisant le gouvernement à légiférer par ordonnance a été adoptée par le parlement ? Est-ce que l’habilitation a été donnée dans l’une des matières relevant du domaine de la loi ? Est-ce que le projet d’ordonnance a été pris dans la durée de validité de l’habilitation ?

Est-ce que au regard de son objet, ce projet se rapporte à l’une des matières limitativement énumérées dans la loi d’habilitation ? C’est donc en fonction de la réponse positive donnée à chaque question que la Cour a été d’avis que les dispositions du projet d’ordonnance déterminant les conditions de mise en œuvre de l’état d’urgence sont conformes à la Constitution. Elle aurait pu dire qu’elle est d’avis que ce projet d’ordonnance n’est pas conforme à la Constitution si les réponses à ces questions étaient allées dans un sens négatif.

C’est le cas de l’avis N°001-2001/CC du 08 mars 2001 par lequel le juge constitutionnel nigérien a estimé que « le projet d’ordonnance portant création d’un établissement public à caractère professionnel (…) n’est pas conforme à l’article 87 de la constitution » parce qu’il « ne relève pas des domaines prévus par la loi d’habilitation ».

Il parait donc évident à partir de ces exemples que c’est uniquement sur le terrain de la conformité à la constitution que les juges constitutionnels se placent pour examiner les différentes questions soumises à leur examen. C’est donc une manière de s’assurer de la conformité des projets de lois à la Constitution et essayer « d’étouffer dans l’œuf » toute velléité de les incorporer dans l’ordonnancement juridique s’ils sont réellement contraires à la Constitution. Dans le cas d’espèce de la saisine du président du CSM, la Cour constitutionnelle se serait d’abord livrée à un exercice similaire en se posant la question de savoir s’il ressort du sens des dispositions constitutionnelles issues de la nouvelle loi constitutionnelle du 15 mai 2019, la possibilité ou non pour le Président de la République de présider le Conseil Supérieur de la Magistrature.

Les sages de la Cour disent être d’avis que « Le président de la République, garant de l’indépendance de la justice, de l’impartialité, de la probité, de l’intégrité et de la magistrature, préside le conseil supérieur de la magistrature ». Selon eux, c’est ce qui ressort du sens de la loi fondamentale donc de l’esprit des dispositions constitutionnelles examinées. Bref c’est ce qui est conforme à la Constitution. Toute porte donc à croire que par cet exercice, la Cour constitutionnelle a exercé à titre préventif un contrôle de constitutionnalité de la future loi organique portant organisation, fonctionnement et attributions du CSM.

Au vu de tout ce qui précède et surtout de l’importance des demandes d’avis dans les jeunes démocraties africaines, l’on peut estimer qu’il doit être admis que l’acte (Décision/Arrêt ou Avis) par lequel la Cour constitutionnelle émet son opinion ne doit pas être l’unique critère qui détermine la force juridique de celle-ci. En plus de ce critère, et pour que ce que la Cour écrit fasse loi comme l’énonce clairement la devise de la Cour constitutionnelle togolaise « Lex est quod notamus », l’opinion émise doit nécessairement résulter d’une interprétation permettant d’avoir le sens originel ou authentique de la loi fondamentale et ce, surtout du fait du caractère très relatif de ses avis.

B- Un acte à effet juridique très relatif

Pour mieux cerner les éventuels effets juridiques de l’avis de la Cour, il importe de le passer au spectre du régime juridique des avis. Il faut noter que les avis se rencontrent dans toutes les matières du droit ; mais ils sont beaucoup plus émis, conceptualisés et utilisés en droit administratif. L’avis est entendu de façon générale comme une opinion ou une réponse donnée suite à une consultation.

L’avis qui s’apparente très souvent à un conseil ou à une recommandation est un terme juridique qui s’applique dans toutes les branches du droit, au résultat de consultations qu’elles soient facultatives ou obligatoires selon les cas, demandées à divers organes (personnes, commissions, juridictions etc.) et qui, rarement ont un caractère obligatoire. L’avis est donc en droit administratif un terme générique donné à tous les actes émis par les organes administratifs dans l’exercice de leur fonction consultative et suppose une demande préalable venant d’une autorité en vue d’éclairer celle-ci dans la prise d’une décision à venir. Ainsi, comme acte préliminaire en prélude d’une décision, « c’est un acte juridique qui n’est en principe pas normateur, mais considéré comme un acte de la procédure ».

En outre, une classification spécifique des avis permet de déceler leur valeur juridique. D’abord il y’a l’avis conforme qui fait obligation à l’administration non seulement de le prendre mais aussi de le suivre ; ensuite l’avis obligatoire correspondant à la seule obligation de consulter mais qui laisse à l’autorité demanderesse la liberté de décider ; enfin l’avis facultatif ou simple donnant la possibilité à l’autorité de s’en éclairer sans y être contrainte. Ce régime juridique est bien transposable en matière constitutionnelle et donc au cas d’espèce. En effet, si la possibilité pour la Cour constitutionnelle d’émettre des avis ne souffre d’aucune contestation (articles 104 et 105 de la Constitution), une telle certitude tant à s’éloigner dès que l’on s’intéresse à leur effet et à leur autorité.

A ce propos, il est soutenu par la doctrine que « l’avis est requis non pas pour se soumettre à la volonté de celui qui l’émet mais pour s’enrichir de sa pensée, à la rigueur pour se laisser séduire par elle ». Il s’y ajoute qu’« il y a dans l’idée de se conformer à un avis une contradiction dans les termes ». Une telle position doctrinale est similaire à celle défendue sur l’autorité de l’avis du juge constitutionnel. Selon Martin BLEOU, « le propre et le mérite de la consultation c’est d’éclairer sans imposer ». Abondant dans le même sens, Abdoulaye SOMA affirme que « dans l’exercice de sa fonction consultative, le juge constitutionnel est un conseiller technique à la fois du pouvoir législatif et surtout du pouvoir exécutif ». Logiquement, ses avis même si leur réquisition est dans certains cas obligatoire, ont dans tous les cas un caractère non-conforme, ils sont consultatifs et ne sauraient à aucune condition lier l’exécutif ou le législatif.

En l’espèce, l’avis demandé par le président du Conseil Supérieur de la Magistrature le 02 mars 2020 fait partie de la catégorie des avis facultatifs. L’article 104 al 6 de la Constitution togolaise dispose en des termes clairs que « la cour constitutionnelle peut être saisie d’une demande d’avis sur les sens des dispositions constitutionnelles… », par des autorités dont le Président du Conseil Supérieur de la Magistrature.

C’est sur la base de cette disposition que suite à la suppression de l’ancien alinéa 2 de l’article 116 de la Constitution faisant du président de la Cour suprême président de droit du CSM, le Président de cette institution a sollicité l’éclairage des sages de la haute Cour en matière constitutionnelle sur la question de l’autorité qui devrait désormais la présider. Le caractère facultatif de cette demande d’avis résulte de l’utilisation du verbe « pouvoir » notamment dans l’incise « la cour constitutionnelle peut… ». Et naturellement l’avis qui en résulte n’est rien d’autre qu’un conseil que l’on est libre de suivre ou non.

Toujours dans ce sens le professeur Adama KPODAR à propos de l’avis N°AV 004/98 donné par la Cour constitutionnelle togolaise au Premier Ministre le 24 décembre 1998 dit que « … bien qu’étant un acte juridique, n’a pas de valeur juridique ». La même Cour a reconnu l’absence d’effet juridique de cet avis en considérant très clairement dans sa décision N°C 001/99 du 05 mars 1999 que « Le Premier Ministre demandeur et destinataire de l’avis du 24 décembre 1998, a, a priori obtenu l’éclairage désiré ».

Par ailleurs le style d’un juge peut être aussi révélateur d’une posture claire ou subtile de négation-admission de l’autorité de son avis. Sur la réelle portée de ses avis et suite à un avis donné au Président de la République sur la question de la révision constitutionnelle, la Cour constitutionnelle du Mali dans un arrêt rendu les 11 et 12 décembre 2001 affirme que « l’avis… de la cour constitutionnelle délivré en application de l’article 41 de la constitution est, comme tout avis non déclaré contraignant, un avis qui ne lie pas son destinataire… ». En l’espèce, sur la demande d’avis du président du CSM, la Cour constitutionnelle a bien utilisé l’expression « est d’avis » et non le terme « décide » qui par contre est nimbé d’effet juridique. Aussi, le ton employé par le juge dans le cinquième considérant de sa motivation est un indicateur pertinent pour apprécier la portée juridique de son avis.

Quand la Cour dit dans sa motivation que « …le constituant a voulu, sans le dire expressément, donner la possibilité au président de la République, de présider le Conseil Supérieur de la Magistrature », elle n’a pas voulu installer le demandeur d’avis encore moins les autres pouvoirs dans une situation de compétence liée. En gros, cet avis ne s’impose pas.

Conclusion

En tout état de cause, la fonction consultative est une réalité juridique et juridictionnelle à laquelle le juge constitutionnel togolais n’échappe pas. Celle-ci lui permet en effet, d’assurer à travers l’interprétation constitutionnelle qu’elle donne, sa fonction de « Tour de contrôle » des trois pouvoirs constitutionnels de L’État pour qu’aucun des pouvoirs ne quitte sa trajectoire pour se retrouver sur une autre destinée à un autre et ce, dans le strict respect des valeurs démocratiques consacrées par la loi fondamentale.

Cependant, l’on devrait veiller à ce que cette noble mission du juge constitutionnel soit à l’abri du poids de l’instrumentalisation et du militantisme politique, qui le détourne certainement de son but d’intérêt général au profit des dérives partisanes. Ainsi, dans le cas d’espèce même si de par sa nature juridique, l’avis rendu le 18 mars 2020 sur demande du président de CSM n’a aucun effet juridique contraignant, il n’en demeure pas moins que celui-ci risque de donner le signal d’une réforme qui marquera à coup sûr une rupture avec la loi actuelle, laquelle loi est plus protectrice et respectueuse de l’indépendance de la justice et du principe de la séparation des pouvoirs.

Car au fond, donner la possibilité au Président de la République de présider le CSM est synonyme selon Montesquieu de jonction « de la puissance de juger » à la « puissance exécutrice », et de ce fait, le juge qui, perdrait son manteau de protecteur des droits et libertés des citoyens, aurait désormais « force d’un oppresseur ». Une telle réforme en réalité ne saurait se justifier en ce 21ème siècle où certains pays ayant vécu ce travers l’ont abandonné à travers des réformes dont d’autres pourraient bien volontiers s’en inspirer pour le bien de la démocratie et de L’État de droit parce que comme l’affirme Francis DELPEREE, l’interprétation constitutionnelle, parce qu’elle est l’interprétation de la Constitution et parce qu’elle est l’interprétation selon la Constitution, est seule capable de donner à l’Etat son vrai visage.

Tout compte fait, si d’aventure par mégarde ou par inattention la loi organique sur le CSM venait à placer la justice sous le joug de l’exécutif, ce serait un véritable recul démocratique. Il faudra alors que force reste à l’indépendance du magistrat, mieux du juge dans toute sa rigueur. Car le peuple au nom duquel les magistrats décident ne saurait leur pardonner d’avoir renoncé à leur indépendance. Il faudra alors combattre l’invasion de l’institution judiciaire par l’exécutif pour une indépendance individuelle effective du magistrat. Tel est l’espoir.

Par Henry Ognan Dogo,
Magistrat du Ministère public,
Porte –parole de l’Union Syndicale des Magistrats du Togo (USYMAT)

 

 

Loi organique sur la présidence du CSM : Un magistrat recadre Abdou Assouma

 

Fulbert Attisso : « Au Togo, l'opposition est devenue l'ennemi de l'opposition »

Dans une tribune libre, Fulbert Attisso du parti « Togo Autrement » se prononce sur la crise poste électorale que traverse le pays. L’opposant estime que la dynamique Kpodzro dont il est membre est actuellement « la cible de tirs croisés » lancés d’un côté par le régime des Gnassingbé et de l’autre par les partisans de l’opposition. L’acteur politique regrette cet acharnement contre la dynamique. Pour lui, il est grand temps que l'ensemble de l'opposition retrouve la voie de la raison et comprenne que la Dynamique Mgr Kpodzro n'est pas le problème, mais la solution. Bonne lecture.

POURQUOI TANT D'ACHARNEMENT CONTRE LA DYNAMIQUE MGR KPODZRO ?

La Dynamique Mgr KPODZRO est la cible de tirs croisés lancés d'un côté par le pouvoir RPT-UNIR et de l'autre par les partisans de l'opposition.

Tout a commencé le 23 février 2020 quand le regroupement initié par l'Archevêque Émérite de Lomé, Mgr KPODZRO, a contesté les résultats provisoires proclamés par la CENI et annoncé que son candidat a gagné l'élection présidentielle organisée la veille. Le raz-de-marée fait par le candidat de la Dynamique à Lomé était si spectaculaire qu'il laissait entrevoir l'évidence de sa victoire à l'issue du processus électoral.

Au regard du nombre important d'électeurs et d'électrices dont regorge Lomé et face au constat que la capitale est un échantillon représentatif des villes et des campagnes du Togo, il n'y avait l'ombre d'un doute que le candidat de la Dynamique allait remporter l'élection présidentielle du 22 février 2020. De plus, les résultats venant des préfectures de la région maritime, qui étaient tout aussi satisfaisants que ceux de Lomé, confortaient la conviction quant à la victoire du candidat Agbéyomé KODJO.

Certains partis politiques de l'opposition, dont les candidats étaient dans la course, notamment l'ANC et l'ADDI, se sont empressés de sortir des communiqués dans lesquels ils ont indiqué que les candidats de la Dynamique Mgr KPODZRO et du RPT-UNIR étaient en avance dans la compétition. Subodorant la même issue pour le processus électoral, le pouvoir RPT-UNIR s'est dépêché de faire encercler le domicile du candidat de la Dynamique par une escouade de militaires munie d'importants matériels de maintien d'ordre.

La mission de cette escouade était d'empêcher la liesse populaire qui pourrait se former devant le domicile de Agbéyomé KODJO pour commencer à crier victoire. Une telle liesse populaire pouvait rapidement entrelacer le territoire national par effet de contagion. L'armée togolaise, l'éternel instrument de la conservation du pouvoir, a été vite déployée pour circonscrire ce mouvement populaire.
L'issue du processus électoral a été, comme à l'accoutumée, la proclamation par la CENI de la victoire du candidat du parti au pouvoir, tout comme en 1993, 1998, 2003, 2005, 2010 et 2015.

L'annonce de la victoire de Faure Gnassingbé à l'élection présidentielle du 22 février 2020 n'était pas du tout une surprise, d'autant que le parti RPT-UNIR n'est pas prêt à concéder l'alternance au Togo. Tout le monde (les participationnistes y compris) le savait, et c'est le contraire qui aurait été la surprise. Seulement, le régime a de grands moyens financiers, militaires, institutionnels et diplomatiques lui permettant d'empêcher l'opposition de prendre le pouvoir, surtout par la voie des élections.

Ce n'est pas la première fois que l'opposition gagne des élections au Togo, loin s'en faut. La grande évidence s'est produite en 1998, lorsque Gilchrist Olympio a gagné sans ambages contre feu Gnassingbé Eyadema. C'était tout aussi le cas en 1993, 2003, 2005, 2010 et 2015. Dans chacun des cas, l'opposition n'est pas parvenue à prendre le pouvoir et son candidat n'était jamais annoncé vainqueur du scrutin.

La mission que Mgr KPODZRO s'est assigné en s'invitant à 90 ans dans la vie politique est d'amener l'opposition à gagner l'élection présidentielle de 2020 et à prendre le pouvoir. Serviteur de Dieu et pasteur des Hommes, exempt de toute ambition politique, le prélat a apporté la foi à la lutte de l'opposition, comme il aime à le clamer lui-même. Pour lui, la foi est le pendant spirituel qui a toujours manqué à la lutte physique que l'opposition mène depuis des lustres. C'est du reste ce qui explique que son approche du candidat unique de l'opposition contraste avec la logique politique classique. Il a milité pour le choix de Agbéyomé KODJO qui n'est pas le plus populaire de l'opposition et dont la structure politique n'est pas la mieux implantée dans le pays.

La foi en Dieu est le seul guide, disait-il ! On n'est pas obligé de le croire. Mais dès lors qu'il n'a eu de cesse de rappeler que la foi est le socle de son entreprise, il est incongru d'affirmer, comme certains, que le prélat a échoué, d'autant plus que l'œuvre de Dieu ne peut s'enfermer dans une temporalité. Ce qui peut apparaître aujourd'hui aux yeux des Hommes comme un échec peut devenir demain une victoire, parce que Dieu l'aura voulu ainsi.

Les critiques au vitriol auxquelles la Dynamique Mgr KPODZRO est l'objet de la part des cadres et militants de l'opposition sont injustes et dénuées de sens. Dans le passé, chaque fois que l'UFC ou l'ANC a déclaré avoir gagné une élection présidentielle et que le parti RPT-UNIR s'est attribué frauduleusement la victoire, la quasi-totalité des organisations politiques et associatives favorables à l'alternance ont accompagné l'une ou l'autre dans sa revendication. A aucun moment, il n'a été demandé ni à l'UFC en 1998, 2003, 2005 et 2010, ni à l'ANC en 2015 de fournir les preuves de sa victoire. Cette exigence de preuve, même si elle avait été formulée, ne provenait pas des partis politiques de l'opposition.

Pourquoi la question de la preuve apparaît subitement dans le débat postélectoral et que ce soit surtout les organisations de l'opposition qui la posent et exigent que la Dynamique Mgr KPODZRO apporte la preuve de sa victoire? Où sont les preuves des victoires précédentes ? A contrario, quelles sont les preuves provenant de procès-verbaux qui ont amené l'ANC et l'ADDI à affirmer dans leurs communiqués du 22 février 2020 que les candidats de la Dynamique et du RPT-UNIR étaient en avance dans la course électorale ? Aujourd'hui, une partie du personnel politique de l'opposition demande à la Dynamique de fournir la preuve de sa victoire comme s'il existe un seul candidat victorieux ou triché au cours d'une élection présidentielle au Togo qui a déjà produit une preuve.

Pourquoi ceux qui parlent de preuve aujourd'hui n'avaient-ils pas demandé à Agbéyomé KODJO la preuve qu'il détenait quand il affirmait au soir du scrutin présidentiel de mars 2010 que le candidat de l'UFC avait gagné au premier tour?

La vérité est que le candidat du parti au pouvoir qui a toujours été proclamé vainqueur des élections présidentielles par les institutions (CENI et Cour constitutionnelle) aux ordres n'a jamais mis dans l'espace public les procès-verbaux de son parti prouvant sa victoire. De tout temps, ce sont les procès-verbaux douteux des CELI qui servent de support à la proclamation des résultats provisoires par la CENI. Au final, on peut affirmer sans se tromper que l'opposition n'a jamais pu rassembler les moyens et les soutiens nécessaires à la sécurisation des processus électoraux au Togo.

La Dynamique Mgr KPODZRO a essayé de résoudre un problème qui apparaît désormais comme un véritable écheveau pour l'opposition. Cependant, il est indéniable que la Dynamique a abattu un travail qui s'impose comme un tremplin, à même de booster bien loin l'opposition, si elle acceptait d'y peser du poids de l'ensemble de ses composantes.

Les opinions qui cherchent à avilir la Dynamique, à dire qu'elle n'a aucune preuve pour justifier ses prétentions, et de surcroît qu'elle use de mensonges pour occuper l'espace public sont incompréhensibles, surtout quand elles viennent des cadres de l'opposition. L'opposition est devenue l'ennemi de l'opposition ! On accuse le prélat de dénoncer la corruption qui est devenue sans nul doute une gangrène pour l'opposition et l'empêche de faire aboutir sa lutte. N'est-il pas vrai que l'opposition togolaise a perdu les valeurs d'intégrité et de combativité dont certains partis politiques se vantaient à une époque ? La vie politique togolaise du moment n'a-t-elle pas besoin d'un magistère ou d'une autorité morale pour appeler tout le monde à l'ordre et rappeler surtout à l'opposition les valeurs morales qui doivent sous-tendre sa lutte politique ?

L'acharnement du régime RPT-UNIR contre la Dynamique se comprend à la lumière de son inclination à détruire toute entreprise ou force politique capable de lui disputer le pouvoir. L'utilisation de l'appareil judiciaire ainsi que des forces de défense et de sécurité pour désagréger la Dynamique Mgr KPODZRO s'inscrit dans la logique du parti RPT-UNIR de rester la seule force politique qui garde le pouvoir et régente le pays pendant de longues années encore. Pourquoi certains partis politiques de l'opposition entrent-ils dans ce jeu ? Un jeu malsain qui consiste à combattre la Dynamique au lieu de faire face à l'adversaire commun, le RPT-UNIR ? Certains ont poussé la perversion jusqu'à exprimer leurs satisfecit face aux énormités débitées, toute honte bue, par un prétendu informaticien qui a gardé par devers lui l'argent à lui versé par la Dynamique pour une prestation qu'il n'a pas fournie.

Ce soi-disant expert qui réapparaît après s'être dérobé à ses créanciers aurait été tout de suite écroué si le Togo fonctionnait comme les pays normaux. Quel est l'intérêt de cet énergumène, qui ment comme les arracheurs de dents, de raconter que la Dynamique KPODZRO n'a pas la preuve de ses revendications ? Est-il difficile de comprendre qu'il est stipendié par nos adversaires pour casser la Dynamique ?

Il est grand temps que l'ensemble de l'opposition retrouve la voie de la raison et comprenne que la Dynamique Mgr KPODZRO n'est pas le problème ; elle est la solution. Elle ne peut pas être la cible de ceux qui luttent pour l'alternance. Bien sûr qu'elle est l'ennemi de ceux qui occupent injustement le pouvoir et au demeurant celui de ceux qui craignent qu'elle est en passe de prendre leur place sur l'échiquier politique. La Dynamique KPODZRO ne dispute la place à personne, au contraire elle cherche à travailler avec tous ceux pour qui l'alternance au sommet de l'Etat togolais est la plus profonde des aspirations.

Fulbert Attisso

 

 

Fulbert Attisso : « Au Togo, l'opposition est devenue l'ennemi de l'opposition »

 

Togo : Un violent tract circule au sein des FAT et accuse «Faurtement» les officiers Yétrofei Massina et Sogoyou pour la mort de Madjoulba

Deux «nouveaux suspects», une même ethnie, un crime. D’abord, on a voulu mettre la mort du lieutenant-colonel sur les combines dangereuses du général Félix Abalo Katanga. En effet, le chef d’Etat-major des Forces Armées Togolaises (FAT) a un passé qui ne parle pas à son avantage. Tous les crimes au Togo lui sont parfois impunément attribués.

Dans un de nos articles, nous avions parlé d’une nébuleuse « kabyè » qui veut redessiner au sein des FAT les lieux stratégiques à prendre et garder le pouvoir s’il le faut, et à vie. Désormais, tout semble aller vite. Un tract circule actuellement dans les téléphones cellulaires des officiers et sous-officiers avec les noms des colonels Yétrofei Massina et Sogoyou [Kpatcha] comme étant les meurtriers du lieutenant-colonel Bitala Toussaint Madjoulba. Dans le langage judiciaire, on parle de remettre l’enquête à plat et repositionner les nouveaux suspects. Comble du ridicule dans l’enquête version togolaise, Massina Yetroféi est dans la commission qui doit identifier les présumés coupables. Ambiance ! Le ou les « corbeaux » auteurs du tract sont encore inconnus.

Au sein de la grande muette, personne ne semble être surpris quand nous exigeons qu’on délie les langues. « Les mêmes qui ont toujours rectifié les autres, n’ont jamais changé leur manière de s’asseoir » avertit un officier. De l’autre côté, on balance aux journalistes de LynxTogo.info que, c’est Félix Kadanga qui a mis ses éléments pour la divulgation de ce tract mensonger. Les interrogations peuvent se faire dans tous les sens, votre journal préféré crache difficilement le mensonge. Nous demandons au procureur de la république « kabyè » lui aussi, de déshabillez tous les officiers « kabyè » connus comme étant dangereux pour la république. Le mensonge et la vérité sur la mort du natif de Siou se trouvent sous leurs képis, sous leurs bérets…

Pâ Tamba

Source : Lynx Togo

 

 

Togo : Un violent tract circule au sein des FAT et accuse «Faurtement» les officiers Yétrofei Massina et Sogoyou pour la mort de Madjoulba

Togo : Quand le treillis et une arme sont au dessus de toutes normes et valeurs.

Fauché ce jour par l’un des petits dieux du Togo, Mohamed s’en est allé de façon foudroyante et imprévisible.

Eux, uniquement eux sont les seuls dotés de droit de vie et de mort sur tout ce qui bouge et respire. Même sur tout ce qui ne bouge. Ainsi en a décidé la classe dirigeante, opulente, condescendante, deshumanisante, depuis 15 ans au moins.

Tuer, réprimer, emprisonner, kidnapper. Le véritable programme de société qui vaut des plébiscites à l’infini, des mandant éternels et le pouvoir jusque dans l’abîme. Plus rien ne compte.

Il s’appelait Mohamed… Son enfant a vu ce que les « forts » du Togo ont fait à son père et de son père qui gagnait sa vie au jour le jour.

Laver des véhicules. c’est de ça il vivait et faisait vivre ses proches.

Une vie de pauvre, comme pour la majorité sans aucune certitude en un avenir pourtant d’une certitude ténébreuse pour tout togolais sous la coupole de l’oligarchie dictatoriale.

Un traumatisme à vie pour cet enfant qui a vu son père se vider de son sang et perdre la vie.

Quelle politique de réconciliation va faire aimer les corps habillés à cet enfant ?

Et les dieux du Togo adorent semblent ils leurs progénitures par dessus tout. Nul ne peut oser les égratigner sans risquer la mort.

Pour eux des vols spéciaux peuvent passer outre toute interdiction de fermeture de frontières.

Pour eux toutes les commandes sont passées à l’autre bout du monde,

Pour eux toutes les bourses pour accéder aux universités les plus huppées et aux stages les plus dorés sont garanties,

Pour eux l’avenir est tracé au nom du Togo. Un Togo propriété privée de quelques individus.

Pour tous les autres, c’est la mort assurée, une mort qui leur ouvre les bras de la manière la plus banale qu’inimaginable.

Vigilance, prudence, les fauves sont habillés en humains.

Que la providence veille.

Rest in peace Mohammed.

Fabbi Kouassi

 

 

Togo : Quand le treillis et une arme sont au dessus de toutes normes et valeurs.

 

Refus d’alternance dans l’espace ouest africain : La fin des systèmes dictatoriaux, un casse-tête chinois pour l’ancrage de la démocratie

Face à l’exigence des nouveaux rapports de force, de l’évolution de la géopolitique, et surtout, en ce qui concerne l’instauration de la démocratie en Afrique notamment dans l’espace ouest africain, les choses bougent dans certains pays. Par contre, dans d’autres pays, des chefs d’état sont toujours réticents voire hostiles à ce nouveau joyau politique pour sevrer à dessein leur peuple, nourrir leur appétence immodérée du pouvoir et y « mourir ». Or, dans la sous-région ouest africaine, les mandats à vie ne sont plus des principes auxquels l’on doit s’accrocher vu que le protocole additionnel de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique (CEDEAO) sur la démocratie et la bonne gouvernance est formel sur la question. Dans la mesure où la réticence de certains Chefs d’Etat met en péril cette idéologie, de gros calibres de l’institution veulent alors s’imposer des mesures drastiques pour que la souveraineté des peuples soit respectée au profit de la démocratie dans tous les pays de l’espace communautaire.

L’idée est certes louable, toutefois, sachant comment les choses évoluent en Afrique, l’on peut se permettre de douter de sa faisabilité En effet, dans l’espace communautaire ouest africain, nombre de pays ont connu l’alternance sans coup férir. Ceci est dû à la volonté manifeste des dirigeants de ces pays de se conformer à la donne universelle dans un monde où la démocratie devient le système politique prisé par les peuples. Pour cette instance sous régionale, la longévité au pouvoir n’a plus sa raison d’être, il faut restituer aux peuples leurs propres moyens de subsistance et s’en tenir à leur volonté. Malheureusement, le refus d’alternance politique à la tête de certains pays membres de la sous-région demeure encore pour l’institution, un casse-tête chinois.

Comment parvenir à obliger chaque Chef d’Etat à s’intégrer à la volonté de son peuple pour que la démocratie soit effective ? Voilà la grande équation à laquelle les premiers et actuels responsables de la CEDEAO sont confrontés. Face à cette situation qui prévaut dans certains pays de l’instance, le Président nigérian, MuhammaduBuhari, la semaine dernière à Accra, n’écarte pas l’option militaire pour imposer à ces boulimiques du pouvoir, la volonté de leur peuple : « L’option militaire face au refus de l’alternance ne serait plus une idée, mais une règle qui s’imposera à nous tous… Un peuple ne peut se plier aux caprices d’une minorité d’hommes qui foulent aux pieds les bases de la démocratie. Et les regarder faire serait une complicité de notre part… » L’intention du Nigérian est fort louable et les épris de la démocratie doivent trouver un grand réconfort et retrouver leur souffle. Et, à s’en tenir à cette sortie de Buhari, l’envoi des forces militaires de la CEDEAO dans certains pays membres où l’alternance politique semble être renvoyée aux calendes grecques, devrait rentrer dans sa phase d’application. Autrement, certains cancres qui s’agrippent contre vents et marées au pouvoir et ne veulent sous aucun prétexte se plier à la volonté de leur peuple, se feraient déloger de leur palais. Mais comment cela pourra-t-il être possible dans la mesure où entre les pays, il existe des relations de partenariat de tous ordres et chaque pays est appelé à défendre les intérêts qui sont les siens ?

Voilà la grande interrogation qui s’impose de droit. En effet, au regard des relations qui existent entre les pays de la sousrégion, il serait difficile à un pays dont les intérêts économiques se trouvent dans le pays menacé de s’associer aux autres pays pour envoyer ses forces militaires et compromettre ses avantages. Surtout qu’il s’agit de l’Afrique où très souvent, certains Chefs d’Etat se soudent dans des incongruités sociables pour demeurer dans le faux. L’option militaire est certes la dernière chose à laquelle il faut penser pour aider à faire réaliser l’alternance dans ces pays de la CEDEAO où l’hostilité à la volonté populaire demeure une évidence étant donné que pour la plupart du temps, des négociations pour dénouer des crises liées aux élections pour y parvenir sont soldées par des échecs. Le coup en vaut la peine. Malheureusement, cette option ne pourrait aboutir à grand-chose et cela ne serait qu’un effet d’annonce en ce sens que, toutes les institutions en Afrique tant sous régionales que continentales ne sont ni plus ni moins que des syndicats des Chefs d’Etat contre le panafricanisme.

Une ou deux volontés pour faire plier ces enivrés du pouvoir ne sauraient avoir raison sur l’ensemble de ces Chefs d’Etat impénitents et lugubres. Par ailleurs, avec la démocratie en vogue dans ce monde devenu un village planétaire, en principe, le tripatouillage des constitutions, des holdups électoraux, le pouvoir pérenne, ne devront plus être acceptés et défendus. Vouloir passer outre cette volonté des peuples africains est un risque majeur pour les dictateurs mal élus qui refusent d’écouter les cris de leurs populations. Et depuis, ils ont détourné les processus électoraux et se sont renforcés au travers d’une démocratie factice.

Au Togo, il y a 53 ans, la famille Gnassingbé est au pouvoir. Le père ayant exercé le pouvoir pendant 38 ans ; le fils, Faure Gnassingbé, ayant succédé au père à la suite de la mort de ce dernier le 05 février 2005, a entamé dès le 03 mai 2020 son quatrième mandat (un mandat de trop). Plus loin, lorsque l’on élargit le cercle à l’ensemble des huit pays membres de l’UEMOA, il ne reste le Togo qui cause problème par rapport à cette épineuse question de l’alternance à la tête du pays.

Dans l’ensemble des pays membres de la CEDEAO c’est encore et toujours le Togo qui demeure la seule curiosité en termes d’alternance. Une telle analyse permet alors de voir clairement combien le Togo ne peut plus faire l’exception dans la sous-région ouest africaine en ce qui concerne l’alternance au pouvoir. Cela s’impose avec une telle acuité que Faure Gnassingbé se doit de comprendre la nécessité de l’alternance au Togo et que seule, celle-ci pourra permettre au pays de s’inscrire dans le concert des nations civilisées et démocratiques pour un nouveau départ. Il n’a en réalité pas d’autres choix que d’aller dans ce sens surtout que le cas du Togo est plus que jamais intolérable. 53 ans de règne du père et du fils sur une République.

C’en est de trop et cela frise un vrai scandale et choque l’éthique et la philosophie républicaines! C’est en réalité la voix du salut que nous sommes en train de lui tracer s’il veut un jour rentrer dans le panthéon de l’histoire de notre pays avec tous les honneurs car il reste le seul qui constitue ce mal qui persiste encore dans cette sous-région ouest africaine à être hostile à l’alternance politique contre vents et marrées. Outre le Togo de Faure Gnassingbé, d’autres pays du continent comme le Congo Brazzaville de Denis Sassou N’guesso, le Cameroun de Palu Bya, le Gabon d’Ali Bongo, … se trouvent dans le cas, où leur Chef d’Etat, s’agrippent au pouvoir et ne veulent pas le lâcher sous aucun prétexte. Et c’est ce phénomène qui retarde l’Afrique. Or, le processus de démocratisation en Afrique en général, était considéré au départ comme une ère nouvelle où les peuples devraient entrer dans une nouvelle phase de leur vie avec l’espoir de disposer d’eux-mêmes et de choisir librement leurs dirigeants dans une cité de justice, d’équité et de respect des droits de l’homme. Malheureusement, dans nombre de pays africains, le constat est plutôt amer. Les élections censées soutenir la démocratie, organisées par des supposés dirigeants sans foi ni loi dans une opacité sans mesure, prédisposent le continent à des situations d’instabilité.

Alors que la profonde aspiration des peuples africains résulte de la bonne gouvernance qui ne peut être possible que si leurs dirigeants s’appliquent vraiment et avec efficacité dans l’évolution de la géopolitique qui sous-tend l’avènement d’un Etat de droit, donc de la démocratie pour le bonheur et l’émancipation de leur peuple respectif, certains Chefs d’Etat africains savent bien s’inscrire dans la dynamique inverse pour végéter au pouvoir. Il est alors temps que la CEDEAO fasse en amont un travail de fond pour démontrer le bien-fondé de l’alternance dans son espace et montrer à toute la communauté internationale qu’elle est capable de résoudre les problèmes relatifs à l’alternance dans son espace en essayant de persuader les dictateurs encore endurcis que le pouvoir appartient au peuple et qu’aucun chef d’Etat n’a plus le droit de briguer plusieurs mandats de suite. On se rappelle d’ailleurs que du 18 au 20 mai 2011, s’était tenue à Praia, au Cap Vert, la conférence régionale sur le thème « Elections et stabilité en Afrique de l’Ouest ».

Cette conférence avait pour objectif d’analyser l’impact des processus électoraux sur la stabilité et la démocratie dans la sousrégion ainsi que leurs implications en termes de prévention des conflits et de consolidation de la paix. La CEDEAO doit donc poursuivre le travail dans ce sens pour finir avec les mandats à vie en son sein.

A l’échelle du continent, le respect d’une limitation à deux mandats de 5 ans, constitue l’un des rares leviers qui facilitera les alternances, le renouvellement des classes politiques, la fin des dictatures, une véritable démocratie et, indirectement, la prévention des crises. Et c’est ce à quoi l’Union africaine (UA), vu l’évolution du monde, est désormais conviée pour stabiliser le continent. Sinon, en laissant le continent dans la configuration de pouvoir à vie, l’UA se fait une mauvaise publicité qui consiste à cautionner des Chefs d’Etat africains qui refusent de s’inscrire dans l’évolution de la géopolitique où la démocratie qui est en vogue, exige la fin des dictatures. Et cela n’est pas à l’honneur de l’institution. Surtout pas dans un contexte où l’Afrique a plus que jamais besoin d’affirmer des valeurs universelles fortes. Aucun Etat ne peut être viable et fiable sans un minimum d’adhésion à des principes qui demandent le respect de la volonté des peuples et la fin des dérives dictatoriales.

L’Afrique ne devrait pas être du reste car avec un peu de volonté, elle pourra se métamorphoser de l’intérieur, y changer les choses et réécrire son histoire pour se valoriser à l’échelle internationale. Et, c’est de cette façon que le continent pourrait se faire prendre au sérieux par ses partenaires européens et américains. La cause profonde des problèmes d’immigration clandestine vient de la caution indécente que les organisations africaines ont toujours donnée aux systèmes dictatoriaux dont la toile de fond est la mal gouvernance.

Peter Sossou

Source : Le Triangle des Enjeux n°413 du Mercredi 20 Mai 2020

 

 

Refus d’alternance dans l’espace ouest africain : La fin des systèmes dictatoriaux, un casse-tête chinois pour l’ancrage de la démocratie

Togo : Militaires et Policiers, les meilleurs Ennemis du Peuple !

Chaque jour que Dieu fait, nous ne cessons de répéter que notre malheur, c’est l’armée, la gendarmerie et la police. Sans elles, le régime qui dure et perdure au pouvoir ne peut réprimer, blesser et tuer les citoyens dès que ceux-ci manifestent le moindre mécontentement. Et pourtant! Et pourtant, quand vous voyez dans nos maisons, dans nos quartiers, dans nos villes et partout dans le pays, les corps habillés cohabitent pacifiquement avec leurs frères civils. Ils causent ensemble, se partagent un verre, regardent des matchs de foot etc.

Loin d’être des tueurs de civils, nos sôdja sont plutôt des gens bien. Et quand ils sont en mission en pays étrangers, ils sont souvent félicités pour leur exemplarité, leur comportement sans reproche.

Nos militaires sont comme un chien errant: au même moment où les passants ont peur qu’il les morde, au même moment ce chien aussi a peur que les passants lui jettent un caillou ou le frappent avec un bâton. Pendant que le civil a peur du sôdja, le sôdja aussi a peur des civils, même si cela semble paradoxal. Il a peur d’être dénoncé, d’être stigmatisé, d’être agressé…

Non seulement il a peur des civils, mais le sôdja togolais a très peur de l’armée et de la police. Cela peut paraitre curieux, mais il a plus peur de l’armée que nous les civils. Nous autres civils, nous pouvons critiquer. Nous pouvons même dire à haute voix que nous sommes contre ceci ou cela. Mais le sôdja peut-il même oser dire par exemple qu’il n’y a pas assez d’écoles ou de dispensaires dans ce pays? Le civil peut dire qu’il n’a pas voté pour le parti UNIR, mais le sôdja oserait-il broncher dans ce sens? Il subirait la foudre s’il parle d’élections, à moins qu’il ne clame qu’il a voté pour le pouvoir! Mais un militaire français peut dire qu’il n’apprécie pas Macron, un militaire britannique peut déclarer ne pas aimer Boris Johnson, un GI américain peut hurler que Donald Trump ne gère pas bien la crise du coronavirus. Mais qu’un sôdja togolais dise que Faure n’est pas bon, il nous semble qu’il ne tarderait pas à passer à la casserole.

Si nous revisitons l’histoire des forces de défenses, force est de constater que plusieurs hommes ont perdu la vie, pas dans une guerre, mais assassinés. Certains disent que les FAT et la police sont sûrement les corps de métier les plus bourrés d’espions, les corps de métier où la méfiance entre collègues règne le plus.

Si nos sôdja sont souvent amenés à tuer, c’est en général parce qu’on le leur ordonne. Et leurs chefs savent très bien comment donner les ordres, comment organiser les troupes et dans quelles conditions envoyer les éléments sur le terrain pour que des vies humaines tombent.

Alors pitié pour les soldats, ils n’y sont pas pour grand-chose quand le sang des civils coule! Autant vous avez peur qu’ils vous tuent, autant ils ont également peur qu’on les tue. Ça a toujours été comme cela dans les dictatures et partout où on barre la route à la démocratie. Le colonel Madjoulba peut vous en dire plus. Ah non, j’oubliais, il vient d’être assassiné d’une balle dans le cou, dans son bureau au camp militaire! Une enquête est ouverte. Elle ne tardera pas à se fermer d’elle-même, parce que l’affaire sera bientôt oubliée.

SAhé Sahéa

Le journal Sika’a
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Togo : Militaires et Policiers, les meilleurs Ennemis du Peuple !

 

Togo, Brutes Épaisses et Tragédies Nationales : Qui dit que Faure Gnassingbé est pris en otage?

Depuis un moment circule sur les réseaux sociaux l’interview, ou plutôt le monologue d’une personne sur Tempo Africa TV. La personne en question se présente comme un militaire disposant d’informations sur les supposées relations tendues entre Faure et certains officiers qui auraient menacé de le liquider s’il renonçait au pouvoir. Il n’en fallait pas moins pour que la passion politique des Togolais monte d’un cran, pour dédouaner Faure dans une grande mesure: il est l’innocent otage de brutes épaisses. Innocent comme tous les autres Togolais.

C’est exactement ce que recherche le régime désespérément. C’est la marque déposée de chaque dictateur qui se respecte. Et ce n’est rien d’autre qu’une continuité. Entre 2005 et 2010, il n’y avait pas WhatsApp. Mais les mêmes bruits ont été répandus de bouche à oreilles par des individus payés, ainsi que dans les médias pour faire croire aux Togolais que Faure était l’otage de l’armée et qu’il voulait renoncer après 2 mandats mais que l’armée refusait. Les Togolais sont tombés dans le piège et nombreux sont ceux qui se sont rangés derrière Faure, y compris les opposants d’Eyadema (ZarifouAyeva, Gnininvi, Agboyibo et consorts). Aujourd’hui on sait où cela nous a mené. Il faut sortir le Togolais de cette émotion vis-à-vis de ce régime dictatorial sinon rien n’empêchera de transformer le Togo en royaume.

La communication est une arme redoutable partout, mais au Togo le régime est passé maître dans l’art de la manier pour s’acheter du temps. Car il sait que les Togolais tombent toujours dans ce qu’il prévoit. Personne n’a force ni personne ne forcera la main à Faure Gnassingbé de rester ou d quitter le pouvoir avant qu’il ne se décide.

C’est une question de conscience et de volonté. Or Faure Gnassingbé semble animer d’un gout caractériel du pouvoir à vie. Ceux qui pensent que l’armée l’a pris en otage se trompent. Car il a le pouvoir de démettre n’importe qui de ses fonctions, de jeter n’importe qui en prison, de faire disparaître n’importe qui s’il veut. La preuve est qu’il l’avait lui-même dit que personne ne l’obligera à faire quoi que ce soit Il n’est donc l’otage de personne. ue les Togolais, apprennent à sortir de l’émotion. Sous le règne du général Eyadéma on nous avait dit qu’il était l’otage de son fils Ernest et que ce dernier a menacé de tuer son père si jamais il renonçait au pouvoir. Il faut bien être un Togolais vraiment désabusé pour croire en ce scénario de parricide comique. Aujourd’hui on nous parle du trio Katanga-Massena-Bawara? Vous ne voyez pas que ce régime se moque de nous tout le temps? Qu’est-ce que ces personnages pourront vraiment décider contre un chef d’Etat qui est le chef d’une armée aussi disciplinée fabriquée à l’image du géniteur de Faure? Comment cela peut être aussi possible que trois personnes décident au nom de tout un peuple?

N’est-ce pas que l’armée est constituée de plusieurs entités? A comprendre donc le raisonnement de certains Togolais qui veulent nous faire avaler la couleuvre, que si Faure voyage aujourd’hui et décide de ne plus revenir au pays parce que pris en otage, ces personnages précités vont aller le ramener et par quelle alchimie. Que les Togolais sont trop pathétiques. Les homes passeront mais la Nation restera toujours. Qu’on cesse de nous divertir Qui alors vous dit que Faure Gnassingbé est pris en otage des brutes épaisses et des tragédies nationales?

Source : Le Triangle des Enjeux n°413 du Mercredi 20 Mai 2020

 

 

Togo, Brutes Épaisses et Tragédies Nationales : Qui dit que Faure Gnassingbé est pris en otage?

 

Togo : L’indépendance de la justice à l’épreuve du juge constitutionnel

« Le principe de la séparation des pouvoirs est inséparable de la protection des droits et libertés …La distribution organique du pouvoir entre plusieurs institutions et le contrôle que celles-ci s’exercent mutuellement a pour finalité de sauvegarder l’individu des atteintes à ses droits et libertés naturels et imprescriptibles » Abdoulaye SOMA, Agrégé des facultés de droit, Université Ouaga II.

Introduction

Garant du respect de l’ordre constitutionnel et régulateur du fonctionnement des institutions de la République, la Cour constitutionnelle est appelée à se prononcer sur la constitutionnalité des lois suite à sa saisine par des autorités limitativement énumérées. Saisie, elle peut s’exprimer à travers deux types d’actes à savoir un arrêt (décision) ou un avis. Ces deux actes qui ont certes la même nature juridique, n’ont pas forcément la même force juridique.

Par avis n°av-002/20 du 18 mars 2020, la cour constitutionnelle sur demande du président du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM), s’est prononcé sur la présidence du CSM. En vue de déceler sa nature et son éventuelle force juridique puis les implications d’une telle interprétation sur l’indépendance de la justice, nous nous proposons une analyse de cet avis.

Bien avant tout, il est nécessaire de s’interroger sur la convenance ou l’opportunité de la démarche du Président du CSM. N’ayant pas la compétence l’initiative des lois, prérogative concurremment réservée à l’exécutif et au législatif, pourquoi s’est-il senti obligé de saisir la Cour constitutionnelle sur cette question ? Même si la légalité de cette démarche échappe à la contestation en ce qu’elle est conforme à l’article 104 de la Constitution togolaise, elle ne saurait l’être quant à son opportunité. Néanmoins faudrait-il reconnaitre que pour toute personne avisée qui a une vision claire de la justice et soucieux de son fonctionnement idéal en tant que pouvoir constitutionnel de L’État, indépendant des deux autres (exécutif et judiciaire), la suppression de l’alinéa 2 de l’article 116 devrait inspirer une certaine crainte ou inquiétude à l’heure où la plupart des institutions de la République font face à une vague de réformes. Ainsi, le respect du sacro-saint principe de la séparation des trois pouvoirs constitutionnels de L’État posé par le « châtelain de la Brède » Montesquieu, la peur d’une éventuelle violation des dispositions constitutionnelles afférentes à l’aune d’une nouvelle loi organique portant organisation, composition, attributions et fonctionnement du Conseil Supérieur de la Magistrature, pourrait justifier une telle démarche.

En effet, semble exister depuis la révision constitutionnelle de mai 2019 qui supprimé l’alinéa 2 de l’article 116, une difficulté juridique sur la personnalité compétente pour présider le CSM. Alors que dans sa rédaction antérieure la Constitution faisait expressément du Président de la Cour suprême, Président du Conseil Supérieur de la Magistrature (article 116 al 2), elle est restée silencieuse sur cette question dans sa mouture actuelle par la suppression pure et simple de cette disposition sans aucune autre précision. D’où semble naître l’ambigüité juridique relative à l’autorité compétente devant présider cet organe. Aux termes des nouvelles dispositions de l’article 113 de la constitution, « Le pouvoir judiciaire est indépendant du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif. Les juges ne sont soumis dans l’exercice de leur fonction qu’à l’autorité de la loi. Le pouvoir judiciaire est garant des libertés individuelles et des droits fondamentaux des citoyens ».

L’article 115 de la constitution dispose que « Le Président de la République est garant de l’indépendance de la magistrature. Il veille à l’impartialité, au professionnalisme, à l’intégrité et à la dignité de la magistrature. Il est assisté à cet effet par le Conseil Supérieur de la Magistrature ».

La Cour devrait donner son avis sur une question fondamentale : celle de savoir si le Président de la République pouvait présider le Conseil Supérieur de la Magistrature face au silence de la Constitution sur cette question.

La question posée présente tout de même un grand intérêt dans la mesure où l’avis de la Cour permettrait d’éclairer le législateur en levant l’équivoque qui est supposé exister et qui résulte du silence du pouvoir constituant sur la présidence du CSM dans le cadre de la future loi organique portant organisation, composition, attributions et fonctionnement de ce dernier.

De son avis, la haute Cour en matière constitutionnelle estime qu’eu égard à la récente modification constitutionnelle, le Président de la République devrait présider le CSM. Dans le dispositif de son avis notamment à l’article 1er elle dit être d’avis que « Le président de la République, garant de l’indépendance de la justice, de l’impartialité, du professionnalisme, de la probité, de l’intégrité et de la dignité de la magistrature, préside le Conseil supérieur de la magistrature ». Cet avis peut se justifier dans une certaine mesure d’abord sous un angle de la crainte par le politique, du « gouvernement des juges » ; ensuite par la suppression de l’alinéa 2 de l’article 116 ; et enfin par l’expérimentation de cette pratique par certains pays de l’Afrique francophone. Cependant, l’on peut légitimement s’interroger, un CSM présidé tel que la Cour l’estime, pourrait-il répondre aux exigences d’édification et de consolidation d’une justice indépendante. Cette inquiétude justifie le caractère plus ou moins discutable de cet avis qui semble contraster avec les principes de la séparation des pouvoirs de l’indépendance de la justice dans la mesure où le CSM, organe chargé de gérer la carrière et la discipline des magistrats qui détiennent le pouvoir judiciaire, constitue la figure emblématique de la justice dans l’organisation des pouvoirs de L’État et surtout la « clef de voûte de l’indépendance de l’autorité judiciaire ».

En rapport avec ce qui précède nous analyserons tour à tour le caractère non authentique de cette interprétation constitutionnelle (I) et la portée juridique de cet avis de la Cour constitutionnelle (II).

I- Une Interprétation Constitutionnelle Non Authentique

La saisine de la Cour constitutionnelle pour avis vise à rechercher et obtenir une interprétation authentique et sincère de la Constitution. Cependant, en raison des multiples interprétations possibles il arrive parfois que les juges constitutionnels adoptent une interprétation dénuée de toute sincérité lui ôtant ainsi son caractère juridictionnel. Le présent avis de la Cour semble résulter d’une interprétation aux allures politiques de la Constitution (A) en ce que l’avis auquel elle a abouti vient prendre le contrepied des principes de la séparation des pouvoirs et de l’indépendance de la justice (B).

A- Une interprétation constitutionnelle aux allures politiques

L’application d’un texte de loi surtout lorsqu’il est nouvellement adopté n’est pas toujours aisée en raison d’éventuelles énigmes qu’il peut comporter. C’est une réalité connue de tous les techniciens du droit que Bernard BAUFUME formule par la phrase suivante : « les juristes savent que la première application d’un texte est une épreuve redoutable : les contradictions, les insuffisances, les lacunes apparaissent alors au grand jour et viennent ajouter à la perplexité du praticien chargé, tout à la fois de régler un cas d’espèce et de créer un précédent ». Cette affirmation vaut également, voire plus pour les textes constitutionnels qui consacrent et proclament des principes et des valeurs. Ce sont des réalités intrinsèquement liées à la formulation des textes juridiques en général. En effet, dans l’exercice de leurs missions, les autorités publiques peuvent être confrontées à des dispositions constitutionnelles équivoques, insuffisantes et imprécises surtout lorsque le pouvoir constituant se borne à établir des dispositions pratiques applicables à des situations concrètes, omet volontairement ou involontairement de régler d’autres situations concrètes. D’où la nécessité de l’interprétation qui est une « tâche naturelle du juge », en vue de cerner leur réelle signification. L’interprétation est un exercice qui consiste donc à rechercher ce que le texte ordonne ou permet c’est-à-dire « la norme qu’il exprime ».

Parlant de l’interprétation, il faut dire que plusieurs acteurs (politiques, professionnels du droit, etc.) peuvent être amenés à appliquer et à se livrer donc à une interprétation de la Constitution créant ainsi un risque d’interprétations divergentes qui certainement préjudicient à la cohérence de l’ordre constitutionnel. Face à cette dispersion d’interprétations, la solution retenue est que l’interprétation juridictionnelle l’emporte sur « l’interprétation politique » souvent « fantaisiste » . C’est dans cet ordre d’idée que Francis Delpérée conseille au juge constitutionnel que « plutôt que de recourir à des argumentation d’ordre politique sujettes à discussion, n’est-il plus simple » pour le juge constitutionnel « de trouver dans le texte constitutionnel lui-même le fondement d’une solution correcte fondée en droit ? ». C’est dire que la mission « d’interprète authentique » de la Constitution relève la compétence exclusive du juge constitutionnel. Il n’échappera donc à personne qu’il lui revient la mission de livrer le vrai sens du contenu de la loi fondamentale à travers une interprétation conforme à l’esprit de ce texte. C’est fort de cela que le président du CSM du Togo s’est adressé à la Cour constitutionnelle le 02 mars 2020 pour obtenir la signification réelle du silence de la nouvelle Constitution issue de la récente révision, sur l’autorité devant présider le Conseil Supérieur de la Magistrature, contrairement à l’ancienne qui disposait clairement en son article 116 al 2 qu’« il est présidé par le président de la Cour suprême ».

Le juge constitutionnel va donc dans le cadre de cette mission faire appel à toutes les virtualités du raisonnement, de l’analyse et de la synthèse pour rechercher l’intention originelle des auteurs de la Constitution et dévoiler l’esprit de la règle. Pour en dégager à travers plusieurs dispositions éparses le sens originel la Constitution, l’interprète constitutionnel doit faire preuve de « vérité » et de « loyalisme » à l’égard du texte constitutionnel. Henri BATIFFOL écrit à ce propos et à juste titre qu’« au souci de la vérité » doit se joindre « celui du loyalisme :…devoir fondamental de ceux qui parlent au nom de L’État ».

Cependant les risques d’instrumentalisation à des fins politiques, partisanes voire personnelles dénuées de tout caractère d’intérêt général sont souvent de nature à dénaturer considérablement cette mission d’interprète authentique du juge constitutionnel et par voie de conséquence altérer sa fonction pacificatrice de garant des droits fondamentaux de la personne humaine, des libertés publiques et surtout, de « Tour de contrôle des pouvoirs publics ». Ce poids militantiste en Afrique comme ailleurs, fait que le juge constitutionnel peut parfois être attentif à ce que veut le pouvoir politique ou à ce que lui-même veut au détriment des valeurs démocratiques et de l’Etat de droit. Ainsi, comme l’affirment Francis HAMON et Céline WIENER, « la Constitution est reproduite et revue » par le juge constitutionnel qui, dans certains cas donne « de la Constitution une interprétation si personnelle qu’elle paraît refléter autant leurs vues propres que celle des constituants ». Cette affirmation se rapproche de celle de Christian E. TRIMUA qui estime que l’objet de la Constitution dans les États africains francophones est souvent ignoré ou volontairement écarté car taxé d’être inapproprié. Toujours affirme-t-il que sont souvent générées « de nouvelles normes constitutionnelles par une entreprise constitutionnelle ou volontaire, modifiant, contrariant, voire même vidant le texte constitutionnel …de sa substance pour la remplacer par une idée de la constitution qui refléterait les spécificités… souhaitées par ses auteurs ».

Pour Francis Delpérée, l’interprétation politique de la constitution vise à rechercher non ce qui doit se faire mais ce qui se fait ; elle se fait donc contre les sens de textes, c’est alors le sens des pratiques qui est appelé à prévaloir et « il y va donc de soi que cette interprétation vide les textes constitutionnels de leur contenu et de leur utilité ».

Pour illustrer ces interprétations aux allures partisanes et politiques, il importe de donner l’exemple le plus frappant de la Cour constitutionnelle du Bénin. En effet, saisie pour se prononcer sur la conformité à la Constitution des dispositions supprimant le droit de grève pour une catégorie de fonctionnaires, les sages de la Cour ont estimé par décision DCC 18-003 du 18 janvier 2018 que « le droit de grève est un droit fondamental auquel le législateur ordinaire ne peut porter atteinte ; mais il ne peut dans le cadre d’une loi qu’en tracer les limites. Et que par conséquence la suppression totale du droit de grève est anticonstitutionnelle ». Curieusement, cinq mois après, par une autre décision en date du 28 juin 2018, la même Cour, cette fois ci présidée par Me Joseph DJOGBENOU par une alchimie de recours en interprétation de la décision de la Cour Theodore HOLO, se prononce d’office et déclare conformes à la Constitution les mêmes dispositions du statut général de la fonction publique et de celui de la magistrature supprimant le droit de grève.Selon cette nouvelle interprétation, « les fonctions de défense, de sécurité, de justice et de santé des personnes dévolues à l’État ne sauraient souffrir dans leur exercice d’aucune interruption » et que les agents de l’Etat opérant dans ces secteurs « ne peuvent exercer le droit de grève » et ce, au nom de « l’intérêt général » et de la « protection des citoyens ». Face à ces deux interprétations divergentes de la même Cour autrement présidée, la première semble plus authentique que la seconde qui reste une interprétation partisane donc politique. En effet, à l’époque, le gouvernement béninois faisait face à une série de grèves intempestives dans le secteur public notamment celui de la justice auxquelles il peinait à trouver la solution.

C’est ainsi qu’il entreprît de modifier les statuts de la fonction publique et de la magistrature en vue de supprimer purement et simplement le droit de grève à certaines catégories d’agents publics. Ces projets d’amendements ont été défendus par Me Joseph DJOGBENOU lui-même ministre de la justice à l’époque. La Cour constitutionnelle ayant censuré ces dispositions en raison de leur caractère anticonstitutionnel, le gouvernement s’était retrouvé le dos au mur et comme il fallait vaille que vaille aller au bout du projet, Me Joseph DJOGBENOU sera débarqué de son poste ministériel pour être nommé président de la Cour constitutionnelle. En mission commandée, il opéra donc le coup de force juridique pour assouvir les désirs du pouvoir politique au détriment des droits fondamentaux et des libertés publiques des citoyens. Face à cette situation, Persis Lionel Essono Ondo s’indigne profondément quand il affirme qu’« au regard de l’activisme politique des Cours constitutionnelles africaines depuis les années 1991, l’on peut être tenté de dire que certaines constitutions africaines tombent dans la catégorie des constitutions sémantiques c’est-à-dire de service, qui servirait de caution juridique » au pouvoir politique.

Dans le présent cas, pour parvenir à son avis suite à la demande du Président du CSM, et qui semble ne pas refléter l’intention réelle du constituant, les sages de la Cour constitutionnelle auraient procédé à l’interprétation du silence de celui-ci sur l’autorité qui doit présider le CSM. En effet, selon Jacques Meunier, parlant des techniques d’interprétation inventées par François Luchaire, l’une des règles d’interprétation issues de la « dogmatique complète de l’interprétation de la constitution » est que « toutes les dispositions d’un texte s’interprètent les unes par rapport aux autres, donnant à chacune le sens qui résulte du texte entier ».

Dans ce contexte chaque mot compte en vue de déceler exactement si les différentes dispositions éparses s’acceptent ou se rejettent. Ainsi, sur la base de cette technique d’interprétation des textes juridiques et pour mieux cerner le sens réel c’est-à-dire de quelle personnalité le constituant a entendu par son silence faire président du CSM, ce silence du constituant doit être confronté comme l’aurait fait la Cour aux dispositions des articles 113 et 115 de la Constitution.

Ces dispositions consacrent d’une part l’indépendance du pouvoir judiciaire vis-à-vis des pouvoirs législatif et exécutif, et d’autre part le Président de la République comme le garant de l’indépendance de la magistrature tout en étant assisté dans ce rôle par le CSM. Certes, confronté avec les alinéas 1 et 2 de l’article 115 de la constitution, ce silence semble laisser penser a priori que ne devrait être président du CSM que le Président la République. Cependant, l’intervention de l’alinéa 3 qui fait du CSM « l’assistant » du Président de la République dans son rôle de garant « de l’indépendance des juges dans l’exercice de leurs fonctions, et au respect par eux, de la loi » et le principe de la séparation des pouvoirs consacré à l’article 133 vient tout changer.

En effet, le constituant ne peut consacrer une valeur ou un principe fondamental dans sa lettre et en même temps avoir le sens contraire dans son esprit. Il ne peut donc pas consacrer la séparation des pouvoirs et l’indépendance de la justice – qui est un principe fondamental de la démocratie et de L’État de droit- et en même temps vouloir que l’organe qui est sensé gérer les détenteurs du pouvoir judiciaire soit présidé par le Président de la République qui de surcroit est titulaire du pouvoir exécutif, lequel pouvoir est qualifié d’ailleurs par Joseph DJOGBENOU comme le principal concurrent du pouvoir judiciaire. C’est pourquoi après avoir supprimé l’alinéa 2 de l’article 116, il n’a pas voulu le remplacer par un autre désignant clairement le chef de L’État comme tel. En plus d’ailleurs, si telle était la réelle intention du constituant, l’incise selon laquelle « il est assisté à cet effet par le Conseil Supérieur de la Magistrature » aurait été également supprimée. Car au fond, il est tout aussi incompréhensible qu’anormal, nous semble t- il que l’on puisse être « assisté » par un organe dans l’exercice d’une fonction et en même temps présider ce même organe. Il est vrai que, comme le pensent certains, dans d’autres pays où le Président de la République préside le CSM, cette phrase figure dans la Constitution ; d’où l’impérieuse nécessité ou l’intérêt de mener une véritable réflexion sur ce contraste.

On infère immédiatement de ce qui précède que le constituant n’a, à aucun moment voulu faire du Président de la République, Président du CSM mais il a juste voulu laisser à la loi organique le soin de se charger des règles relatives à l’organisation, aux attributions et au fonctionnement du CSM et dans le même cadre, désigner dans le strict respect du principe de l’indépendance du pouvoir judiciaire vis-à-vis des deux autres pouvoirs constitutionnels, la personnalité à même de le présider. Ce qui permet de dire que la teneur de l’avis de la Cour résulte d’une interprétation qui ne reflète pas l’intention originelle du constituant car elle est manifestement en déphasage avec les principes à valeur constitutionnelle de la séparation des pouvoirs et de l’indépendance de la justice.

B- Une interprétation constitutionnelle violant les sacro-saints principes de la séparation des pouvoirs de l’Etat et de l’indépendance de la justice.

L’indépendance de la justice est consacrée et strictement protégée sur le fondement de la séparation des pouvoirs quand sont en cause les libertés individuelles. Pour le professeur NAHM-TCHOUGLI Mipamb Guy, il s’agit de « l’autonomie du pouvoir judiciaire comme gardien de l’Etat de droit » à l’égard des autres pouvoirs constitutionnels de l’Etat. Cette indépendance de la justice dont la protection relève du CSM est assortie des mécanismes constitutionnels qui servent de contrepoids à l’exercice de chaque pouvoir.

En effet, Montesquieu, Baron de la Brède, Président à Mortier du Parlement de Bordeaux a, par sa théorie sur la séparation des pouvoirs, distingué trois fonctions sociales essentielles dans l’Etat. Par un exercice de contraction de cette théorie de Montesquieu sans toutefois travestir son sens originel, l’on peut la résumer par la formule proposée par le Professeur Koffi Ahadzi-Nonou en ces termes : « Au sein de l’État, et afin que tout despotisme soit écarté, devraient fonctionner trois pouvoirs confiés à des personnes ou à des corps distincts : exécutif, législatif et judiciaire. Ces pouvoirs doivent être rigoureusement “séparés” afin que la même personne ou le même corps qui fait la loi ne puisse l’exécuter ou rendre la justice ». Considéré comme un « véritable dogme du libéralisme politique », cette théorie est devenue pour les constitutionnalistes du monde le critère d’appréciation du degré de liberté dans un pays et détermine la nature de son régime. Certes, cette séparation qui n’est pas tranchée ou étanche ; elle admet une certaine atténuation qui permet une collaboration entre les pouvoirs indispensables à la vie politique harmonieuse de la nation, n’est guère synonyme de l’inféodation de l’un quelconque des pouvoirs par un autre car, « tout serait perdu si le même homme ou le même corps des principaux exerçait les trois pouvoirs ». Ainsi, selon Montesquieu « il n’y a point encore de liberté, si la puissance de juger n’est pas séparée de la puissance législative et de l’exécutrice. Si elle est jointe à la puissance législative, le pouvoir sur la vie et la liberté des citoyens serait arbitraire, car le juge serait législateur. Si elle est jointe à la puissance exécutrice, le juge aurait force d’un oppresseur ». S’appuyant sur ce patrimoine doctrinal, Maurice Ahanhanzo-Glèlè, dès 1982, professait sa foi en la démocratie en appelant à la rationalisation du pouvoir politique.

La démocratie, écrit-il, « étant une conquête quotidienne, et un état d’esprit, il faudrait travailler à l’avènement de son règne afin de supprimer la monocratie, pour plus de liberté, de participation et de contrôle du pouvoir. Il faut que le pouvoir arrête le pouvoir et que l’homme soit le remède à l’homme ».

Mieux, une partie de la doctrine s’accorde à dire que du fait du phénomène de la majorité dans les démocraties modernes contemporaines, instaurant une certaine collaboration ou complicité entre l’exécutif et le législatif, la seule règle qui subsiste « de la séparation des pouvoirs », c’est le principe de l’indépendance du pouvoir judiciaire. Cette position rejoint le principe de la séparation des pouvoirs « à la française » qui se circonscrit d’ailleurs selon le conseil constitutionnel aux rapports entre le pouvoir judiciaire et le pouvoir exécutif qu’il faut absolument respecter car elle est indispensable à la protection des libertés et des droits fondamentaux des citoyens. Dans ce schéma, placer le pouvoir judiciaire sous le joug du pouvoir exécutif équivaudrait à la neutralisation du principe de la séparation des pouvoirs et à une absence de constitution (article 16 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen de 1789) ouvrant la voie à tout mal. Car « la cause du mal », dit Turgot, « vient de ce que votre nation n’a point de constitution ».

L’indépendance du pouvoir judiciaire, corollaire de la séparation des trois pouvoirs constitutionnels de l’État loin d’être un privilège octroyé au bénéfice des magistrats, est un droit reconnu à chaque citoyen de bénéficier d’un pouvoir judiciaire indépendant (et considéré comme tel) des pouvoirs législatif et exécutif. Il est constitué pour sauvegarder la liberté et les droits des citoyens dans le cadre de l’État de droit. C’est d’ailleurs un droit fondamental du citoyen ; et les déclarations d’inconstitutionnalité d’actes jugés attentatoires aux droits et libertés individuelles pour motif de violation de la séparation des pouvoirs ressortent de plus en plus fréquemment dans la jurisprudence des juridictions constitutionnelles contemporaines. Le Conseil Supérieur de la Magistrature qui est l’instance chargée d’assurer la gestion de carrière et la discipline des magistrats détenteurs du pouvoir judiciaire, doit nécessairement être indépendant du point de vue aussi bien institutionnel que fonctionnel. Ainsi, les règles d’organisation et de fonctionnement de cet organe doivent répondre aux exigences de cette indépendance de sorte que les personnalités qui y siègent ne soient ni les autorités politiques appartenant aux autres pouvoirs constitutionnels de l’Etat, ni directement désignées par elles pour éviter qu’il ne prenne une allure politico-partisane.

La République Démocratique du Congo l’a si bien compris qu’à travers sa nouvelle constitution du 18 février 2006 elle a réaffirmé à son article 152 l’indépendance du pouvoir judiciaire dont les membres sont gérés par un Conseil Supérieur de la Magistrature désormais composé des seuls magistrats. Dans cette logique, envisager que la présidence du CSM soit assurée par le Président de la République alors qu’il est le chef de l’exécutif ne répond donc pas aux exigences d’indépendance de la justice. C’est en quelque sorte le dernier palier franchi dans la violation des principes de la séparation des pouvoirs et de l’indépendance du pouvoir judiciaire. Par cette éventualité en effet, C’est toute la problématique de la présence des membres de l’exécutif au sein de cet organe et son impact sur l’indépendance de l’institution judiciaire qui est posée et à laquelle aussi bien la doctrine que certaines personnalités politiques se sont toujours opposées.

Sur cette problématique l’ancien Premier Ministre Français Edouard BALLADUR estime que pour restaurer l’indépendance du CSM vis-à-vis de l’exécutif, il faut que « sa présidence soit retirée au Président de la République pour être confiée à une personnalité élue en son sein par ledit conseil ». Mieux, Pierre Lyon Caen s’interroge à juste titre que « comment celui qui dirige l’exécutif pourrait-il protéger le judiciaire des empiètements que le premier à tendance, par la nature des choses, à exercer sur le second ? ». Cette interrogation de Pierre Lyon Caen véhicule clairement l’idée selon laquelle la véritable menace de l’indépendance de la justice c’est l’exécutif que le Professeur Joseph DJOGBENOU qualifie d’ailleurs de véritable « concurrent » du pouvoir judiciaire ; celui-ci étant toujours tenté d’affirmer son emprise sur ce dernier. Et face à une telle menace ou concurrence, le seul et véritable rempart c’est le CSM. C’est ainsi qu’à la faveur de la loi constitutionnelle n° 2008-724 du 23 juillet 2008 de modernisation des institutions de la Ve République, le Président de la République ne préside plus le CSM car cette situation « semblait permettre au chef de l’État d’exercer une influence excessive sur l’autorité judiciaire ». Le Conseil Supérieur de la Magistrature en France est présidé depuis cette révision par le premier président de la Cour de cassation (article 65 al 8 de la Constitution Française).

De même au Congo Brazzaville, concernant la présence des membres de l’exécutif au sein du CSM, la Cour suprême avait estimé que « l’intrusion du Garde des sceaux, ministre de la justice dans sa composition, est incompatible eu égard à son statut de membre de gouvernement en exercice, avec les principes de la séparation des pouvoirs et de l’indépendance du pouvoir judiciaire ». Et depuis la loi n°24 du 20 août 1992 modifiée par la loi n°29/94 du 18 octobre 1994, le ministre de la justice n’en fait plus partie. La même réforme a été opérée en République Démocratique du Congo en 2005 par l’exclusion de Garde des sceaux, ministre de la justice du CSM.

Dénonçant la situation dans les autres pays d’Afrique francophone (Congo, Burkina Fasso, Gabon etc…), dans lesquels le Président de la République est membre et préside le CSM, Telesphore KAVUNDJA NANENO citant le Togo en référence en terme d’indépendance du CSM dit : « Par contre au Togo, cet organe est présidé par le président de la Cour Suprême et, ce qui est frappant le Président de la République n’en est pas membre, d’où la consolidation de son indépendance ». Cette affirmation permet de dire que le schéma normatif actuel du Togo, institué par la loi organique n° 97-04 du 06 mars 1997 force l’admiration et les autres pays devraient s’efforcer de s’en inspirer surtout que la France dont tous les pays d’Afrique francophone ont hérité la tradition et l’expression juridique a rompu avec ce travers depuis 2008.

Il est donc clair que même si une réforme du CSM actuel paraît opportune, celle-ci doit viser à renforcer son indépendance et celle de la justice et non à l’affaiblir plus qu’elle ne l’était. L’évidence c’est qu’eu égard au risque d’instrumentalisation politique à outrance des institutions dans les États africains, l’on ne saurait admettre l’envahissement du CSM par les membres des autres pouvoirs, du fait de la grande influence qu’ils pourraient exercer sur cet organe qui verrait son indépendance voire celle des magistrats, considérablement affectée. Une telle démarche serait synonyme d’un véritable recul démocratique séculaire car, en réalité, en ce XXIème siècle la présence de personnalités politiques issues des autres pouvoirs au sein du Conseil Supérieur de la Magistrature ne devrait pas se justifier dans un régime démocratique.
Dans ces conditions il est important de s’interroger sur l’incidence que cet avis de la Cour constitutionnelle pourrait avoir sur les pouvoirs publics en analysant sa portée juridique.

II- La Portée Juridique De L’Avis De La Cour Constitutionnelle

Donné par la Cour constitutionnelle suite à la saisine du président du CSM, l’avis n°av-002/20 du 18 mars 2020 qui est une sorte de contrôle de constitutionnalité préventif (A) de la loi organique à venir portant organisation, composition, attributions et fonctionnement du CSM, reste tout de même un acte à effet juridique très relatif (B).

A- Un contrôle de constitutionnalité en amont du texte en cours d’élaboration

Les cas sur lesquels le juge constitutionnel s’est toujours prononcé sont liés à l’application ou à l’interprétation de la Constitution. Très souvent les différentes positions prises par les juges constitutionnels dans leurs avis sont de nature à relativiser certaines réactions hostiles comme celles qui ont tendance à affirmer que : « ce n’est qu’un avis ». Ainsi, si au sujet de certaines demandes d’avis, le raisonnement du juge constitutionnel révèle qu’il statue essentiellement sur l’éventuelle conformité d’un acte à la Constitution, c’est qu’il fait de sa consultation un contrôle de constitutionnalité à peine déguisé.

Présenté comme l’une des prouesses en matière de la construction démocratique en Afrique francophone, le contrôle de constitutionnalité a fait l’objet de beaucoup de travaux par la doctrine constitutionnaliste de cette région d’Afrique. Pour Djibrihina OUEDRAOGO, la procédure de consultation ou d’avis permet au juge constitutionnel de « se prononcer à titre préventif sur la conformité à la Constitution d’un acte normatif en cours d’élaboration ». C’est ainsi que l’on assiste au lendemain des révisions constitutionnelles à une récurrence des sollicitations des avis des sages de la Cour constitutionnelle sur les projets d’ordonnance, les projets et propositions de lois organiques etc. Tous ces cas de saisine vont donc permettre au juge constitutionnel d’exercer un contrôle de la conformité des actes en cause à la Constitution. Et la Cour constitutionnelle le fait très souvent « aussi bien sur le projet d’acte à titre préventif que sur certains actes juridiques déjà en vigueur, opérant, par voie de conséquence un contrôle a posteriori à peine déguisé ».

A titre illustratif, sur le projet d’ordonnance déterminant les conditions de la mise en œuvre des conditions de l’état d’urgence au Togo suite à la pandémie du COVID 19, la Cour constitutionnelle du Togo a par avis n° AV-003/20 du 08 avril 2020 notamment à son article 2 affirmé que : « Les dispositions du projet d’ordonnance déterminant les conditions de mise en œuvre de l’état d’urgence sont conformes à la Constitution ». Cette réponse donnée par la cour est révélatrice des questions successives que les juges se sont posées. En effet, saisie par le Premier Ministre par lettre référencée le 041/PM/SGG/2020 et datée du 02 avril 2020, la Cour avant d’émettre son opinion telle qu’énoncée ci-dessus se serait posé quatre questions à savoir : est-ce qu’une loi d’habilitation autorisant le gouvernement à légiférer par ordonnance a été adoptée par le parlement ? Est-ce que l’habilitation a été donnée dans l’une des matières relevant du domaine de la loi ? Est-ce que le projet d’ordonnance a été pris dans la durée de validité de l’habilitation ? Est-ce que au regard de son objet, ce projet se rapporte à l’une des matières limitativement énumérées dans la loi d’habilitation ? C’est donc en fonction de la réponse positive donnée à chaque question que la Cour a été d’avis que les dispositions du projet d’ordonnance déterminant les conditions de mise en œuvre de l’état d’urgence sont conformes à la Constitution. Elle aurait pu dire qu’elle est d’avis que ce projet d’ordonnance n’est pas conforme à la Constitution si les réponses à ces questions étaient allées dans un sens négatif. C’est le cas de l’avis N°001-2001/CC du 08 mars 2001 par lequel le juge constitutionnel nigérien a estimé que « le projet d’ordonnance portant création d’un établissement public à caractère professionnel (…) n’est pas conforme à l’article 87 de la constitution » parce qu’il « ne relève pas des domaines prévus par la loi d’habilitation ».

Il parait donc évident à partir de ces exemples que c’est uniquement sur le terrain de la conformité à la constitution que les juges constitutionnels se placent pour examiner les différentes questions soumises à leur examen. C’est donc une manière de s’assurer de la conformité des projets de lois à la Constitution et essayer « d’étouffer dans l’œuf » toute velléité de les incorporer dans l’ordonnancement juridique s’ils sont réellement contraires à la Constitution. Dans le cas d’espèce de la saisine du président du CSM, la Cour constitutionnelle se serait d’abord livrée à un exercice similaire en se posant la question de savoir s’il ressort du sens des dispositions constitutionnelles issues de la nouvelle loi constitutionnelle du 15 mai 2019, la possibilité ou non pour le Président de la République de présider le Conseil Supérieur de la Magistrature. Les sages de la Cour disent être d’avis que « Le président de la République, garant de l’indépendance de la justice, de l’impartialité, de la probité, de l’intégrité et de la magistrature, préside le conseil supérieur de la magistrature ». Selon eux, c’est ce qui ressort du sens de la loi fondamentale donc de l’esprit des dispositions constitutionnelles examinées. Bref c’est ce qui est conforme à la Constitution. Toute porte donc à croire que par cet exercice, la Cour constitutionnelle a exercé à titre préventif un contrôle de constitutionnalité de la future loi organique portant organisation, fonctionnement et attributions du CSM.

Au vu de tout ce qui précède et surtout de l’importance des demandes d’avis dans les jeunes démocraties africaines, l’on peut estimer qu’il doit être admis que l’acte (Décision/Arrêt ou Avis) par lequel la Cour constitutionnelle émet son opinion ne doit pas être l’unique critère qui détermine la force juridique de celle-ci. En plus de ce critère, et pour que ce que la Cour écrit fasse loi comme l’énonce clairement la devise de la Cour constitutionnelle togolaise « Lex est quod notamus », l’opinion émise doit nécessairement résulter d’une interprétation permettant d’avoir le sens originel ou authentique de la loi fondamentale et ce, surtout du fait du caractère très relatif de ses avis.

B- Un acte à effet juridique très relatif

Pour mieux cerner les éventuels effets juridiques de l’avis de la Cour, il importe de le passer au spectre du régime juridique des avis. Il faut noter que les avis se rencontrent dans toutes les matières du droit ; mais ils sont beaucoup plus émis, conceptualisés et utilisés en droit administratif. L’avis est entendu de façon générale comme une opinion ou une réponse donnée suite à une consultation. L’avis qui s’apparente très souvent à un conseil ou à une recommandation est un terme juridique qui s’applique dans toutes les branches du droit, au résultat de consultations qu’elles soient facultatives ou obligatoires selon les cas, demandées à divers organes (personnes, commissions, juridictions etc.) et qui, rarement ont un caractère obligatoire. L’avis est donc en droit administratif un terme générique donné à tous les actes émis par les organes administratifs dans l’exercice de leur fonction consultative et suppose une demande préalable venant d’une autorité en vue d’éclairer celle-ci dans la prise d’une décision à venir. Ainsi, comme acte préliminaire en prélude d’une décision, « c’est un acte juridique qui n’est en principe pas normateur, mais considéré comme un acte de la procédure ».

En outre, une classification spécifique des avis permet de déceler leur valeur juridique. D’abord il y’a l’avis conforme qui fait obligation à l’administration non seulement de le prendre mais aussi de le suivre ; ensuite l’avis obligatoire correspondant à la seule obligation de consulter mais qui laisse à l’autorité demanderesse la liberté de décider ; enfin l’avis facultatif ou simple donnant la possibilité à l’autorité de s’en éclairer sans y être contrainte. Ce régime juridique est bien transposable en matière constitutionnelle et donc au cas d’espèce. En effet, si la possibilité pour la Cour constitutionnelle d’émettre des avis ne souffre d’aucune contestation (articles 104 et 105 de la Constitution), une telle certitude tant à s’éloigner dès que l’on s’intéresse à leur effet et à leur autorité.

A ce propos, il est soutenu par la doctrine que « l’avis est requis non pas pour se soumettre à la volonté de celui qui l’émet mais pour s’enrichir de sa pensée, à la rigueur pour se laisser séduire par elle ». Il s’y ajoute qu’« il y a dans l’idée de se conformer à un avis une contradiction dans les termes ». Une telle position doctrinale est similaire à celle défendue sur l’autorité de l’avis du juge constitutionnel. Selon Martin BLEOU, « le propre et le mérite de la consultation c’est d’éclairer sans imposer ». Abondant dans le même sens, Abdoulaye SOMA affirme que « dans l’exercice de sa fonction consultative, le juge constitutionnel est un conseiller technique à la fois du pouvoir législatif et surtout du pouvoir exécutif ». Logiquement, ses avis même si leur réquisition est dans certains cas obligatoire, ont dans tous les cas un caractère non-conforme, ils sont consultatifs et ne sauraient à aucune condition lier l’exécutif ou le législatif.

En l’espèce, l’avis demandé par le président du Conseil Supérieur de la Magistrature le 02 mars 2020 fait partie de la catégorie des avis facultatifs. L’article 104 al 6 de la Constitution togolaise dispose en des termes clairs que « la cour constitutionnelle peut être saisie d’une demande d’avis sur les sens des dispositions constitutionnelles… », par des autorités dont le Président du Conseil Supérieur de la Magistrature. C’est sur la base de cette disposition que suite à la suppression de l’ancien alinéa 2 de l’article 116 de la Constitution faisant du président de la Cour suprême président de droit du CSM, le Président de cette institution a sollicité l’éclairage des sages de la haute Cour en matière constitutionnelle sur la question de l’autorité qui devrait désormais la présider. Le caractère facultatif de cette demande d’avis résulte de l’utilisation du verbe « pouvoir » notamment dans l’incise « la cour constitutionnelle peut… ». Et naturellement l’avis qui en résulte n’est rien d’autre qu’un conseil que l’on est libre de suivre ou non. Toujours dans ce sens le professeur Adama KPODAR à propos de l’avis N°AV 004/98 donné par la Cour constitutionnelle togolaise au Premier Ministre le 24 décembre 1998 dit que « … bien qu’étant un acte juridique, n’a pas de valeur juridique ». La même Cour a reconnu l’absence d’effet juridique de cet avis en considérant très clairement dans sa décision N°C 001/99 du 05 mars 1999 que « Le Premier Ministre demandeur et destinataire de l’avis du 24 décembre 1998, a, a priori obtenu l’éclairage désiré ».

Par ailleurs le style d’un juge peut être aussi révélateur d’une posture claire ou subtile de négation-admission de l’autorité de son avis. Sur la réelle portée de ses avis et suite à un avis donné au Président de la République sur la question de la révision constitutionnelle, la Cour constitutionnelle du Mali dans un arrêt rendu les 11 et 12 décembre 2001 affirme que « l’avis… de la cour constitutionnelle délivré en application de l’article 41 de la constitution est, comme tout avis non déclaré contraignant, un avis qui ne lie pas son destinataire… ». En l’espèce, sur la demande d’avis du président du CSM, la Cour constitutionnelle a bien utilisé l’expression « est d’avis » et non le terme « décide » qui par contre est nimbé d’effet juridique. Aussi, le ton employé par le juge dans le cinquième considérant de sa motivation est un indicateur pertinent pour apprécier la portée juridique de son avis. Quand la Cour dit dans sa motivation que « …le constituant a voulu, sans le dire expressément, donner la possibilité au président de la République, de présider le Conseil Supérieur de la Magistrature », elle n’a pas voulu installer le demandeur d’avis encore moins les autres pouvoirs dans une situation de compétence liée. En gros, cet avis ne s’impose pas.

Conclusion

En tout état de cause, la fonction consultative est une réalité juridique et juridictionnelle à laquelle le juge constitutionnel togolais n’échappe pas. Celle-ci lui permet en effet, d’assurer à travers l’interprétation constitutionnelle qu’elle donne, sa fonction de « Tour de contrôle » des trois pouvoirs constitutionnels de L’État pour qu’aucun des pouvoirs ne quitte sa trajectoire pour se retrouver sur une autre destinée à un autre et ce, dans le strict respect des valeurs démocratiques consacrées par la loi fondamentale. Cependant, l’on devrait veiller à ce que cette noble mission du juge constitutionnel soit à l’abri du poids de l’instrumentalisation et du militantisme politique, qui le détourne certainement de son but d’intérêt général au profit des dérives partisanes.Ainsi, dans le cas d’espèce même si de par sa nature juridique, l’avis rendu le 18 mars 2020 sur demande du président de CSM n’a aucun effet juridique contraignant, il n’en demeure pas moins que celui-ci risque de donner le signal d’une réforme qui marquera à coup sûr une rupture avec la loi actuelle, laquelle loi est plus protectrice et respectueuse de l’indépendance de la justice et du principe de la séparation des pouvoirs. Car au fond, donner la possibilité au Président de la République de présider le CSM est synonyme selon Montesquieu de jonction « de la puissance de juger » à la « puissance exécutrice », et de ce fait, le juge qui, perdrait son manteau de protecteur des droits et libertés des citoyens, aurait désormais « force d’un oppresseur ». Une telle réforme en réalité ne saurait se justifier en ce 21ème siècle où certains pays ayant vécu ce travers l’ont abandonné à travers des réformes dont d’autres pourraient bien volontiers s’en inspirer pour le bien de la démocratie et de L’État de droit parce que comme l’affirme Francis DELPEREE, l’interprétation constitutionnelle, parce qu’elle est l’interprétation de la Constitution et parce qu’elle est l’interprétation selon la Constitution, est seule capable de donner à l’Etat son vrai visage.

Tout compte fait, si d’aventure par mégarde ou par inattention la loi organique sur le CSM venait à placer la justice sous le joug de l’exécutif, ce serait un véritable recul démocratique. Il faudra alors que force reste à l’indépendance du magistrat, mieux du juge dans toute sa rigueur. Car le peuple au nom duquel les magistrats décident ne saurait leur pardonner d’avoir renoncé à leur indépendance. Il faudra alors combattre l’invasion de l’institution judiciaire par l’exécutif pour une indépendance individuelle effective du magistrat. Tel est l’espoir.

Par Henry Ognan Dogo,
Magistrat du Ministère public,
Porte –parole de l’Union Syndicale des Magistrats du Togo (USYMAT)

 

 

Togo : L’indépendance de la justice à l’épreuve du juge constitutionnel

 

Interview/Kofi Yamgnane : « Les Gnassingbé ont toujours acheté leur pouvoir avec l’argent du Togo »

Dans une interview accordée au confrère LynxTogo.info, Kofi Yamgnane qui n’est plus à présenter se prononce sur la situation sociopolitique du pays. Le président de « Sursaut-Togo » aborde l’épineuse question de l’opposition togolaise et son éternel combat pour l’alternance politique au sommet de l’Etat. L’ancien secrétaire d'État chargé de l'Intégration auprès du ministre des Affaires sociales et de l'Intégration en France revient également sur l’assassinat du Col. Madjoulba. Pour lui, c’est un crime de trop. Bonne lecture.

Lynxtogo.info : On a d’abord pris « acte » de la réélection de Faure Gnassingbé et ensuite on lui a adressé un message de félicitations. Comment avez-vous interprétez cette hésitation de la France?

Kofi Yamgnane: La France s’honore d’une longue expérience dans la coopération internationale et dans les relations bilatérales, notamment avec ses anciennes colonies. Elle juge souverainement de l’opportunité d’intervenir dans les débats au sein de pays étrangers, en observant scrupuleusement les règles de leurs souverainetés. De plus, aujourd’hui la France fait partie de l’Union européenne qui est un projet politico-économique du « vieux continent » las de vivre des guerres meurtrières entre les nations européennes et qui a décidé de conjurer ces dernières. Et au sein de cette Union, la France n’est pas un pays lambda: elle fait partie de la poignée des pays européens qui ont imaginé, construit et façonné l’Union. Elle ne s’autorise donc plus à faire cavalier seul, singulièrement en Afrique.

Vous comprenez donc que cette France-là prenne le temps de consultations bilatérales avec ses pairs avant de décider. Ces consultations sont toujours stratégiques puisque la décision finale engage l’Union. C’est donc au bout de ces consultations (et cela prend toujours un peu de temps), qu’elle a décidé d’envoyer un message de félicitations à Faure Essozimna Gnassingbé et en même temps reconnaître les résultats du scrutin du 22 février 2020. Vous avez sans doute remarqué que cette décision de la France a entraîné la reconnaissance en cascade des pays de l’Union. Quant au contenu du message de félicitations à proprement parler, c’est un “minimum syndical” dans le choix du vocabulaire utilisé, règle élémentaire dans la courtoisie diplomatique…

Pourtant dans une sortie Emmanuel Macron parlait de la réalité de certains pouvoirs africains sourds aux alternances démocratiques…

Le Président Macron s’est en effet exprimé sur la réalité de certains pouvoirs africains sourds aux alternances démocratiques, donc à la démocratie. Il s’agit manifestement pour lui d’un constat évident d’échec des pouvoirs politiques africains. Depuis 1964, date de mon arrivée en France, huit locataires se sont succédé au Palais de l’Elysée. Pendant la même période, combien d’alternances démocratiques notre pays le Togo a-t-il connu? Cela signifie très concrètement que les Togolaises et les Togolais nés depuis 1964 n’ont connu qu’un seul et même régime: la dictature des Gnassingbé! Et le Togo n’est pas le seul dans ce cas: Le Cameroun, le Congo, le Gabon…etc, sont des références en ce domaine.

Au regard de ces éléments, comment voulez-vous que le Président Macron ne s’interroge pas? Pourtant, il a fait de réels efforts pour aider les Africains à se prendre en mains et se concentrer sur le développement du continent. C’est ainsi qu’il y a trois ans, en Algérie, lorsqu’il n’était encore que candidat, Emmanuel Macron avait pris ses responsabilités en qualifiant de “vraie barbarie” et de « crime contre l’humanité » la colonisation. Quel Chef d’Etat africain a-t-il pris la balle au bond pour dire: « …oui ça suffit, nous sommes souverains et nous devons penser à nos pays et à nos peuples pour conjurer définitivement la tentation de volonté de domination des uns sur les autres… »?

Aucun! Et surtout n’allez pas croire que la colonisation a définitivement disparu de la surface du globe. Que nenni: le néocolonialisme a remplacé la colonisation mais attention: la France n’est-elle toujours pas au Mali, la Russie en Syrie, les Etats-Unis en Irak? Oui, nous avons avec la France une histoire commune que personne ne peut nier. Les jeunes abordent cette histoire sous un autre angle. Faure est aussi jeune que Macron ils doivent mieux conjuguer le vivre ensemble. Malheureusement l’un est moderne et l’autre aurait juré à son père qu’il n’abandonnera jamais le pouvoir.

Vous n’avez pas été content de l’ambassadeur de France dans un communiqué. Comment expliquez-vous ce soutien d’un diplomate français au pouvoir de Lomé et la pression de ce dernier sur une institution comme la HAAC ?

Non! Il est vrai que je suis particulièrement en colère contre notre Ambassadeur accrédité au Togo. Heureusement son séjour va sur sa fin et ce n’est pas trop tôt… Je lui reproche d’avoir instruit la HAAC, organe politique de censure, pour “punir” des journaux togolais qui l’auraient diffamé. Mais comment peut-il ignorer que la diffamation se juge devant les tribunaux? Quel Ambassadeur étranger accrédité à Paris aurait-t-il l’idée saugrenue d’aller saisir le CSA pour laver un affront journalistique? Je lui conseille de le faire quand il sera rentré à Paris à son Administration centrale au Quai d’Orsay… Oui M. Vizy a manifesté un soutien clair au régime de Lomé, ce qui dépasse son rôle! Ce soutien n’est pas admissible car c’est juste de l’ingérence! Monsieur l’Ambassadeur ne peut pourtant pas ignorer le prix que les Français ont payé pour les libertés, notamment la liberté de la presse!

Le combat pour CHARLIE HEBDO en est la dernière illustration! Il s’agit plutôt d’un acte qui vient objectivement nourrir le sentiment anti-Français en Afrique, que nous déplorons tous, mais que je peux comprendre. Quant à la presse togolaise, elle est encore jeune et pourtant elle a déjà une longue histoire de combats pour sa liberté. La France contribue à sa maturation dans le secteur de la formation et de l’appui au secteur de l’audiovisuel et des médias (PROFAMED) destiné aux professionnels des médias et de l’audiovisuel. Nous l’en remercions.

Au micro de notre confrère Christophe Boisbouvier de RFI, vous dites que le pouvoir, les Gnassingbé l’achètent. Vous ne montez pas la barre trop haute avec la capacité des Gnassingbé à corrompre des chefs d’Etat africains parfois élus démocratiquement ?

Je ne crois pas pousser les enchères. J’affirme qu’en effet les Gnassingbé ont toujours acheté leur pouvoir avec l’argent du Togo. Comment pouvez-vous expliquer que des règles démocratiques édictées par la CEDEAO, par exemple, qui ont été appliquées avec vigueur au Président gambien et qui sont en cours d’application contre le Président guinéen, n’aient pas pu l’être au Togo? C’est incompréhensible et inexplicable par le bon sens commun. Le « flou » qui entoure et a toujours entouré l’absence de sanction contre le Togo cache un « loup », comme dirait mon amie Martine Aubry.

Un jour dans mon bureau, un ami me dit « …tu sais Kofi, tout s’achète avec l’argent! ». Oui je le crois volontiers. Nous avons tous une estimation en argent que les corrupteurs savent repérer. Pendant ma campagne présidentielle au Togo en 2009, j’apprends que le régime commence à trembler à cause de ma pénétration dans le pays profond et que l’idée de m’éliminer physiquement trottait dans certaines têtes pensantes du RPT. Alors un soir après le dîner, j’ai réuni la vingtaine de compagnons toujours présents à mes côtés pour leur dire: “… il paraîtrait que le RPT pourrait attenter à ma vie. Il ne peut le faire qu’à travers vous qui me connaissez et qui me suivez. Moi ma tête n’a pas de prix tandis que vous autres, vous avez tous une limite: ce n’est pas 1 million, peut-être pas 100 millions, peut-être même pas 500 millions, mais, quand on commencera à vous parler de milliards….

Donc je prie ceux d’entre vous qui savent qu’ils ne pourront pas résister à toutes les propositions de s’en aller sans regret”. Tous mes compagnons de route sont restés à leur poste. J’ai apprécié. Étrange nouvelle, alors qu’à mon arrivée, les plus hauts responsables du RPT m’avaient affirmé non sans un certain orgueil: « Kofi tu peux faire ta campagne. Le Togo aujourd’hui est une démocratie apaisée… »! Et même Faure à qui j’ai rendu une visite protocolaire de politesse ou de courtoisie, m’avait encouragé et attribué une garde rapprochée de 3 gendarmes. Tout en sachant que ces envoyés de la maréchaussée étaient là pour rendre compte quotidiennement à leur hiérarchie et non pas vraiment pour me protéger (de qui ou de quoi d’ailleurs?), j’ai toujours utilisé un verbe clair pour m’adresser à mes compatriotes. Je n’avais à avoir peur de personne: j’étais chez moi.

Monsieur Charles Kondi Agba, Président des Sages du parti UNIR explique que, leur victoire est due au fait que, les partis de l’opposition n’avaient pas laissé leurs militants aller s’inscrire sur les listes…

C’est une vraie parole de Sage et Kondi Agba est un expert en la matière. J’espère seulement que lorsqu’il aura décidé d’écrire ses mémoires, le grand frère Charles Kondi Agba gratifiera les jeunes générations d’un manuel d’Histoire où seront relatées les conditions éminemment démocratiques, hautement consensuelles et indubitablement pacifiques qui balisèrent les parcours essentiellement moraux de ses mentors ainsi que son propre parcours tant aux côtés du père que du fils.

Pourtant tout le monde et surtout Charles, connaît la vérité: ni Étienne Eyadéma Gnassingbé, ni Faure Essozimna Gnassingbé n’ont jamais gagné une seule élection au Togo! Charles le sait d’autant plus qu’il a volontairement accepté de se faire corrompre et de corrompre lui-même à son tour pour traficoter les élections toujours perdues par son parti. Un grand Sage devant l’Eternel, Charles Agba Kondi…

Le parti au pouvoir UNIR a gagné les élections de février 2020 avec 70%. En 2017, plus d’un million de Togolais était dans les rues de Lomé pour exiger le départ de Faure Gnassingbé. Comment expliquez-vous ce score ?

Non! Le parti au pouvoir UNIR n’a gagné aucune élection! Ni en 2005, ni en 2010 quand le pouvoir était RPT pur et dur, ni en 2015, ni 2020 quand le RPT est devenu UNIR! Par ailleurs, il n’y avait pas qu’à Lomé que les Togolais manifestaient: Mango et Bafilo étaient en état de siège; Bassar et Dankpen étaient “chaud-bouillant”; tous les habitants de la région de Sokodé étaient du gibier tirés par la soldatesque; Atakpamé, Kpalimé, Tsévié, Aného…tout le Togo était debout contre le tyran. Alors ces 70% de voix attribués à Faure dès le premier tour, c’est juste une ineptie, une insulte et une provocation!

Qui peut-il croire de telles invraisemblances? Il ne m’était jamais arrivé de penser qu’un esprit sain puisse imaginer tel crime: seuls les « penseurs » du RPT/UNIR en sont capables! Dont acte! Faure Essozimna Gnassingbé n’a jamais gagné aucun scrutin! Lui-même en est conscient. Toutes les chancelleries dans le monde, tous les habitants du Togo RPT/UNIR y compris, savent que Faure Essozimna Gnassingbé a été éliminé dès le premier tour. A mon avis, car moi non plus je n’ai pas les vrais chiffres sortis des urnes, mais le scénario le plus vraisemblable est le suivant: dès le premier tour, Fabre et Agbéyomé ont largement distancé Faure, ce qui l’éliminait du deuxième tour. Alors il ne lui restait plus que l’hypothèse d’un coup d’Etat électoral, ce qui a été fait.

A la London Chatham House en 2019, Faure Gnassingbé avait montré les progrès économiques et la réalité du jeu démocratique de son pays, le Togo. C’est ce qui explique les allers-retours de l’ancien premier ministre anglais Tony Blair et de l’ex patron du FMI, Dominique Strauss -Kahn dans les couloirs de la présidence togolaise ?

Non, les événements de 2019 à la London Chatham House ne sont pour rien dans l’explication de la présence de Blair ou celle de Strauss-Kahn au Palais de Lomé où ils sont réputés être des Conseillers de Faure: l’un pour faire du lobbying auprès de l’UE, l’autre pour faire de même auprès du FMI. Plus prosaïquement et sans vouloir en aucune façon vous décevoir ou les vexer, tous les deux sont au Togo pour l’argent qu’ils y gagnent et pour le train de vie que le Togo leur assure. Rappelez-vous: « …comme son père l’a fait avant lui, Faure achète son pouvoir » et il existera des mercenaires sans foi, sans loi, sans morale, sans éthique…pour répondre « présents ».

Il serait bon de demander et d’obtenir le coût de cette intervention de Faure Essozimna Gnassingbé à London Chatham House. De plus vous pouvez connaître les conditions dans lesquelles cette conférence a été organisée et surtout par qui elle a été financée. En outre, pensez-vous sérieusement qu’à Londres, Faure Essozimna Gnassingbé était capable de plaider pour un Togo de paix et de sécurité. Comment pouvait-il convaincre un auditoire informé du fait qu’il avait posé son fauteuil sur une montagne d’un millier de cadavres encore fumant de ses compatriotes? Comment Faure pouvait-il parler sur la scène internationale de la paix et de la sécurité alors qu’il est incapable d’instaurer l’une et l’autre dans sa propre famille et a fortiori dans son pays?

Alors à force de lobbying et d’argent jeté par les fenêtres, les règles élémentaires de bonne éducation aidant, nos amis anglais l’ont poliment écouté. En un mot comme en mille, à la London Chatham House, Faure Essozimna Gnassingbé, le Chef de l’Etat togolais était une pure curiosité que certains Anglais sont venus découvrir.

Les partis d’opposition semblent n’avoir plus des idées pour continuer la lutte. Que propose l’homme politique Kofi Yamgnane pour la suite du combat ? Une société civile forte ou purement un militaire comme Thomas Sankara ou Jerry Rawlings au-devant de la scène ?

Les partis politiques d’opposition sont régulièrement bafoués, muselés, violentés mais ils continuent à se battre courageusement avec les moyens qui sont les leurs. Ils se battent avec les moyens dont ils disposent. Dire qu’ils semblent n’avoir plus d’idées serait les sous-estimer. Ce n’est pas ma posture. L’opposition togolaise souffre d’une chose, une seule: son incapacité historique de se rassembler autour de quelques idées, un projet de société et puis seulement trouver un porte-parole pour diffuser ces idées et ce projet de société. Le secret du CHANGEMENT est là! Tous les responsables doivent d’abord taire leurs ambitions, calmer leurs egos…Là où il y a la volonté, il y a un chemin! Que tout le monde accepte de travailler avec tout le monde: voilà le slogan pouvant mener à la victoire pour le peuple togolais.

Notre faiblesse, celle de l’opposition togolaise, trouve ses racines dans cette inaptitude à se regrouper, mutualiser nos forces, face à l’adversaire RPT/UNIR. Ainsi, qu’avons-nous fait de concret, qu’est-ce que l’opposition a construit lors de la chasse à l’homme concernant le leader du PNP Tikpi Atchadam ? Le jour où l’ANC et le PNP se parleront les premiers et face à face sans arrière-pensée, le CHANGEMENT sera à notre portée. C’est ce qui permettra aux autres formations de venir renforcer ce « noyau dur » de la naissance de la Révolution togolaise. Quant à l’arrivée d’un sauveur providentiel, je n’y crois pas un seul instant. Vous pouvez constater que le candidat de Mgr Kpodzro dont le nom, pourtant selon lui, soufflé par le “Saint-Esprit”, en a fait une éclatante démonstration.

On a tué un haut gradé au sein des Forces Armées Togolaises. Comment expliquez-vous le silence de son unité et le remplacement rapide de ce dernier par un fils originaire de l’ethnie de Faure Gnassingbé ?

Cet assassinat est une abomination supplémentaire du régime fasciste instauré par le RPT/UNIR. Le silence du gouvernement de Faure Essozimna Gnassingbé et sa décision de remplacer immédiatement un Chef de Corps issu de l’ethnie Nawdba par un officier de sa propre ethnie, nous démontre que ce régime qui a toujours tenté d’instrumentaliser la division ethnique est un régime qui joue sciemment avec le feu. Ainsi Faure Gnassingbé, pas plus que ses militaires, ses centaines de conseillers, n’a tiré aucune leçon du drame que le Rwanda a connu, et avant lui l’Afrique du Sud. Les 27 ans de prison de Madiba Mandela ne serviront-ils donc jamais d’exemple? Ce silence de Faure et sa précipitation à « caser » un des siens pour garder la maison montrent que c’est vraiment un petit esprit.

Personne ne semble voir venir le danger, pourtant il est imminent: le jour où toutes les autres ethnies s’uniront contre Faure et la sienne, le monde se réveillera avec un goût de sang à la bouche. Une guerre ethnique au Togo, comme semble le souhaiter Faure, sera une catastrophe immense, non seulement pour le petit Togo, mais elle enflammera le continent tout entier. Que personne ne vienne alors dire: « on ne savait pas! ». Ce crime odieux d’une part, ce silence assourdissant de Faure, d’autre part, doit ouvrir dès aujourd’hui les yeux de la jeunesse togolaise, d’abord celle de Siou, celle de Niamtougou, celle Kanté, de Lama, de Kara… etc et toutes de toutes les autres ethnies : Jeunesse togolaise, réveille-toi, le feu couve à la maison! Il faut mettre fin à tous les codes ethniques utilisés dans le pays par les Kabyè dans tous les domaines de la société: concours administratifs truqué, justice instrumentalisée, police et gendarmerie accaparée, armée noyautée, économie gangrenée…etc. Les Soldats de la BIR ne sont si lâches.

Le jour viendra où eux aussi chercherons à savoir pourquoi un des leurs s’est fait sauvagement assassiné dans son bureau. Soldats togolais, qu’attendez-vous pour vous révolter? Vous attendez peut-être que cela vous arrive à vous aussi? Armée togolaise, Jeunesse togolaise je vous invite à dire non à l’arbitraire. Armée togolaise, jeunesse togolaise, peuple togolais, dressons-nous tous contre l’impunité et réclamons justice pour Bitala Madjoulba. Dites tous et chacun avec moi: « JE SUIS MADJOULBA! ».

Question d’ordre personnelle Monsieur Yamgnane. On vous a dénié de votre certificat de naissance douteux au Togo. Alassane Ouattara dans votre situation avait mis toute la communauté internationale derrière lui. Pourquoi Monsieur Yamgnane a-t-il jeté lui l’éponge ?

De grâce, laissez-moi rester le Kofi Yamgnane que je suis, que j’ai toujours été. La roue de la vérité tourne. Elle finit toujours par se rétablir avec le temps. Il y a eu trop de morts au Rwanda. Il y a eu trop de morts en Côte d’Ivoire. Je ne peux souhaiter aucune de ces situations à mon pays le Togo. Par contre, je continue de croire en cette jeunesse et en ces populations togolaises qui, à travers le temps, commence par s’approprier leur propre destin. Conscientes du vol du pouvoir, les populations togolaises demandent à l’unisson le départ de celui qui s’est octroyé de 70% des voix de ceux qu’il pourchasse toutes les nuits que Dieu fait.

Kofi Yamgnane n’a jamais jeté et ne jettera jamais aucune éponge. Je me suis retrouvé tout seul lorsque Faure Essozimna Gnassingbé et ses affidés ont intentionnellement cherché à me ridiculiser, à m’humilier en me faisant passer pour ce que je ne suis pas. Je suis né Togolais bien avant lui. A mon retour au Togo en 1989, après mon élection comme Maire d’une commune française, Eyadema me reçoit en son palais et me pose la question.

Lui: Kofi, fils de Bassar, je connais les Blancs avant toi. Explique-moi comment tu as fait pour qu’ils votent pour toi?

Moi: rien, Monsieur le Président; je me suis juste conduit comme les vieux Bassar me l’ont enseigné: travail, courage, ouverture d’esprit.

L’année de la naissance de Faure, je partais à Paris le bac en poche pour mes études supérieures. Qu’est-ce qui lui donne le droit de me dénier de ma nationalité togolaise que j’avais déjà bien avant sa naissance? Et pour autant, comment pourrais-je jeter l’éponge ? Comment pourrais-je accepter d’abandonner le peuple togolais à son triste sort entre les mains si malveillantes d’ignares qui s’ignorent? Je suis un Bassar et un Bassar meurt face au guerrier ennemi, la flèche dans la poitrine ; jamais en fuyant, la flèche dans le dos.

Un guerrier Bassar trouvé mort, une flèche dans le dos sur le champ de bataille n’a pas droit aux obsèques: il est laissé sur place à la merci des rapaces et des vautours. Tenez-vous-le pour dit. Je me dois aussi d’apporter une réponse conséquente aux multiples sollicitations de cette jeunesse togolaise. Je travaille avec elle et avec bien d’autres composantes de la nation togolaise qui me sollicitent quotidiennement.

Interview réalisée par Camus Ali

Source: LynxTogo.info

 

 

Interview/Kofi Yamgnane : « Les Gnassingbé ont toujours acheté leur pouvoir avec l’argent du Togo »

 

A la découverte d'une star togolaise - Kapricia – Lion Girl

QUI EST KAPRICIA

Née le 03 Janvier 1993 à Dapaong, grande ville au Nord du Togo, Kanmatibe GOUNTANTE alias KAPRICIA a grandi au TOGO, plus précisément dans la région des savanes, dans un environnement où la musique faisait partie du quotidien de tous. Très tôt dès son bas âge, elle découvre sa passion pour la musique. Le rêve de devenir une grande Star et son amour pour la culture de son pays, le dévorait. Bercé depuis son enfance par les œuvres des célébrités nationales et internationales, KAPRICIA met le cap sur le BURKINA FASO en 2014 où elle devint actrice d’un film.

Travailleuse et douée d’un sens d’humilité, elle rentra en studio en Octobre 2016 juste après son retour du BURKINA FASO. Après de dures et pénibles travaux, Elle sortit un mois plus tard, son premier single, titré MON PIMENT. Kapricia a déjà huit (08) chansons disponibles sur le marché dont un feat. avec Capitaine Maruis. Toues ses vidéos sont disponibles sur son compte Youtube @KapriciaOfficiel.

Kapricia rayonne à travers son Art, diversifiant son activité.

La reine de l'R&B africaine a lancé il y a 5 semaines sont nouveau single Femme d'Afrique, qui fait le tour du monde; en un (01) mois, il y a eu plus de 31.000 vues de ce dernier single.
KAPRICIA désire vivement se faire connaître par le public togolais. Elle aime chanter pour mettre la joie dans le cœur de tous ceux qui l’entourent. Elle chante l’amour, l’espoir d’une vie meilleure, les vécus quotidiens. L’artiste, dans ses projets à long terme, envisage percer dans sa carrière et aller loin. Elle rêve de devenir une grande star, ambassadrice de la chanson togolaise, qui représentera son pays à l’extérieur de sa terre natale.

KAPRICIA est une femme de talents, sachant transmettre et partager sa passion musicale dans une ambiance chaleureuse et fédératrice.
Son sourire, sa bonne humeur et sa voix nous invitent à l’écouter, car elle sait nous transporter et nous faire voyager à travers son identité.

Pour plus d’informations, visitez: www.kapricialiongirl.com

Le Staff

 

 

A la découverte d'une star togolaise - Kapricia – Lion Girl

 

Du désert à la terre promise : Le Togo nouveau à la croisée de l'option ultime

Depuis 1990 à ce jour, tous les efforts visant à sortir le Togo de l'indépendance des livres, ont été sommés par des échecs . Toutes les tentatives pour faire renaître un Togo meilleur ont été confrontées à des querelles fratricides qui ont davantage plongé sur tous les plans, le pays dans la pire des situations.

Que l'on soit de l'opposition ou du parti au pouvoir, nous avons tous contribué au nom de l'égocentrisme, de la cupidité et du manque manifeste de patriotisme, à détruire ce merveilleux joyau qui était destiné à être l'or de l'humanité.

Cependant, il paraît clair que nous avons épuisé toutes les cartouches à notre disposition. Oui, nous avons fait tout ce qui est logiquement à la portée de la capacité humaine dans le but de crier haut cette victoire nationale qui, malheureusement reste bloquée dans nos gorges attendant cette énergie ultime qui devrait l'extérioriser.

Quelle pourrait être la source de cette énergie si déjà, les seuls acteurs collectifs sans lesquels rien n'aurait pu être, ont déjà tout essayé même au prix de leur vie?

La réponse à cette question nous renvoie à la problématique de l'ultime option.

Avons-nous encore besoin d'envisager faire usage de la violence pour sacrifier des vies humaines pour lesquelles le changement tant crié devrait rendre service?

Avons-nous besoin d'espérer un vingt-huitième dialogue pour encombrer le tiroir de nos archives ?

Avons-nous encore besoin de nous tourner vers une communauté dite internationale guidée par la préservation de ses intérêts et dont le fonctionnement est au service des plus forts au détriment des faibles ?

N'avons-nous pas déjà tout essayé selon l'intelligence humaine?

Si oui, pourquoi n'envisageons-nous pas manifester cette folie mentale qui consisterait à mener des actions pacifiques, collectives et nationales impliquant nos croyances, à des moments annoncés d'avance et pendant lesquels la communication serait prioritairement accentuée pour permettre à tous les fils et filles de notre pays , à tous ceux qui aspirent à un Togo nouveau, d'exprimer leur adhésion ?

Pour avoir le résultat que nous n'avons jamais obtenu, il nous faut avec détermination et foi, agir dans une logique extraordinaire.

Peu importe l'obédience religieuse de laquelle l'on se réclame, toutes les croyances convergent vers la reconnaissance d'une autorité suprême désignée sous le nom de Dieu dont la puissance d'opérer est unanimement reconnue et acceptée par tous.

Osons croire que , le temps de faire recours de manière explicite à la puissance divine en guise d'ultime option ,a réellement sonné pour le Togo.

Oui, cela peut paraître incohérent pour nos brillants intellectuels, adeptes de la logique qui, malheureusement, n'ont pu rien faire avec leur intelligence;
Cela peut sembler porter un coup au leadership des politiques qui, ont visiblement montré leurs limites.

Mais il est du devoir impératif du peuple de réaliser, que c'est l'une des manières les plus sûres de tourner la page sombre de son histoire, une autre façon plus responsable de mettre en pratique l'article 150 de notre constitution sans courir le risque de provoquer une répression soldatesque, sanglante de nature .

La paix est le seul acquis, qu'il faut préserver. La vie humaine est vraiment sacrée, tel que soutenu par l'article 21 de la constitution togolaise et les articles 3 et 5 de la DUDH. Nous devons la mettre au centre de nos actions et la défendre en tout. Soyons légalistes dans nos démarches pour obtenir des résultats qui ne laisseront pas des séquelles susceptibles de nous replonger dans les situations de départ.

Faire recours à Dieu , l'Autorité Suprême comme une option ultime, relève de la légalité absolue et ne peut être confrontée à aucune opposition que ce soit, car au préambule de la constitution togolaise nous lisons ceci : "Nous , peuples togolais, nous plaçant sous la protection divine..." Par ailleurs, l'article 11 de la même constitution reconnaît la liberté de religion pour tous.

"Peuple togolais par ta foi, la nation est née"
Je convie chacun de nous à scruter cette allocution inscrite sur le monument de l'indépendance pour se convaincre de la portée de l'intervention divine dans l'avènement du Togo nouveau auquel nous aspirons tous.

Togolais de toutes les contrées du monde, viens ,bâtissons la cité!

DJODJI KLUTSE,

Défenseur des droits de l'homme.

 

 

Du désert à la terre promise : Le Togo nouveau à la croisée de l'option ultime

Aimé Gogué : "Nous ne devons pas accepter l’élection présidentielle du 22 février comme un fait accompli"

La prestation de serment de Faure Gnassingbé ce dimanche 03 mai 2020 ne doit pas siffler la fin de l'engagement des Togolais pour une alternance au sommet de l'Etat. C'est en substance ce à quoi appelle le président de l'Alliance des démocrates pour le développement intégral (ADDI), Prof Aimé Gogué dans cette tribune.

NOUS NE DEVONS PAS ACCEPTER L’ELECTION DU 22 FEVRIER 2020 COMME UN FAIT ACCOMPLI

Il y a soixante ans que la nation togolaise naissait grâce au courage et aux sacrifices parfois suprêmes de ses filles et fils, promettant ainsi un lendemain meilleur sur la terre de nos aïeux. L’espoir né de la victoire héroïque du 27 avril 1958 a progressivement laissé place au désenchantement, à la panique et la confusion, à la recherche des coupables, pour aboutir à la punition des innocents et innocentes. Les coups d’Etat militaires, les coups de force électoraux, ainsi que les violations massives des droits de l’homme ont fait le lit des crises socio-politiques récurrentes au Togo.

Ils sont nombreux ces Togolais qui ont cru que l’élection présidentielle du 22 février 2020 allait favoriser le début de la résolution de la crise. Ils étaient nombreux ces Togolais qui sont allés voter, en dépit d’un cadre électoral qui ne garantissait ni la transparence, ni l’équité de cette consultation électorale. Par cet acte civique, ces citoyens pensaient participer ainsi à une résolution pacifique de la crise jamais résolue. Malheureusement cet acte citoyen s’est soldé par une déception immense et un désarroi de la population togolaise qui n’aura plus du tout confiance aux élections comme processus permettant un libre choix de ses gouvernants. La fixation par la Cour constitutionnelle du 3 mai 2020 comme date de prestation de serment du supposé vainqueur du simulacre d’élection du 22 février 2020, au lieu de clore le processus électoral ouvre plutôt la porte à une nouvelle crise politique.

Cette crise tire ses origines immédiates et lointaines de l’histoire atypique et singulière du pays, du fait que l’administration publique et les forces de défense et de sécurité (FDS) restent inféodées au régime en place au mépris des principes élémentaires de neutralité des services publics. Elle tire aussi ses racines du refus des groupes organisés (associations patronales, syndicales et professionnelles) à prendre explicitement position face aux multiples abus du régime. Elle tire également son fondement du comportement de Togolais insatisfaits acculés à l’exil « silencieux » intérieur et au réfugiés extérieurs qui, soit par leur indifférence constituent aux yeux de plusieurs personnes un soutien à l’arbitraire, ou soit par des invectives et des discours discourtois enveniment toutes les tentatives endogènes de faire parler les deux camps politiques aux logiques diamétralement opposées. Elle tire enfin et surtout ses fondements de l’insatisfaction du citoyen face à la gestion patrimoniale et chaotique de la chose publique.

En effet, contrairement au fait qu’il soit généralement énoncé que de par leur mission, les forces de défense et de sécurité doivent être neutres et apolitiques, car, « en tant qu’émanation du peuple, elles ne peuvent s’accaparer du pouvoir par la force pour renverser les dirigeants démocratiquement élus », les FDS sont loin d’être neutres dans la vie politique et le processus électoral au Togo.

Le déploiement massif des FDS avant, pendant et après les élections, ainsi que les violences qui ont souvent occasionné des morts d’hommes exacerbent les rapports entre le peuple et les FDS. Une majorité de Togolais (56%) ne font que "juste un peu" ou pas du tout confiance à l’armée togolaise ; 28% seulement pensent que l’armée travaillent "souvent" ou "toujours" avec professionnalisme et respectent les droits de tous les citoyens ; une majorité (58%) de togolais affirment craindre au moins "un peu" d’être victimes des actes d’intimidation ou de violence politique pendant les campagnes électorales.

Soixante ans après l’indépendance, notre pays souffre toujours de l’instrumentalisation de la justice. La justice togolaise, très passive dans des affaires de meurtres, de violations des droits de l’homme et de crimes économiques se trouve une vigueur excessive lorsqu’il s’agit de poursuivre les acteurs politiques de l’opposition, d’écarter un concurrent politique ou aider le régime en place à réduire au silence tout adversaire. L’illustration nous est encore faite le 22 avril dernier. C’est dans un contexte de contestation post-électorale qu’un des candidats, monsieur Messan Agbéyomé Kodjo et ses soutiens au sein de la Dynamique Kpodzro sont placés sous contrôle judiciaire et interdits de faire des déclarations tendant à remettre en cause les résultats de l’élection présidentielle du 22 février 2020, démontrant à suffisance que la justice togolaise se subordonne à l’exécutif. Les Togolais auraient bien voulu savoir ce que fait la justice des affaires des incendies des marchés de Lomé et de Kara, des détournements des fonds, de l’assassinat des élèves à Dapaong en 2013 et de bien d’autres personnes.

Soixante ans après l’indépendance, les crises socio-politiques sont récurrentes au Togo, la paix sociale est toujours menacée. En 2019, le Togo se situait à la 108ème place de l’Indice Global de Paix sur 163 pays évalués. Ramené au niveau sous-régional, le Togo n’est mieux classé que quatre pays seulement : le Niger, le Nigeria, le Mali et la Guinée Bissau confrontés à l’extrémisme violent, à l’activité de groupes djihadistes et au nacro-trafic.

Tirant leçon de cette vie commune depuis l’indépendance, une constante se dégage : le pays ne peut pas continuer à être géré comme il l’a été jusqu’à présent. Aujourd’hui, il est plus qu’une obligation de sortir le Togo des conjonctures critiques et éviter que le pays sombre dans une situation que les inconscients sont loin d’imaginer. Le pays vie dans un contexte particulièrement difficile marqué par : la crise liée au COVID 19, l’approfondissement de la pauvreté, la vulnérabilité d’un nombre important de ménages, avec une généralisation parmi la jeunesse de la volonté du gain facile, résultat de plusieurs décennies de l’impunité des actes de corruption notamment, une crise morale profonde révélée au grand jour le 22 février. En outre, les tensions politiques, l’inquiétude, le désespoir, les frustrations et la souffrance sociale sont immenses. Il est donc urgent que les Togolaises et les Togolais prennent la mesure de ces différents maux.

C’est pourquoi nous ne devons pas accepter l’élection présidentielle du 22 février comme un fait accompli.

Joignant notre voix à l’appel patriotique du Front citoyen Togo-Debout, nous appelons solennellement le peuple togolais à œuvre pour trouver une solution politique à la présente énième crise post-électorale. Cette solution devrait favoriser la refondation de la Nation Togolaise, préoccupée par un meilleur vivre ensemble, la tolérance et l’acceptation mutuelle de ses citoyens. Nous exprimons ce vœu car convaincu que la quasi-totalité des Togolais veulent vivre dans un Togo réconcilié avec lui-même, uni démocratique et prospère.

En cette journée du 3 mai, nous souhaitons à toute la corporation des médias au Togo, une bonne commémoration de la journée internationale de la liberté de la presse. Nous leur souhaitons du courage et de l'abnégation dans cette quête permanente de la liberté de la presse face à des dirigeants qui ne manquent pas d'occasion pour restreindre encore le peu de liberté qui existe, ne facilitant pas du tout son aboutissement.

Tchabouré Aimé GOGUE

 

 

Aimé Gogué : "Nous ne devons pas accepter l’élection présidentielle du 22 février comme un fait accompli"

Prestation de serment de Faure Gnassingbé : Aboudou Assouma a été très inspiré

Bien d’événements ont marqué la cérémonie de prestation de serment de Faure Gnassingbé qui s’offre, à partir de ce dimanche 03 mai 2020, un quatrième mandat à la tête du Togo. Outre la présence très remarquée de l’ancien ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités locales, ancien porte-parole du gouvernement, Pascal Bodjona, on note une sorte de diatribe du président de la Cour constitutionnelle, Aboudou Assouma envers les membres de la dynamique Mgr Kpodzro.

Une institution de la République se doit, à en croire de nombreux observateurs et selon les textes fondamentaux qui régissent le pays, d’être impartiale. De même que ceux qui la dirigent. Visiblement, ce n’est pas ce à quoi les Togolais ont assisté ce dimanche lors de la prestation de serment de Faure Gnassingbé. Tout porte à croire que la Cour constitutionnelle est devenue une aile marchante du parti au pouvoir, tellement son président s’est acharné sur la dynamique Mgr Kpodzro et son candidat qui continuent de contester l’élection de Faure Gnassingbé.

Dans son mot introductif, Aboudou Assouma a situé l’assistance très réduite (à cause de la maladie virale qui nécessité des mesures particulières décidées par le gouvernement) sur la tenue de cette cérémonie au palais de la présidence. Pour lui, cette salle est « transformée en temple de droit » pour la circonstance. « C’est ce qui explique notre symbole, ce logo type ici accroché au mur, derrière nous », a-t-il indiqué.

Et de verser dans une critique empreinte de moquerie. « Ce n’est pas une église, c’est la Cour constitutionnelle. Ce n’est pas l’église de Kpodzro où il intronise le président gondwanais, d’une république gondwanaise, c’est-à-dire qui n’existe pas. Elle n’existe que dans leur imaginaire », a pesté Aboudou Assouma, avant de remercier l’assistance pour sa présence et son accompagnement.

Pour lui, c’est « le suffrage universel qui a décidé, et la Cour constitutionnelle a déclaré élu Faure Gnassingbé dans sa décision du 2 mars 2020 ». Et donc « il n’y a plus personne pour s’y opposer ». Aboudou Assouma demande alors au « fameux gagnant d’apporter un adminicule de preuve ». « Ce fameux gagnant et ses ouailles devraient apporter un adminicule, c’est-à-dire un commencement de preuve, mais rien. Il faut vociférer seulement et ça marche, Non! Non! », a-t-il lancé.

Le président de la Cour constitutionnelle n'a pas manqué de proférer des menaces à l’endroit de la dynamique Mgr Kpodzro. « Si d’aventure, par mégarde ou étourderie, quelqu’un s’y oppose, la force doit rester à la loi, dans sa rigueur, quel que soit l’âge de son auteur (…). La loi est égale à tous, on ne peut pas se cacher derrière son âge pour défier l’autorité de la loi, son auteur doit répondre de son acte devant la justice », a prévenu Aboudou Assouma qui ajoute que le « fameux gagnant ne dispose d’aucune preuve » pour aider le juge dans le contentieux électoral.

Cette réaction du président de la Cour constitutionnelle, à en croire de nombreux observateurs, dénote de la partialité de cette institution de la République qui devrait se mettre au service de tous les Togolais et non d’un seul individu. On comprend une fois encore pourquoi les décisions de cette haute juridiction ont toujours été sujettes à des critiques, notamment lors des rendez-vous électoraux. Beaucoup ont regretté ces propos d’Aboudou Assouma, même si on sait qu’il a toujours affiché son appartenance au parti au pouvoir.

 

 

Prestation de serment de Faure Gnassingbé : Aboudou Assouma a été très inspiré

 

Un sage de la dynamique Mgr Kpdzro saisit Faure Gnassingbé

La dynamique Mgr Kpodzro poursuit sa conquête de la victoire du peuple. Dans une adresse solennelle à Faure Gnassingbé, un sage de cette dynamique revient sur ses 15 ans au pouvoir.

ADRESSE SOLENNENLLE A MONSIEUR FAURE GNASSINGBE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE TOGOLAISE

MONSIEUR LE PRESIDENT,

Nous comprenons aujourd’hui la détresse dans laquelle vous a plongé l’élection présidentielle du 22 février 2020. Quitter le pouvoir, sublimer une défaite pour mieux se construire soi-même n’est pas chose aisée. Nous qui sommes de la génération de vos ascendants, nous pouvons vous dire combien il est difficile d’échouer à un examen, à un recrutement professionnel ou de se faire éconduire par une belle femme. Mais ce sont les expériences de la vie que l’on ne comprend que tardivement et que résume de façon admirable une phrase célèbre d’un philosophe arabe qui a vécu du XIème au XIIème siècle, OMAR KAYYAM (1050-1123): je cite,

« L’expérience est un soleil qui se lève quand l’homme va se coucher ».

Mais ces paroles n’expriment pas une vérité éternelle. En écho à OMAR KAYYAM, Pierre Corneille, auteur du CID (1682), l’âme intellectuelle de la ville de Rouen qui m’a adopté depuis 1986 et qui m’a beaucoup donné, écrivait au XVIIème siècle cette phrase non moins célèbre :

Je cite : « Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années ».

MONSIEUR LE PRESIDENT, Vous êtes une âme bien née puisque vous êtes né sous les ors et les lambris dorés de la République, d’un père, chef militaire et Président de la République qui vous a fait connaitre la politique, les hommes avec leurs qualités et leurs défauts, le monde extérieur avec les forces visibles et invisibles qui le gouvernent. Dans ce monde, il y a de la rectitude mais aussi du mensonge, de la vilénie et que sais- je encore ?

Mais quels que soient nos origines familiales, nos trajectoires intellectuelles et professionnelles et nos mérites, nous devons en toute circonstance savoir raison garder, surtout lorsqu’il est question de la vie en communauté, que les hommes ont toujours des dettes les uns vis-à-vis des autres.

A cet égard je me rappelle une phrase de Jean- Marie DOMENACH, professeur de philosophie à l’Ecole Polytechnique de Paris et à L’institut d’Etudes Politiques de Grenoble que j’ai eu l’immense honneur de côtoyer au début des années 60 et qui dans sa critique du structuralisme écrivait ceci : je cite,

« Ce n’est pas moi qui, à chaque instant, invente la vie. L’impersonnel est un élément structurant du réel ».

MONSIEUR LE PRESIDENT,

Toutes ces pensées nous invitent à prendre la mesure de la complexité de la vie et du monde et à construire notre existence et celle de notre entourage avec lucidité et modestie. Sinon comment comprendre que dans certaines associations philosophiques on peut passer du statut de Vénérable Maître à celui de Couvreur sans aucun déshonneur ?

Vous n’êtes pas déshonoré pour avoir perdu les élections. Non, vous devenez une sentinelle dans la cité. Vous devenez plus grand qu’un Président c’est à dire un homme. Dans Antigone de Sophocle, un des pères de la tragédie grecque du Vème siècle avant J.C., il nous est servi cette phrase admirable ; je cite :

« C’est lorsque je ne suis plus rien que je deviens un homme ».

Mais vous, vous serez un ancien Président, ce n’est pas rien, et en même temps, vous serez un homme car dans notre tradition politique de ces 50 dernières années, être un ancien Président, le premier de notre histoire, c’est être un homme couvert de l’épaisseur de l’histoire. Rappelez-vous les conditions calamiteuses dans lesquelles vous avez CONQUIS le pouvoir en 2005 et que vous-même avez regrettées en privé pour avoir été le jouet d’une histoire dont la dimension tragique a été très tôt perçue par un de vos frères GNASSINGBE lorsqu’il déclara à nos généraux putschistes :

« Pourquoi cherchez-vous à mettre une pâte chaude dans les mains de mon frère ».

MONSIEUR LE PRESIDENT,

En quinze ans de pouvoir vous n’avez pas totalement démérité : des acquis certains en matière d’infrastructure économique sur fond de prévarication, de prise d’intérêt illégal et de corruption, d’accroissement de la dette publique. Sous vos trois mandats la croissance moyenne du PIB réel par tête d’habitant a été de 0, 76% de 2006 à 2010, 2,66 % de 2011 à 2015 et 2,15 % de 2016 à 2020, compte non tenu des effets de la pandémie sur la création des richesses dans notre pays.

Vous avez du mal à vous arracher à une gouvernance globale médiocre. Appliqué au Togo, l’indice POLITY 2 sur la bonne gouvernance octroie à notre pays 37 points loin derrière le Bénin et le Ghana avec respectivement 84 et 89 points.

Quant à la promotion des investissements directs étrangers, elle se heurte à la faiblesse de la confiance que votre régime inspire aux hommes d’affaires : 2,5% du PIB en 2006, 5,2% des investissements bruts (FBCF) en 2015 et 1% du PIB en 2017.

Dans ce domaine, ces trois dernières années n’augurent rien de bon avec la crise politique qui secoue notre pays depuis 2017 et que vous traitez par-dessus la jambe au grand dam d’ADEBAYOR.

Et que dire du règne de la violence depuis 2005 ? Les Togolais ont-ils une dette de sang envers vous ? D’où vous vient cet esprit sacrificiel qui n’épargne même pas les enfants bien que vous soyez père de famille nombreuse ? Pourquoi tant d’excès dans l’acharnement contre notre humanité, contre notre dignité ? Quand on brûle nos marchés, quand on tire à balles réelles sur des manifestants aux mains nues, quand on abat des Togolais comme du gibier sous votre responsabilité de premier magistrat de la République, le Togo n’est plus un Etat moderne mais un Etat de nature où nous vivons tous dans l’incertitude.

Notre vie est rythmée par les crises politiques et la violence. Dans de telles conditions vous ne pouvez plus continuer à rester à la tête de notre pays. Beaucoup de sang versé depuis longtemps, des vies brisées, des rêves de jeunesse évanouis, des exils involontaires et douloureux, une violence ethnique symbolique qui corrompt les rapports humains.

Il est donc temps de vous interroger sur le sens de votre présence à la tête de notre pays. Les Togolais vous aiment et vous demandent de leur montrer ce que vous savez faire. C’est pourquoi ils votent contre vous à chaque élection présidentielle à savoir : en 2005, 2010 et 2015. Le 22 février 2020, ils ont plébiscité Agbéyomé KODJO pour marquer de façon irréversible la fin de votre aventure personnelle à la tête de notre pays.

La précipitation de la proclamation des résultats par la CENI en 2020, contrairement aux années précédentes où il a fallu en moyenne deux ou trois jours, montre à suffisance que celle-ci ne disposait pas de tous les procès-verbaux des bureaux de vote et que les résultats ont été fabriqués en toute hâte pour conjurer une défaite annoncée.

Voici donc venu le temps du passage du Togo à une ère nouvelle, celle d’une République plus fraternelle, plus solidaire et plus humaine. Pour ce faire, nous devons veiller d’abord sur l’avenir de la jeunesse et contribuer à la prospérité de nos concitoyens dans le respect des lois de la République et des valeurs morales que requièrent la gestion du pouvoir et la vie en communauté.

La loi, c’est le plus petit dénominateur commun qui nous rassemble par-delà nos origines ethniques, sociales, religieuses et familiales. C’est pourquoi, nous devons bannir la violence et les fraudes électorales de nos rapports politiques.

Je voudrais vous inviter, toute violence et tout parjure cessants, à réparer d’abord moralement les dégâts des violences qui ont secoué notre pays ces dernières semaines par une reconnaissance officielle de la victoire de Messan Agbéyomé KODJO et à lui transmettre le pouvoir dans l’intérêt supérieur du Peuple Togolais.

Vous connaissez bien votre successeur élu, Messan Agbéyomé KODJO à qui vous lient des relations de parenté et d’alliance. Vous êtes mariés dans la même maison. Vos enfants ont le même sang dans les veines. Les humeurs du corps ont des effets cosmiques insoupçonnés. Il est temps de faire triompher la raison. Rien n’est perdu pour personne. Bien au contraire, nous gagnons tous à faire triompher la Raison et à bâtir une société nouvelle.

Puisse Dieu vous accorder la paix intérieure et vous montrer le chemin de l’amour des Togolais, de tous les Togolais. « Si Dieu nous a donné son fils que ne nous donnerait-il encore ? ».

Richard ABOKI,

auctoritas vetustatis, membre du Conseil des Sages de la Dynamique Monseigneur KPODZRO

 

 

Un sage de la dynamique Mgr Kpdzro saisit Faure Gnassingbé

 

Révolution Togolaise / Le Tour de Garde : La Charogne et les Vautours

« Là ou est la charogne, là se rassemblent les vautours »
Matthieu 24-28

Le Togo traverse une crise post-électorale devenue proverbiale. L’habituel triptyque : élection-contestation-répression est bien en place ainsi que les acteurs d’un drame qui se clôt par des « accommodements raisonnables » au profit de la dictature.

Il s’agit d’un rituel électoral quinquennal, paravent à la dictature pour qui le refus obstiné de la vérité des urnes est vital. Cela ne surprend guère. Plus choquant est le soutien objectif qu’elle trouve au sein de l’opposition notamment à travers l’action de l’alliance nationale pour le changement (anc) que la détermination de la dynamique Kpodjro et du président élu, le Dr Agbéyomé Kodjo, met au jour. En réalité, il n’y a rien de nouveau pour les observateurs de la scène politique togolaise qui connaissent le rôle trouble joué par l’anc sur l’échiquier politique togolais. Avatar schismatique de l’ufc, ce parti s’illustre comme un soutien objectif de Lomé 2 .

Dès le 22 février 2020, reconnaissant l’avance tendancielle du candidat de la dynamique et celui d’unir, ce parti se garda bien de se prononcer sur la claire victoire du premier. Le procédé est bas. Il sera confirmé par le refus de se joindre au recours électoral formé par le Président Agbéyomé, tout en clamant le caractère fantaisiste des résultats prononcés par la Commission Électorale Nationale Indépendante (ceni). Contestant le choix du peuple, l’anc n’a pas cru bon de réclamer la preuve de « la victoire » à l’usurpateur Faure Gnassingbé en s’associant à la demande de recomptage des bulletins bureau de vote par bureau de vote mais exige du président démocratiquement élu « des preuves de sa victoire » comme gage de son soutien. Enfin, ce parti réclame la reprise pure et simple des élections en sachant bien que cette demande ne saurait prospérer. Elle permet juste de se désolidariser du vrai vainqueur, qu’on continue ainsi de torpiller.

La troïka unir-anc-autres partis satellites de l’opposition a ourdi une conspiration du silence complice de l’infernale violence d’État qui va s’abattre sur le président démocratiquement élu. L’anc a pris une part active au processus de décapitation et de musellement de la dynamique. Un véritable partage des rôles. Ce parti assure le harcèlement du prélat nonagénaire en lui adressant la veille de l’assaut du domicile de M. Kodjo une « fatwa » tandis que la milice procède à l’enlèvement violent du président élu. La collusion avec le pouvoir est manifeste. L’anc n’en a cure. Jean-pierre Fabre n’a daigné sortir de son silence complice qu’une fois le forfait du violent enlèvement du président Agbéyomé et son musellement accomplis. Tartuffe, M. Fabre condamnera non pas l’arrestation de M. Agbéyomé et de ses alliés qu’il avalise, mais la violence déployée à cet effet. Il peut à présent proposer « tranquillement » la normalisation du hold-up électoral. C’est fait depuis le discours du 26 avril : « Toutes les filles et tous les fils du pays, dans un sursaut national, doivent se mettre autour d’une table pour parvenir à un compromis historique ». Quid de l’éclatante victoire de M. Agbéyomé ? La survie politique de l’anc et de certains partis et associations de la société civile de son orbite est désormais liée à celle de la dictature.

Le peuple, instruit par des décennies de duplicité, de violence déni de droits et de liberté, est convaincu de la nécessité de combattre, au même titre que la dictature, tous ses alliés incestueux. Il s’est donné les outils d’une déconstruction qui envoie au dépotoir de l’histoire ses fils qui prennent le parti de le trahir. Il sait déconstruire l’infâme propagande qui déjà, distille la nécessité d’avaliser le vol électoral en décrétant l’échec de la dynamique Kpodjro. L’impossible union de l’opposition est de nouveau prônée par les tenants du statu quo. La vertueuse constance de la dynamique Kpodjro dans la recherche de la vérité des urnes met à mal ce mythe de l’union tendant à faire accroire qu’un parti ne peut seul conduire le peuple à la victoire. Depuis le séisme du 19 août 2017 et sa réplique du 22 février 2020, le peuple sait que ce mantra favorise l’entrisme et le noyautage de toute coalition contre Lomé 2. On sait qu’un seul parti, en phase avec le peuple, peut renverser une dictature. Tout aussi faux est la propagande d’État, relayée par ses alliés « oppositionnels », qui décrète l’impossibilité d’une lutte armée au Togo pour mieux imposer sa paix armée. Des guerres de libération ont été conduites victorieusement sur des territoires plus exigus. À la vérité, le régime sait qu’il ne gagnera pas une guerre contre le peuple. Si la lutte armée n’est pas une fatalité, le peuple veut néanmoins disposer, pour son salut, de toutes les options. Le citoyen distingue à présent très précisément les fils blancs dont est cousu le corset de son esclavage. Toute victoire repose sur cette claire conscience des armes de l’ennemi pour mieux adapter la riposte. Le peuple est debout. Sa volonté est intacte. Nul doute que la victoire viendra couronner ses efforts si souvent dévoyés, pour l’édification d’un Togo nouveau, or de l’humanité.

Jean-Baptiste K.

 

 

Révolution Togolaise / Le Tour de Garde : La Charogne et les Vautours

 

Un match pas comme les autres

Aujourd’hui il y a un match de foot. Le jeu est si important que s’il est perdu, ce serait une catastrophe, un désastre pour notre pays. Le stade est bondé de spectateurs. Les journalistes, les délégués de la FTF, de la Fifa et de la Caf…tout le monde était là. Notre équipe nationale est au complet. Les onze joueurs sont sur le terrain, bien habillés, bien soignés et sûrs d’eux-mêmes, face à l’adversaire venu de l’étranger, déterminé à jouer et nous battre. Mais nous avons l’espoir que la victoire sera togolaise.

L’arbitre donne le coup d’envoi et le jeu démarre. Pas de temps à perdre, les nôtres se jettent dans la bagarre sans tarder. Mais que se passe-t-il ?! Ils foncent tête baissée, ils plongent, ils cognent et plaquent l’adversaire par terre, ils attrapent la balle avec les mains, ils filent vers les buts et marquent. C’est à n’y rien comprendre ! Ce que notre équipe joue, ce n’est pas du foot. Le football se joue autrement, avec les pieds et non avec les mains et tout !

L’arbitre n’a naturellement pas hésité à siffler de nombreuses fautes contre nous. Les cartons jaunes et rouges aussi pleuvent et nous pénalisent. Mais cela n’a rien changé : dès que la balle est remise en jeu, notre onze nationale sort les mêmes incroyables brutalités, les mêmes bousculades, les mêmes irrégularités, les mêmes bêtises.
C’est peut-être le capitaine Kodjo qui n’arrive pas à discipliner ses coéquipiers ? Alors le sélectionneur le change et met un autre capitaine du nom de Koffi sur le terrain. Mais rien à faire, rien ne s’améliore. Notre équipe risque d’être sévèrement sanctionnée par l’arbitre, et même par les instances internationales du foot.

L’heure est grave. On prie que la mi-temps arrive vite pour voir ce qui ne va pas. Ah la voilà enfin, cette mi-temps ! Les joueurs rejoignent les vestiaires. Le président de la Fédération s’empresse de les interroger. Sa toute première question était de savoir dans quel club chacun joue avant d’être sélectionné pour l’équipe nationale. Et là, c’est la grande surprise. Le premier joueur joue dans un club de rugby, le deuxième également, et le troisième aussi. Le quatrième joueur joue dans un club de handball, le cinquième, le sixième, le septième, le huitième et le neuvième sont dans une équipe de football américain, ce football où on est obligé de porter un casque et des protections en métal pour éviter de se blesser, tant le jeu est brutal. Le dixième joueur est handballeur dans le club de la ville où il vit.

Force est donc de constater que seul le capitaine de l’équipe est footballeur. Les autres sont rugbymen, handballeurs ou joueurs de football américain. Finalement, il fallait se rendre à l’évidence : le jeu est en passe d’être lamentablement perdu.

Cette équipe nationale brutale et qui joue de façon totalement insolite, c’est la ‘‘Force mixte Anticovid-19’’ qui a été mise sur pied pour combattre la propagation du coronavirus. En fait, elle n’est autre chose que la bonne vieille FOSEP. Cette unité rebaptisée est constituée de militaires, de gendarmes, de policiers et apparemment même de paramilitaires. Ils sont généralement choisis parmi les plus durs pour rabattre sans pitié le caquet aux citoyens qui seraient insatisfaits des élections et voudraient manifester leur mécontentement.

Plusieurs sôdja de cette force sont donc entrainés pour mater l’ennemi. Alors pourquoi s’étonner qu’ils exercent une violence presque bestiale sur les civils qu’ils croisent dans la nuit ? Les ennemis du sôdja, ce sont ceux qui refusent de se soumettre à la loi et à l’ordre établi, que cet ordre établi soit bon ou mauvais. Quand il voit quelqu’un après 20h, l’heure du couvre-feu, celui-là est un insoumis, il faut l’éliminer. Ah oui, un ennemi, ça s’élimine, ça se tue ! C’est la règle. Et c’est ce que la Force Anticovid fait, elle qui est la sœur jumelle monozygote de la FOSEP.

On aura beau changer un colonel Okpaoul par un autre colonel Amana, le résultat restera toujours le même : la Force Anticovid opprime et opprimera. On aura beau changé Kodjo par Koffi pour être capitaine, cela n’empêchera pas l’équipe de foot formée de rugbymen, de handballeurs et de joueurs de football américain d’attraper le ballon avec les mains, cogner et plaquer l’adversaire par terre, jouer comme une équipe folle et perdre.

Quand on veut réparer sa voiture, on la remet à un mécanicien, pas à un menuisier. Quand on veut remporter un match de foot, on le joue avec des footballeurs, pas avec des handballeurs ! Quand on veut une force pour gagner le combat contre le coronavirus, on met sur pied une unité capable de sensibiliser, d’expliquer et de conscientiser ; une équipe qui peut parler aux gens et les amener à la raison ; une équipe qui sait punir sans terroriser. Pour vaincre le coronavirus, on ne déverse pas dans la rue pour patrouiller, des gens incapables de comprendre la civilisation.

Ramenez donc dans les casernes votre FOSEP réchauffée et mettez sur le terrain, les agents qui maintiennent l’ordre en temps de paix. Ils sont plus proches des citoyens, ils comprennent mieux les problèmes quotidiens des Togolais. Ils sont différents des sôdja sortis des camps militaires, ces hommes qui disjonctent facilement avec les réalités du pays et se métamorphosent en machines à tuer.

N’oubliez pas que les sôdja n’ont eu aucune occasion de tuer au cours de l’élection présidentielle 2020. Il y en a parmi eux que les doigts démangent. Ça les gratte et ils ont envie de…

Sahé Sahéa

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Un match pas comme les autres

 

Mgr Kpodzro annonce la fin du calvaire des Togolais pour bientôt

L’archevêque Emérite de Lomé, Mgr Philippe Fanoko Kpodzro, n’entend pas renoncer à la revendication de la vérité des urnes. Dans une récente sortie médiatique, le nonagénaire s’est encore attaqué aux instituions (CENI, Cour Constitutionnelle), qui ont favorisé un 4ème mandat à Faure Gnassingbé. Au nom de la dynamique qui porte son nom, il invite les responsables de ces institutions à déclarer la vérité au peuple togolais.

« Elle ne reconnaîtra jamais quelqu'un qui prête serment sur la base de ces résultats autoproclamés. Aujourd’hui, le vainqueur sort de prison et le vaincu s’apprête à prêter serment ! Comme au Carnaval où le Roi est à la place du Fou et le Fou à la place du Roi », a écrit le prélat ce 30 avril.

Mgr Kpodzro indique qu’il est temps de rassurer le peuple togolais. Pour lui, la cérémonie de prestation de serment de Faure Gnassingbé qui est prévue le 03 mai, est « un non-événement ».

Toujours dans la quête de la vérité des urnes, l’archevêque Emérite lance un « ultime » appel aux responsables des institutions de la République, notamment la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et la Cour constitutionnelle qui ont proclamé la victoire du chef d’Etat sortant. Il leur demande de dire la vérité au peuple.

« S'ils ne se soumettent pas à cet ultime appel, ils seront individuellement maudits ainsi que les membres de leurs familles jusqu'à leurs 7e générations », a-t-il prévenu.

Le doyen des Evêques invite par ailleurs, les fils et filles du pays à bâtir un « avenir Nouveau ». Une seule vision basée sur trois principes à savoir un Transition Pacifique, une Constituante Participative et une Refondation Nationale, a proposé le prélat.

Pour finir, la dynamique a déploré des actes de torture et de traitements inhumains et dégradants infligés à l’Honorable Targone Président du Parti Démocrates Socialistes Africains (DSA) et son Collègue Kolani pendant leur arrestation et leur garde à vue. Elle exige la « libération immédiate » des jeunes patriotes incarcérés.

« Bientôt votre calvaire prendra fin. Nous sommes au côté de Chacun de vous dans vos détresses et vos souffrances ! », a lancé la dynamique.

 

 

Mgr Kpodzro annonce la fin du calvaire des Togolais pour bientôt

 

Désert financier autour des journalistes togolais jugés « trop critiques »

Dans les médias privés du Togo, il est difficile de trouver un journaliste payé à 100.000 CFA le mois. Ces rares privilégiés sont généralement dans la catégorie des rédacteurs en chef sur une station radio ou sur une chaine de télévision.

Dans la presse écrite les professionnels dits du 4e pouvoir ne reçoivent qu’une prime de bouclage qui est de 5.000 francs CFA par parution, pour les plus chanceux.

Dans la majorité des cas, ils se contentent de quelques paiements qu’ils perçoivent en prime de déplacement sur les lieux de reportage.

Selon Isidore Kouwonou, Secrétaire générale du Syndicat nationale des journalistes indépendant du Togo, la précarité dans laquelle évoluent les journalistes constitue une menace pour la liberté de la presse.

« C’est difficilement que les journalistes ont un salaire. Ils ne sont pas déclarés à la Caisse nationale de sécurité sociale », explique-t-il. « Nous sommes dans une corporation où les journalistes n’ont pas d’assurance. Les journalistes vivent au jour le jour. Donc tout cela constitue une prédation pour la liberté de la presse ».

Une convention collective sectorielle pourrait résoudre le problème de ce qui est qualifié sur le terrain de « mendicité« , souligne amèrement le journaliste Albert Agbéko.

« L’absence de la convention collective fait que le journaliste a recours aux chantages et à des manipulations pour survivre. Cette absence fait également le lit au phénomène du ‘G20’ qui consiste pour le journaliste à sillonner les lieux de reportage pour des espèces sonnantes et trébuchantes. Je pense que seule une convention collective peut assainir le paysage et rendre la presse plus professionnelle », souligne-t-il.

La liberté de la presse, c’est aussi une liberté économique des organes de presse. Ferdinand Ayité, directeur de publication du bihebdomadaire Alternative, indique que l’une des entraves auxquelles il fait face est la tentative d’asphyxie financière.

« Il y a des sociétés publiques ou parapubliques qui font des publicités et à chaque fois que nous nous présentons, on nous dit que notre journal n’est pas sur la liste. El lorsque nous avons cherché à comprendre, il s’est avéré que c’est parce que nous sommes trop critiques », témoigne-t-il​. « Il en est de même pour certains opérateurs économiques privés, qui ont peur de faire passer la publicité dans des journaux trop critiques. Parce qu’ils risquent de se retrouver dans le viseur du fisc ou des contrôleurs publics », précise M. Ayité.

Selon le classement 2020 de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse dans le monde, le Togo se niche à la 71e place. Ce pays d’Afrique de l’Ouest a gagné 5 places par rapport à 2019.

Source : VOA

 

 

Désert financier autour des journalistes togolais jugés « trop critiques »

 

Adresse solennelle à Monsieur Faure Gnassingbé président de la république togolaise

Par Richard ABOKI,
membre du Conseil des Sages de la Dynamique Monseigneur KPODZRO

ADRESSE SOLENNENLLE A MONSIEUR FAURE GNASSINGBE
PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE TOGOLAISE

MONSIEUR LE PRESIDENT,

Nous comprenons aujourd’hui la détresse dans laquelle vous a plongé l’élection présidentielle du 22 février 2020. Quitter le pouvoir, sublimer une défaite pour mieux se construire soi-même n’est pas chose aisée. Nous qui sommes de la génération de vos ascendants, nous pouvons vous dire combien il est difficile d’échouer à un examen, à un recrutement professionnel ou de se faire éconduire par une belle femme. Mais ce sont les expériences de la vie que l’on ne comprend que tardivement et que résume de façon admirable une phrase célèbre d’un philosophe arabe qui a vécu du XIème au XIIème siècle, OMAR KAYYAM (1050-1123): je cite, « L’expérience est un soleil qui se lève quand l’homme va se coucher ».

Mais ces paroles n’expriment pas une vérité éternelle. En écho à OMAR KAYYAM, Pierre Corneille, auteur du CID (1682), l’âme intellectuelle de la ville de Rouen qui m’a adopté depuis 1986 et qui m’a beaucoup donné, écrivait au XVIIème siècle cette phrase non moins célèbre :
Je cite : « Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années ».

MONSIEUR LE PRESIDENT,
Vous êtes une âme bien née puisque vous êtes né sous les ors et les lambris dorés de la République, d’un père, chef militaire et Président de la République qui vous a fait connaitre la politique, les hommes
avec leurs qualités et leurs défauts, le monde extérieur avec les forces visibles et invisibles qui le gouvernent. Dans ce monde, il y a de la rectitude mais aussi du mensonge, de la vilénie et que sais- je
encore ?

Mais quels que soient nos origines familiales, nos trajectoires intellectuelles et professionnelles et nos mérites, nous devons en toute circonstance savoir raison garder, surtout lorsqu’il est question de la vie en communauté, que les hommes ont toujours des dettes les uns vis-à-vis des autres.

A cet égard je me rappelle une phrase de Jean- Marie DOMENACH, professeur de philosophie à l’Ecole Polytechnique de Paris et à L’institut d’Etudes Politiques de Grenoble que j’ai eu l’immense honneur de côtoyer au début des années 60 et qui dans sa critique du structuralisme écrivait ceci : je cite, « Ce n’est pas moi qui, à chaque instant, invente la vie. L’impersonnel est un élément structurant du réel ».

MONSIEUR LE PRESIDENT,
Toutes ces pensées nous invitent à prendre la mesure de la complexité de la vie et du monde et à construire notre existence et celle de notre entourage avec lucidité et modestie. Sinon comment
comprendre que dans certaines associations philosophiques on peut passer du statut de Vénérable Maître à celui de Couvreur sans aucun déshonneur ?

Vous n’êtes pas déshonoré pour avoir perdu les élections. Non, vous devenez une sentinelle dans la cité.
Vous devenez plus grand qu’un Président c’est à dire un homme. Dans Antigone de Sophocle, un des pères de la tragédie grecque du Vème siècle avant J.C., il nous est servi cette phrase admirable ; je cite :
« C’est lorsque je ne suis plus rien que je deviens un homme ».
Mais vous, vous serez un ancien Président, ce n’est pas rien, et en même temps, vous serez un homme car dans notre tradition politique de ces 50 dernières années, être un ancien Président, le premier de notre histoire, c’est être un homme couvert de l’épaisseur de l’histoire. Rappelez-vous les conditions calamiteuses dans lesquelles vous avez CONQUIS le pouvoir en 2005 et que vous-même avez regrettées en privé pour avoir été le jouet d’une histoire dont la dimension tragique a été très tôt perçue par un de vos frères GNASSINGBE lorsqu’il déclara à nos généraux putschistes :
« Pourquoi cherchez-vous à mettre une pâte chaude dans les mains de mon frère ».

MONSIEUR LE PRESIDENT,
En quinze ans de pouvoir vous n’avez pas totalement démérité : des acquis certains en matière d’infrastructure économique sur fond de prévarication, de prise d’intérêt illégal et de corruption, d’accroissement de la dette publique. Sous vos trois mandats la croissance moyenne du PIB réel par tête d’habitant a été de 0, 76% de 2006 à 2010, 2,66 % de 2011 à 2015 et 2,15 % de 2016 à 2020, compte non tenu des effets de la pandémie sur la création des richesses dans notre pays.

Vous avez du mal à vous arracher à une gouvernance globale médiocre. Appliqué au Togo, l’indice POLITY 2 sur la bonne gouvernance octroie à notre pays 37 points loin derrière le Bénin et le Ghana avec respectivement 84 et 89 points.

Quant à la promotion des investissements directs étrangers, elle se heurte à la faiblesse de la confiance que votre régime inspire aux hommes d’affaires : 2,5% du PIB en 2006, 5,2% des investissements bruts (FBCF) en 2015 et 1% du PIB en 2017.

Dans ce domaine, ces trois dernières années n’augurent rien de bon avec la crise politique qui secoue notre pays depuis 2017 et que vous traitez par-dessus la jambe au grand dam d’ADEBAYOR.

Et que dire du règne de la violence depuis 2005 ? Les Togolais ont-ils une dette de sang envers vous ?

D’où vous vient cet esprit sacrificiel qui n’épargne même pas les enfants bien que vous soyez père de famille nombreuse ? Pourquoi tant d’excès dans l’acharnement contre notre humanité, contre notre
dignité ? Quand on brûle nos marchés, quand on tire à balles réelles sur des manifestants aux mains nues, quand on abat des Togolais comme du gibier sous votre responsabilité de premier magistrat de la République, le Togo n’est plus un Etat moderne mais un Etat de nature où nous vivons tous dans l’incertitude.

Notre vie est rythmée par les crises politiques et la violence. Dans de telles conditions vous ne pouvez plus continuer à rester à la tête de notre pays. Beaucoup de sang versé depuis longtemps, des vies
brisées, des rêves de jeunesse évanouis, des exils involontaires et douloureux, une violence ethnique symbolique qui corrompt les rapports humains.

Il est donc temps de vous interroger sur le sens de votre présence à la tête de notre pays. Les Togolais vous aiment et vous demandent de leur montrer ce que vous savez faire. C’est pourquoi ils votent contre vous à chaque élection présidentielle à savoir : en 2005, 2010 et 2015. Le 22 février 2020, ils ont plébiscité Agbéyomé KODJO pour marquer de façon irréversible la fin de votre aventure personnelle à la tête de notre pays.

La précipitation de la proclamation des résultats par la CENI en 2020, contrairement aux années précédentes où il a fallu en moyenne deux ou trois jours, montre à suffisance que celle-ci ne disposait pas de tous les procès-verbaux des bureaux de vote et que les résultats ont été fabriqués en toute hâte pour conjurer une défaite annoncée.

Voici donc venu le temps du passage du Togo à une ère nouvelle, celle d’une République plus fraternelle, plus solidaire et plus humaine. Pour ce faire, nous devons veiller d’abord sur l’avenir de la jeunesse et contribuer à la prospérité de nos concitoyens dans le respect des lois de la République et des valeurs morales que requièrent la gestion du pouvoir et la vie en communauté.

La loi, c’est le plus petit dénominateur commun qui nous rassemble par-delà nos origines ethniques, sociales, religieuses et familiales. C’est pourquoi, nous devons bannir la violence et les fraudes
électorales de nos rapports politiques.

Je voudrais vous inviter, toute violence et tout parjure cessants, à réparer d’abord moralement les dégâts des violences qui ont secoué notre pays ces dernières semaines par une reconnaissance officielle
de la victoire de Messan Agbéyomé KODJO et à lui transmettre le pouvoir dans l’intérêt supérieur du Peuple Togolais.

Vous connaissez bien votre successeur élu, Messan Agbéyomé KODJO à qui vous lient des relations de parenté et d’alliance. Vous êtes mariés dans la même maison. Vos enfants ont le même sang dans les veines. Les humeurs du corps ont des effets cosmiques insoupçonnés. Il est temps de faire triompher la raison. Rien n’est perdu pour personne. Bien au contraire, nous gagnons tous à faire triompher la Raison et à bâtir une société nouvelle.

Puisse Dieu vous accorder la paix intérieure et vous montrer le chemin de l’amour des Togolais, de tous les Togolais. « Si Dieu nous a donné son fils que ne nous donnerait-il encore ? ».

Richard ABOKI,
auctoritas vetustatis, membre du Conseil des Sages de la Dynamique Monseigneur KPODZRO

 

 

Adresse solennelle à Monsieur Faure Gnassingbé président de la république togolaise

 

Togo : La fête du 27 avril n’a « décidément » pas de chance

60 ans d’indépendance passés sous silence

Brève célébration, pas d’engouement particulier, la tension politique est électrique, l’atmosphère sociale est morose, les couleurs de la célébration de la fête nationale au Togo sont ternes. Ce n’est pas nouveau. L’Indépendance au Togo n’a jamais connu une célébration digne de ce nom sauf dans les deux premières années contrairement aux autres pays ou la liesse populaire ébranle les populations dans diverses localités. Ceci fait dire simplement aux observateurs de la scène togolaise que le 27 avril au Togo semble frappé d’une malchance. Cette année au moins que les esprits devraient s’accorder pour offrir à cette journée ses lettres de créances, la pandémie sanitaire vient encore une fois tout remettre en cause.

Lundi a été un jour férié, ordinaire. Pas de cachet particulier. Il faut suivre la télévision nationale au journal de 20 heures dimanche dernier pour voir la timide solennité. Le Chef de l’Etat Faure Gnassingbé a allumé la flamme de l’indépendance avec un groupe sélectionné d’invités. Le COVID-19 oblige, la distanciation s’est imposée. Ils étaient éparpillés devant le monument de l’Indépendance à suivre la prestation de Faure Gnassingbé, en quelques minutes. Après il est rentré dans sa voiture pour se réfugier dans ses conforts, évitant comme tout citoyen du monde actuel de se faire approcher pour choper le coronavirus.

Lundi à la nouvelle présidence, même scénario, même décor clairsemé. Ministres, bureau de l’assemblée nationale, responsables d’institutions de la République étaient les seuls à avoir été conviés à cette cérémonie de célébration symbolique de la fête de l’indépendance.

Cette année donc, le Togo totalise 60 ans de sa souveraineté internationale. 60 ans de célébration devraient faire l’objet d’un cachet particulier. 60 ans dans la vie d’une nation méritent d’être célébrés de façon grandiose.

COVID-19 a choisi encore ce moment pour empêcher la célébration. Un facteur exogène d’une journée qui a toujours souffert au Togo de par les dissensions qui l’animent.

C’est Sylvanus Olympio qui est le père de l’Indépendance du Togo. C’est lui qui a lutté contre les colons pour obtenir au Togo la souveraineté internationale. C’est lui qui a hissé le drapeau togolais devant un peuple en liesse et une communauté internationale en refondation.

C’est le premier président de la république du Togo dont le destin a été écourté par Gnassingbé Eyadéma. C’est dans ses manœuvres le 13 janvier 1963 que le tout premier président de la République a été assassiné. Quatre ans plus tard, il prendra le pouvoir pour régner d’une main de fer pendant 38 ans. C’est en 2005 que dame nature a décidé de l’arracher pour permettre au Togo de tourner la page d’une dictature nuisible pour les citoyens et le développement.

Pour consacrer la victoire de l’assassinat qui était brandi comme un exploit, Gnassingbé Eyadéma a fait du 13 janvier une fête nationale. Fête de « libération nationale » a-t-on clamé.

Pendant 38 ans, le peuple togolais a eu droit à cette célébration en bombance qui tenait lieu et place pour la fête de l’indépendance.

Le 27 avril qui a consacré la vraie libération du Togo a été mis sous éteignoir. Timidement célébré, parfois sans cachet particulier.

Même après la mort du général Eyadema, le Togo a eu du mal à se débarrasser de cette célébration budgétivore qui était la fête de tous les fantasmes et de toutes les provocations.

En 2006, après la signature de l’accord politique global entre les acteurs politiques après le folklore électoral d’après la mort d’Eyadéma, le pouvoir de Faure Gnassingbé a décidé de remettre en selle la fête de l’indépendance en diversifiant la célébration par région. Le projet fera effet de feu de paille. Une seule célébrée à Dapaong dans un grand cafouillage a résumé le projet.

Depuis, malgré la mise entre parenthèse du 13 janvier, la fête de l’indépendance a toujours souffert de difficultés à être célébrée.

Souvent, elle est émaillée de violences consécutives à la double célébration, celle du pouvoir sur les tribunes avec les défilés, et celle de l’opposition dans les rues qui soufflent les gaz lacrymogènes jetés par les forces de sécurité.

Alors que le pouvoir met ce jour sous le signe de la festivité et de la cohésion, l’opposition le met sous le signe de la contestation et des manifestations.

Les pères de l’indépendance ne se seront sans doute pas réjouis de cette cacophonie de la célébration de la fête nationale du Togo.

Trop de polémiques, trop de mésententes et de malentendus, trop de quiproquo émaillent le 27 avril au Togo.

Beaucoup se posent la question de savoir comment s’en sortir un jour.

2020, année électorale devrait profiter à une célébration spéciale de 60 ans de l’indépendance du Togo.

Alors que l’atmosphère politique est viciée par une contestation électorale mal léchée, la pandémie sanitaire s’invite.

Depuis le 2 avril 2020, l’état d’urgence a été décrété au Togo et les mesures de distanciation sont prises. Coronavirus oblige, il est quasiment impossible de se rassembler à plus de 100 personnes et de s’agglutiner. Or, une fête, surtout nationale se célèbre dans une liesse populaire ou les joies et les réjouissances se partagent et s’expriment. Les conditions de distanciation ne le permettent pas. Ne permettent au 27 avril 2020 d’avoir droit de cité.

La journée est fériée, naturellement, alors que tout le monde devrait rentrer chez lui à partir de 20 heures pour respecter le couvre-feu.

Le 27 avril 2020, fête de l’Indépendance du Togo a été encore une fois victime de modestie à ne pas se faire célébrer. Cette fois-ci sous l’effet naturel de la pandémie mondiale.

Décidément, la fête de l’indépendance du Togo n’a pas de chance et refuse de se faire plaisir.

Les autorités togolaises devraient remettre sur piédestal cette célébration qui devrait réunir et réconcilier tous les togolais.

Les états généraux de l’indépendance du Togo devraient permettre de penser la façon de célébrer la fête. Quels sont les facteurs encombrants la célébration, quels sont les pesanteurs négatives, quelles dispositions faut-il prendre pour conjurer la malchance qui empêche la célébration festive de l’indépendance du Togo.

Une évaluation impliquant, chercheurs, personnalités politiques, historiens, garants des us et coutumes, hommes et femmes épris du patriotisme qui devraient donc s’asseoir et réfléchir sur le 27 avril, la date de l’Indépendance du Togo.

Sinon, c’est une malédiction que la date de l’indépendance d’un pays, 60 ans après continue de subir le spectre de la malchance qui compromet sa célébration.

Carlos Ketohou

Source : independantexpress .net

 

 

Togo : La fête du 27 avril n’a « décidément » pas de chance

 

Togo : Face à l’échec de l’épiphénomène Agbéyomé, Reconstruire une opposition crédible

Manuel pour dégager la dictature

En dépit de la crise sanitaire qui bouleverse le quotidien de nombreux togolais, les querelles politiques nées de la récente présidentielle ressurgissent et alimentent la scène politique. Depuis quelques jours, les membres de la dynamique Kpodzro sont poursuivis par la justice. Ce regroupement de plusieurs leaders de l’opposition sur l’initiative de Mgr Kpodzro se trouve dans une situation critique après leur contestation des résultats de la présidentielle du 22 février 2020. Après l’interpellation et la libération de son leader, la dynamique Kpodzro a montré ses limites. L’heure est au bilan pour la quête de l’alternance au Togo.

« Initiative salutaire divinement inspirée » pour certains, « errements d’un vieillard déboussolé … » pour d’autres, l’avenir de la dynamique Kpodzro semble désormais incertain.

La crise du covid-19 ne freinera vraisemblablement pas les poursuites contre les membres de cette dynamique. Le mardi 21 avril dernier, le leader de cette initiative Agbéyomé Kodjo, arrivé deuxième à la présidentielle est arrêté avec certains de ses compagnons par les agents du Service central de recherches et d’investigations criminelles (SCRIC) pour avoir à trois reprises refusé de se présenter à la convocation de la gendarmerie nationale. Cette arrestation était évidente. Agbéyomé Kodjo avait contesté les résultats de la présidentielle et s’était proclamé « président élu ».

Depuis lors, il avait mené de multiples actions jugées illégales qui ont conduit aux poursuites contre lui et toute son équipe. Les charges retenues contre lui sont : troubles aggravés à l’ordre public, diffusion de fausses nouvelles, dénonciations calomnieuses et atteinte à la sûreté intérieure de l’État. Il est surtout reproché à l’ancien premier ministre de s’être autoproclamé Président élu. Les déboires judiciaires du candidat ne sont qu’à leur début.

A la suite de son arrestation, des piliers de la dynamique, Kafui Brigitte Adjamagbo, Fulbert Sassou Attisso, Mgr Philippe Fanoko Kpodzro et d’autres sont placés sous contrôle judiciaire et obligé de se soumettre à plusieurs restrictions alors que de nombreux autres membres de cette dynamique ont été déférés à la prison civile de Lomé en attendant leur jugement.

Agbéyomé Kodjo est actuellement en liberté mais sous contrôle judiciaire. La menace plane toujours. La plus grande crainte est que l’opposant se retrouve en prison dans les prochains jours, fort probable si l’homme fidèle à son attitude de subversion viole les restrictions judiciaires à lui imposées.

L’union née d’“une vision“ de l’archevêque Fanoko Kpodzro et de son désir ardent de voir enfin l’alternance dans son pays, semble s’effriter.

Cette union s’est construite sur une base qui s’avère fragile et éphémère. Le soutien au candidat Agbéyomé Kodjo était le seul leitmotiv de cette coalition. Aujourd’hui que la majorité de ses membres sont poursuivis, l’on se demande quel sera l’avenir de cette dynamique.

Pour beaucoup, c’est la fin de l’initiative du prélat car rien ne présage une sortie de crise. Au contraire, la situation semble jouer en défaveur de la dynamique. La pandémie du covid-19 oblige la communauté internationale à s’intéresser plus aux dispositions à prendre pour mettre fin à la crise sanitaire.

Le règlement des différends politiques n’est donc pas une priorité. Les autorités ont semble-t-il trouvé le moment idéal pour un coup de grâce.

Cela fait deux mois déjà que l’élection présidentielle a eu lieu. Les contestations, il y en a toujours eu et l’histoire du pays montre qu’elles n’ont jamais abouti à des résultats appréciables. Pour bon nombre d’observateurs, l’heure n’est plus à la contestation, mais à la restructuration des partis d’opposition.

L’avenir politique du Togo s’annonce sombre. Il urge donc de reconstituer l’opposition pour une lutte plus efficace. Les différentes coalitions et unions de partis politique que l’on a eues jusque-là ont été éphémères. La coalition des quatorze partis d’opposition (C14) incarnait pour bon nombre de citoyen, la solution, la posture idéale à adopter face au régime en place. L’idée était bonne, la mission, noble ; mais l’égoïsme et les grandes ambitions de certains ont très vite noyé cette coalition. Toutefois, l’espoir est-il permis ?

Certains partis d’opposition n’avaient pas hésité à dénoncer les conditions dans lesquelles était organisé le scrutin présidentiel.

Au nombre de ces partis, se compte le Parti national panafricain PNP de Tikpi Atchadam, l’instigateur d’une révolte populaire en 2017.

La stratégie politique de ces partis pour les prochaines années n’est pas connue.

De plus, l’implosion de la C14 et la fin probable de la dynamique Kpodzro feront sans doute naître de nouvelles idées.

Il est fort probable qu’une nouvelle coalition se crée sur les ruines des deux précédentes ; cette hypothèse est réaliste car les partis de l’opposition pris séparément n’ont jamais abouti à grand-chose.

Critiqué la présidentielle du 22 février ne servira plus à rien, c’est certain.

La communauté internationale et les grands Etats, dont la France, l’Allemagne, mais aussi l’Union Européenne ont apporté leur bénédiction à Faure Gnassingbé, malgré les contestations internes. Le candidat du parti au pouvoir avance inexorablement vers son quatrième mandat dans l’annonce de la prestation de serment prévue dans les jours à venir.

Face à ce boulevard, aucune manifestation d’envergure, aucun lobbying de couloir, aucune pression imminente, rien que des discours et des annonces fracassantes sur les réseaux sociaux. Combattre la dictature, c’est avoir les moyens à la hauteur. Ce n’est pas manipuler l’opinion en tirant des plans sur la comète comme l’a fait Agbéyomé Kodjo et la dynamique Kpodzro dont nous connaissons aujourd’hui les limites. C’est un épiphénomène qui vient de prendre fin.

La scène politique actuelle nécessite une restructuration. Ceci est un impératif pour un aboutissement des efforts commun de l’opposition pour une alternance.

Ce n’est que par cette reconstitution de l’opposition crédible et légitime qu’on arrivera à bout de la dictature des Gnassingbé.

Eric G.

Source : independantexpress .net

 

 

Togo : Face à l’échec de l’épiphénomène Agbéyomé, Reconstruire une opposition crédible

 

Togo : 60 ans d’indépendance, un bilan d’échec.

Le Togo commémore les 60 ans de son accession à la souveraineté internationale.

« Sentinelle, que dis-tu de la nuit ? La nuit est longue mais le jour vient », c’est par cette formule d’espoir devenue légendaire et populaire que le père de l’indépendance Sylvanus Olympio proclama l’indépendance du Togo, petit pays côtier d‘Afrique de l’ouest coincé entre le Bénin, le Burkina et le Ghana, tour à tour condominium franco-britannique puis protectorat français.

Trois ans après, le 13 janvier 1963, Sylvanus Olympio fut assassiné dans un putsh commandité par la France. Son crime, vouloir doter le Togo de sa monnaie.

60 ans après, le Togo reste plonger dans l’obscurité avec une même famille au pouvoir depuis 54 ans.

1960, reste l’année des indépendances pour la majorité des pays d’Afrique. Au plan de développement social, économique, culturel, politique certains pays s’en sortent mieux que d’autres. Le Togo semble être à la traine et le combat pour la conquête des espaces de liberté reste entier, les politiques de développement sur tous les plans sont à repenser.

Ne serait-ce que dans l’espace Cedeao auquel le Togo est parti, aucune comparaison n’est possible d’avec le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Nigéria, trio qui constitue la locomotive dans l’espace communautaire. Même les pays moyennement avancés comme le Bénin, le Burkina-Faso sont bien en avance sur ce qui était censé devenir la Suisse de l’Afrique ou l’or de l’humanité comme l’ont rêvé et planifié les pères fondateurs.

L’objet de ces quelques lignes n’est pas de faire un procès au régime en place mais d’établir cet amer constat. On peut vouloir se maintenir au pouvoir par tous les moyens et aimer son pays ; nourrir des rêves et des projets pour le bien-être des citoyens.

Dans le cas du Togo de ces 54 dernières années, il n‘en est rien.

Violences d’états inouïes contre les citoyens avec son cortège de morts et de mutilés.

La dilapidation des ressources du pays pour le plaisir de la minorité au pouvoir. Faure Gnassingbé en remplacement de son père à la tête du Togo reconnait lui-même qu’une minorité s’est accaparée des richesses du pays sans prendre de dispositions pour une quelconque redistribution équitable entre les filles et fils du pays et ce durant trois mandats consommés et consumés pour un bilan de désolation.

Pays pourtant riche entre autres, de son port en eau profonde, de son phosphate dont il est 3em producteur mondial, de son clinker, de son marbre, de son fer, de son or et de son pétrole à en croire certaines indiscrétions. Mais après 60 ans d‘indépendance pas un seul hôpital digne de nom, les infrastructures routières rafistolées, l’éducation délaissée, la culture oubliée, le tissu social en lambeaux.

Un pays aux commandes de dirigeants pour la plupart plus riches que l’Etat et qui se sont érigés en ennemi public numéro 1 de leurs propres concitoyens.

60 ans après, tout est à faire. La liberté, la justice. La réelle indépendance à reconquérir. Celle du Togo n’est que de façade. La France est toujours l’architecte du statuquo depuis plus d’un demi-siècle.

Fabbi Kouassi

Source : https://fabbikouassi.wordpress.com

 

 

Togo : 60 ans d’indépendance, un bilan d’échec.

 

Godwin Tété : « Le Togo est devenu une Colonie endogène de nature Ethno-Militaro-Clanique des Gnassingbé »

A l’occasion de la célébration du 60e anniversaire de l’accession du Togo à la souveraineté nationale et internationale, Têtêvi Godwin Tété Adjalogo, plus connu sous Godwin Tété, a bien accepté aborder le sujet dans un entretien à nous accordé. Ancien fonctionnaire international, membre d’honneur de l’Alliance nationale pour le changement (ANC), témoin vivant du combat pour l’avènement de l’indépendance et auteur de plusieurs ouvrages sur l’histoire du Togo, il nous en fait parcourir quelques moments exaltants, mais aussi exprime ses regrets face à la confiscation manifeste de l’alternance et la situation politique actuelle du Togo. A 92 ans, Godwin Tété n’abdique pas et se dit prêt à poursuivre le combat pour la libération de la Terre de nos Aïeux des mains de la dictature militaire et clanique dont il conçoit le règne comme de la « colonisation endogène ». Il y exhorte d’ailleurs le peuple togolais aussi.

Le Togo célèbre ce lundi 27 avril 2020 ses 60 ans d’accession à la souveraineté nationale et internationale. Qu’est-ce que cela vous dit ?

En cet instant, j’éprouve une émotion extra-ordinaire (sic). Soixante (60) ans, pas six (06), pas douze (12) ! Demain (hier lundi, Ndlr) devrait être une fête terrible ici. Il est vrai, il y a cette fameuse pandémie aussi qui nous tombe sur la tête. Mais là, il n’y a rien du tout, le drapeau togolais ne flotte même pas dans les rues. Vous vous rendez compte, 60 ans après, nous en sommes encore dans le bourbier, avec les événements qui ont suivi la soi-disant élection présidentielle du 22 février 2020 ! (…).

Vous êtes un des rares témoins et certainement acteurs de la lutte pour cette indépendance encore vivants. Racontez-nous en quelques mots les grands moments de ce combat.

Tout le combat de but en blanc, de son origine jusqu’à la proclamation de l’indépendance a été un moment exaltant. C’est ce qui m’a permis d’écrire ce gros bouquin que vous avez ici (il le montre) que j’ai intitulé « Histoire du Togo, La palpitante quête de l’Ablodé », c’est-à-dire un combat, une quête, une recherche, une aspiration, une marche exaltante.

S’agissant de quelques moments spécifiques, je me référerais au combat des jeunes de la Juvento (Ndlr, parti politique de l’époque se définissant ainsi : Justice, Union, Vigilance, Education, Nationalisme, Ténacité, Optimisme) lorsque le ministre français des territoires d’outre-mer Gaston Defferre est arrivé à l’aéroport de Lomé pour venir bénir le régime de l’autonomie interne que les Togolais avaient baptisée la « Zautonomie Zinterne ». Les Juventistes avaient caché une banderole qu’ils vont déployer lorsque Gaston Defferre sort de l’avion et dit : « Nous ne voulons pas une indépendance tronquée, une indépendance ‘yombo’, nous voulons une indépendance totale, ‘blibo’, ‘gbadza’, ‘ablodé gbadza’ !!!». Eh bien, ça a provoqué un véritable tollé et ceci va permettre aux Nations Unies de revenir – nous étions en 1956 – en 1958 pour réaliser des élections législatives référendum qui vont nous conduire à l’indépendance.

Dans le même ordre d’idées, lors d’une mission des Nations Unies dirigée par un Libérien du nom de Charles King, c’était déjà sous la « Zautonomie Zinterne » au stade municipal dit à l’époque stade Georges Clémenceau, parce qu’il y avait une monumentale statue de Georges Clémenceau là-bas, au moment de la montée du drapeau de la « Zautonomie Zinterne », les Juventistes se sont organisés, ils se sont jetés sur le drapeau, l’ont lacéré avec un couteau. J’ai l’image dans ce bouquin que j’ai intitulé « La palpitante quête de l’Ablodé ».

Durant la visite de cette même mission des Nations Unies, en 1957, elle va à Mango, il va y avoir des tueries. A Kara, paradoxalement, il va y avoir aussi des tueries. D’ailleurs à Kara, il y a une statue qui porte les noms de ceux qui ont perdu leur vie ce jour-là, une vingtaine. Je crois que dans la même période à Vogan, il y a eu aussi des tueries.

Voilà quelques-uns des moments vraiment cruciaux de cette lutte. Et tout ça là va motiver les Nations Unies à prendre une résolution disant : ‘Nous allons nous-mêmes organiser un référendum. Les Français en avaient organisé, en octobre 56 pour asseoir la « Zautonomie Zinterne ». Et donc cette résolution disait que l’Assemblée qui sortirait de ces élections sous l’égide des Nations Unies serait habilitée à dire : ‘Nous sortons du giron de la France ou nous y restons éternellement’. Et donc cette mission va être décidée, dirigée par un Haïtien du nom de Max H. Dorsenville. La résolution parlait de supervision des élections. Dorsenville va s’ingénier intelligemment et habillement, non seulement à superviser, mais de facto à organiser et même à proclamer les résultats. Les chiffres du référendum français ont été tout simplement inversés. C’est comme si une instance externe vraiment neutre venait refaire l’élection présidentielle du 22 février 2020, eh bien Faure Gnassingbé qui dit qu’il a gagné avec 70,78 % verrait plutôt le peuple togolais l’emporter avec ce score. Nos aînés, les Nationalistes, les vrais, pour des raisons juridiques, de fierté nationale et de commodité pratique, n’ont pas jugé utile de proclamer l’indépendance tout de suite. Ils se sont donné deux (02) ans. Et donc l’indépendance va être proclamée deux (02) ans plus tard à la date de ces élections du 27 avril 1958, donc le 27 avril 1960 (…).

Donnez-nous un aperçu de l’ambiance le 27 avril 1960, jour de la proclamation solennelle de l’indépendance.

Ironie du sort, je n’étais pas sur le sol togolais. J’ai quitté le sol togolais le 25 septembre 1947. J’avais fait dix (10) ans en France et j’étais parti en Tchécoslovaquie pour des études académiques et aussi politiques. Arrivé là-bas, la lutte pour l’indépendance ayant commencé sur le terrain, nous étions entrainés dans la politique (…). J’étais là-bas lorsque ces fameuses élections législatives/référendum ont eu lieu. Evidemment, je versais des larmes. J’aurais aimé être sur le terrain, mais je n’y étais pas. Nous suivions quand même tout ce qui se passait sur le terrain. Avant de partir en Tchécoslovaquie, j’avais été pendant deux (02) années, Secrétaire Général du Jeune Togo, qui était un parti politique de la diaspora à l’époque. La radio existait et aussi la télévision venait de naître, donc nous pouvions suivre de près ce qui se passait sur le terrain.

Ce jour-là, c’étaient une liesse terrible, des festivités incroyables. Un peuple qui a lutté pendant presque quarante (40) ans, avec tous les sacrifices consentis, c’était une jubilation indescriptible sur toute l’étendue du territoire, et plus particulièrement dans la capitale (…) L’hôtel Le Bénin a été construit spécialement pour recevoir les hôtes de marque. L’absence d’hôtel était d’ailleurs une des raisons pour lesquelles les Nationalistes n’ont pas voulu proclamer l’indépendance parce qu’ils voulaient donner un caractère spécial à cette proclamation. Le seul hôtel qu’il y avait, c’était l’hôtel du Golfe, qui était une baraque ; ça ne représentait pas grand-chose. Donc ils se sont donné deux (02) ans pour construire un hôtel, et c’était l’hôtel Le Bénin que les Togolais vont baptiser « Lébénè », c’est-à-dire prendre soin de ça. C’est un patrimoine national que pour rien au monde, on ne devrait jamais vendre, parce que ça représente quelque chose de sacré pour ce peuple, avec le monument, le drapeau (…) Le monument porte, non pas écrit à la craie, mais incrusté dans le béton : « Hommage au Peuple Togolais. Peuple Togolais, par ta foi, ton courage et tes sacrifices, la Nation Togolaise est née ». Elle est née effectivement ce 27 avril 1960. Mais malheureusement, on va la rendre infirme le 13 janvier 1963.

Il y a un fait qu’il faut signaler. Le mentor de tous ces compatriotes, Augustino de Souza, surnommé Gazozo (l’argent chaud, traduction en Français), disait : ‘C’est seulement avec l’argent de la noix de coco que je vais vendre que je vais chasser les colonialistes français’, et il l’a fait, il a dépensé ses sous pour ça. Mais, ironie du sort, il meurt 48 heures avant la proclamation, c’est-à-dire le 25 avril 1960. On a caché le deuil au peuple togolais pour ne pas ternir les festivités et c’est seulement après qu’on a annoncé que le grand de Souza, le grand mentor de tout le monde venait de rendre son âme. Ses restes sont dans une de ses concessions au grand marché de Lomé.

Quel est le sens de l’indépendance du Togo aujourd’hui face à la confiscation manifeste de la démocratie et surtout de l’alternance depuis plus d’un demi-siècle par le régime en place? Au finish, on se demande si ce combat pour l’indépendance valait vraiment la peine d’être mené.

Compte tenu de l’actualité, de la réalité sociopolitique qui prévaut dans notre pays, on serait tenté de se demander si cela valait vraiment la peine de faire tous ces sacrifices. Je ne suis pas de ceux qui répondraient par la négative. Je dis, il le fallait bien. L’humanité fonctionne ainsi et la vie des peuples, c’est toujours comme ça. Il y a des hauts et des bas ; on ne peut pas dire aujourd’hui qu’on a eu tort de se battre. Non, non, et non ! De toutes les façons, la roue de l’histoire tourne et je suis de ceux qui pensent que ce combat valait la peine. D’ailleurs, c’est ce qui nous inspire aujourd’hui. Si nos ancêtres, nos aînés, nos grands-papas, nos grand-sœurs ne s’étaient pas battus, est-ce que nous serions là aujourd’hui à nous battre ? Oui, il nous faut nous battre quelles que soient les difficultés.

Je compare le Togo à un train qui a été inauguré ce 27 avril 1960, mais quelque temps plus tard, le 13 janvier 1963, des bandits de grand chemin vont l’attaquer à coups de roquettes, d’armes puissantes ; le train tombe, couché sur un flanc, il est là et ces bandits ont pillé ce qui se trouvait là-dedans. Mais il nous faut remettre ce train-là sur les rails (…) Nous Togolais, ne serait-ce que pour notre dignité, je ne dirai même pas pour notre pain quotidien, il nous faut nous battre. Il nous faut nous battre par tous les moyens légitimes pour remettre ce train-là sur les rails, procéder aux réparations indispensables parce que le train a reçu des coups, il faut le réparer et ainsi nous retrouverons la Terre de nos Aïeux et notre fierté. Le Togolais n’est pas un masochiste qui jouit de la souffrance, nous sommes des êtres humains, nous avons besoin de notre fierté, de notre dignité ; et la dignité ne vient pas sans combat.

Frantz Fanon disait : ‘Pour sortir de la domination, il faut détruire le mécanisme même, le système même de domination’. Un autre grand Africain, Thomas Sankara disait : ‘Seule la lutte libère’. Et le grand Mahatma Gandhi, l’homme qui a libéré l’Inde moderne disait : ‘A partir du moment où l’esclave décide qu’il ne sera plus esclave, ses chaînes tombent’. Le moment est venu à nous, Togolais, de décider que nous ne voulons plus être esclaves pour que nos chaînes tombent définitivement (…) Nos aînés ont eu raison de se battre et nous devons les imiter dans le bon sens.

Nous devons nous battre d’autant plus que le Togo est devenu une colonie d’origine endogène de nature ethno-militaro-clanique des Gnassingbé (…) Tous les Togolais le savent et eux-mêmes aussi le savent. Le Togo ne peut pas appartenir à un clan. C’est Antigone qui disait : ‘Il ne saurait y avoir de cité, de pays ou de nation qui soit le privilège ou le don d’un clan ou d’un individu’. Non, ça ne peut pas exister. La cité, c’est pour une communauté, et la communauté togolaise a besoin de récupérer la Terre de nos Aïeux, le Togo, pour aller de l’avant.

Un meilleur Togo, avec instauration de la démocratie, respect des droits fondamentaux et des libertés, répartition équitable des richesses…vous y croyez toujours ?

Oui, j’y crois, parce qu’un peuple ne doit jamais se décourager. Les peuples qui jouissent aujourd’hui de la démocratie, de la liberté, des droits de l’Homme ont dû se battre. Si vous allez à Paris, la place qui s’appelle La Concorde, c’est là où la guillotine a été plantée et on a coupé la tête à des milliers et des milliers de personnes, y compris les premiers révolutionnaires comme les Robespierre, Saint-Just, Danton, Desmoulins. Il ne faut jamais se décourager, il faut continuer le combat jusqu’à ce qu’on ait satisfaction.

Je crois à l’avenir meilleur du Togo et c’est pour cela qu’à plus de 92 ans, je continue le combat à mes risques et périls. Un jour, j’ai rencontre le ministre Gilbert Bawara qui me dit : ‘Je vous lis beaucoup’ et je lui ai dit : ‘Ah, vous me faites l’honneur de me lire’ (…) Oui, je sais ce que je fais, en dépit de mon âge. A mon âge, j’aurais pu me dire : ‘La politique, je m’en fous’. Non, non et non ! Tant que le train baptisé Togo ne sera pas remis sur les rails, réparé, n’aura pas redémarré, et tant que moi j’aurai encore un grain de souffle, je continuerai ce combat. C’est ce que ceux qui m’ont élevé, instruit, m’ont appris.

Un petit commentaire sur l’actualité, notamment le sort réservé à Agbéyomé Kodjo et ses collaborateurs?

C’est quelque chose que je regrette personnellement. Je suis heureux que ces frères et sœurs ne soient pas retenus en prison inutilement, qu’ils soient libérés (…) Je pense que nous tous Togolais, qui voulons réellement et sincèrement un vrai changement, on aurait pu, on aurait dû s’entendre pour mener un combat unitaire. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Je regrette encore que nous n’ayons pas pu, en amont de cette fameuse élection présidentielle, nous mettre d’accord. Parce que si Faure voulait vraiment laisser le pouvoir à qui ce soit, moi je prétends qu’il ne serait même pas présenté à ce scrutin (…) Tout ça, c’est bien dommage. Maintenant, qu’est-ce qui va être la suite, Dieu seul sait (…).

Beaucoup de pays qui se trouvaient au même niveau que nous au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, nous ont tous dépassé aujourd’hui (…). !

Un mot de fin ?

Je tiens à vous remercier du fond du cœur de l’honneur que vous me faîtes de me questionner à propos de cet anniversaire. Mes sincères gratitudes à Liberté pour tout ce qu’il fait pour conscientiser le peuple togolais. Je sais tout ce que ce journal a fait, fait et continue de faire sur la Terre de nos Aïeux à ses risques et périls. La preuve, vous venez de souffrir pendant quelques jours (…) Il n’y a que le courage qui fait avancer l’humanité.

Je profite aussi de l’occasion pour exhorter le peuple togolais à se prendre en charge, à se prendre en main lui-même, à lutter pour liquider cette colonisation endogène, cette dictature militaire et clanique dont nous souffrons depuis le 13 janvier 1963, parce que le régime de Grunitzky n’a été qu’un intermède, les vraies ficelles du vrai pouvoir se trouvaient entre les mains des militaires au camp militaire. Il est grand temps que le peuple togolais se batte pour se libérer.

Propos recueillis par Tino Kossi

Source: Liberté N°3136 du Mardi 28 avril 2020

 

 

Godwin Tété : « Le Togo est devenu une Colonie endogène de nature Ethno-Militaro-Clanique des Gnassingbé »

 

Togo : Braquage à Kpogan, 2 morts et une importante somme emportée

En dépit de la situation de crise qui prévaut, les malfrats ne cessent d’opérer. Ce petit matin, la localité de Kpogan située à quelques kilomètres au Sud-est de Lomé, a été le théâtre d’un braquage armé de trois malfrats. Au bilan, deux morts dont un comptable abattu par les brigands et un malfaiteur neutralisé par la gendarmerie.

Selon les témoins, les trois malfrats se sont introduits ce petit matin au domicile d’un comptable de COTEC.

Ainsi après lui avoir retiré une sacoche contenant une importante somme d’argent, le comptable a été abattu avant que les brigands ne prennent la fuite.

Informé de la situation, le maire de la localité fait appel à son tour à la gendarmerie dont les éléments de l’USIG (Unité Spéciale d’intervention de la Gendarmerie), devront finalement arrivés sur les lieux après une dizaine de minutes, pour entamer une course poursuite contre les malfaiteurs.

Un périple au bout duquel, les forces de l’ordre réussiront finalement à neutraliser un des criminels et à mettre la main sur un second, portant ainsi le bilan du braquage à deux morts.

Cependant, les investigations se poursuivent pour mettre la main sur le troisième malfrat toujours en fuite avec l’importante somme volé au comptable, et dont nous ignorons pour l’heure le montant.

Caleb Akponou

Source : Gakpola

 

 

Togo : Braquage à Kpogan, 2 morts et une importante somme emportée

 

L’ingérance récurrente de l’exécutif dans les affaires judiciaires

AFFAIRE DU Dr AGBEYOME KODJO

La justice Togolaise, nonobstant les dispositions constitutionnelles qui lui garantissent son indépendance, n’est jamais parvenue à s’affranchir de l’exécutif.

L’affaire récente est la plus marquante sous le règne du dictateur président FAURE EYADEMA 2.

Pour une affaire de contentieux électoral le Dr AGBEYOME MESSAN KODJO, candidat aux élections présidentielles du 22 février 2020 passées, ancien premier ministre et ancien président de l’assemblée nationale togolaise a été mis sous contrôle judiciaire avec les condition suivantes :

1 – Obligation de déférer a nos différentes convocation aussitôt qu’il en sera requis :

2 – Interdiction de quitter le territoire national sans notre autre autorisation expresse :

3 – Interdiction de faire toute déclaration tendant a la remise en cause des résultats du dernier scrutin présidentiel du 22 février 2020.

4 – Interdiction de tous propos, déclarations, ou attitudes tendant a remettre en cause et a saper l’ordre constitutionnel et institutionnel existant

On ne peut pas prôner pratiquer l’état de droit et de la vraie démocratie si l’on ne fait pas de la séparation des trois pouvoirs (Exécutif, Législatif et Judiciaire) un principe de bonne gouvernance et de la liberté des citoyens.

« Pour qu’on ne puisse pas abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir », disait Montesquieu.

Il est tant, et il convient d’éviter la concentration absolutiste des trois pouvoirs dans les mains d’une seule personne au Togo.

Le principe de la séparation des pouvoirs est très important en démocratie comme le stipule dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 en son article 16 : je cite « Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n'est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n'a point de Constitution ». ce qui prouve aujourd’hui qu’en république togolaise nous vivons dans la jungle ou la raison du plus fort est toujours la meilleure.

les juges d’instructions et le procureur général ne servent qu’à se couvrir du manteau de la légalité pour mettre en exécution une sentence déjà programmée.

L’histoire retiendra, que notre justice est une justice purement politique parce qu’elle est composée essentiellement que de juges et de magistrats pro-Faure Gnassingbé qui refusent de dire le droit. La justice doit être juste…..

Une institution complètement vassale dont se sert le président dictateur constitutionnel pour se débarrasser des personnalités politiques qui s’attaqueraient a son injustice et des intérêts de la France néocoloniale.
La dernière en date , la censure d’un journal qui a critiqué l’ambassadeur français accrédité au Togo est une preuve encore palpable.

Sous le régime de Gnassingbé père et du fils, la justice n’a eu comme tâche principale que de suppléer l’exécutif et d’écraser toute adversité.

la subordination du pouvoir judiciaire à l’exécutif est la méthode du régime RPT/UNIR pour détruire ses opposants et les réduire au silence..

si les magistrats dépendent du Président de République, chef du Conseil supérieur de la magistrature, y compris leurs nominations, leurs promotions, la gestion de leur carrière et leurs rémunérations comment peuvent - ils dire le droit ???.

Mais, si le chef de l’Etat, garant de l’indépendance de la magistrature, est le premier qui pourrait porter atteinte à son indépendance par les pouvoirs exorbitants dont il dispose, on ne pourrait plus en réalité parler d’indépendance de la justice.

Depuis l’avènement de ce régime RPT/UNIR au pouvoir depuis le 13 janvier 1967 au Togo, la justice n’a jamais échappé à l’emprise de l’exécutif. Pourtant, la Loi fondamentale stipule que « le pouvoir judiciaire est indépendant du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif.
Mais aujourd’hui le traitement arbitraire de beaucoup d’affaires politiques a mis à nu la soumission du judiciaire à l’exécutif et démontre à chaque fois que l’occasion se présente, sa faiblesse face au jeu du gouvernement qui n’hésite même pas à instrumentaliser le droit constitutionnel et à se défausser sur les juges qui se trouvent investis de missions hautement sensibles et politiquement exposées.

La cour constitutionnelle qui est un organe chargé d'assurer la primauté effective de la constitution qui est, selon la théorie de hiérarchie des normes, la norme suprême,
est sollicitées, et plus ou moins volontairement leur consentement, pour avaliser et consacrer une procédure irrégulière, un coup d’État, ou pour arranger une sortie de crise dans un cadre juridique par définition incertain.

Aujourd’hui les interrogations sont nombreuses , et l’essentielle portent sur l’étendue du revalu ment du rôle du service de la justice dont on s’aperçoit qu’il ne parvient pas à maîtriser la globalité des missions qui lui sont épanchées.

l'exécutif est devenu le bouclier du pouvoir judiciaire et son sujet .

Aujourd’hui, respecter la séparation des pouvoirs telle que Montesquieu et John Locke l’ont théorisé au 18e siècle respectivement dans « l’Esprit des Lois » et dans « Le second traité de gouvernement », c’est tout faire pour que le président de la République et ses ministres n’empiètent pas sur les attributs des autres institutions or c’est tout a fait le contraire au Togo.

Le peuple doit faire pression sur ce pouvoir despotique et faire en sorte que les magistrats jugent en toute indépendance et en toute impartialité sans la pression du pouvoir absolu et totalitaire qui s’attelle a chaque fois à faire de cette justice son bras armé pour éliminer des adversaires politiques et protéger ses partisans.

Une justice libre, impartiale et indépendante est nécessaire pour la liberté d’un peuple.

A buen entendedor pocas palabras !!!!

Raoul k DAGBA

Analyste Politique

President de l’OPPD

 

 

L’ingérance récurrente de l’exécutif dans les affaires judiciaires

 

Prestation de serment de Faure Gnassingbé, un non-événement, selon la dynamique Mgr Kpodzro

La coordination internationale de la dynamique Mgr Kpodzro clame haut et fort que le président démocratiquement élu au Togo demeure Dr Gabriel Messan Agbéyomé Kodjo. Elle promet au peuple togolais qu'elle récupérera la victoire...

COMMUNIQUE DE PRESSE DU 29 AVRIL 2020 DE LA COORDINATION
INTERNATIONALE DE LA DYNAMIQUE MONSEIGNEUR KPODZRO (CIDMK)

TOGO : L’IMPOSSIBLE QUATRIEME MANDAT DE FAURE GNASSINGBE

Tandis que la Cour constitutionnelle fixait par communiqué de presse le 28 avril dernier, la date de prestation de serment de Faure Gnassingbé au 3 mai 2020, afin qu’il jouisse de son holdup électoral grotesque et éhonté contre la Souveraine volonté du Peuple togolais qui a porté de façon écrasante son suffrage sur Dr Gabriel Agbéyomé Messan Kodjo, Président démocratiquement élu du Togo; la police espagnole annonçait l’interception d’un navire battant pavillon togolais avec quatre tonnes de cocaïne à bord.

Cette opération de démantèlement en Galice (Nord-Ouest de l’Espagne) d’un réseau qui récupérait de la cocaïne en haute mer auprès de trafiquants internationaux, s’est soldée par 28 arrestations et 4 tonnes de drogue saisies, apportant la preuve supplémentaire de la prouesse de l’inénarrable putschiste invétéré, Faure Gnassingbé, d’avoir totalement transformé le Togo en un État voyou, plaque tournante du trafic de drogues, repaire de tous les criminels et mafieux de la planète Terre en raison de la déliquescence morale de toutes les institutions, dont la Cour constitutionnelle.

Cette funeste institution dont la composition ne laisse aucun doute sur son indépendance et son impartialité, reste un cauchemar pour le Peuple togolais en raison de sa propension au déni de droit.

La Coordination Internationale de la Dynamique Monseigneur Kpodzro (CIDMK) relève que la prestation de serment annoncée est un non-événement aux yeux de l’écrasante majorité des Togolais qui ne se sent guère concernée.

La CIDMK rassure toutes les filles et tous les fils du Togo tout entier qu’elle restaurera par tous les moyens légaux la vérité des urnes.
Toute la communauté nationale et internationale ont été témoins de ce holdup up scabreux, digne d’une équipe de gangsters politiques, de prédateurs des valeurs démocratiques et républicaines.

 

 

Prestation de serment de Faure Gnassingbé, un non-événement, selon la dynamique Mgr Kpodzro

 

Prestation de serment de Faure Gnassingbé : Togo Debout appelle les Togolais à ne pas résigner

Après avoir relevé, dans cette déclaration, les conditions peu orthodoxes dans lesquelles s'est déroulée l'élection présidentielle du 22 février dernier, le Front Citoyen Togo Debout (FCTD) a indiqué que Faure Gnassingbé va prêter un serment anti-constitutionnel ce dimanche 03 mai 2020. Il appelle les Togolais à ne pas se résigner.

“L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais de fortes institutions” Barack Obama

Par communiqué daté du 28 avril 2020, le président de la Cour Constitutionnelle, monsieur Adoudou Assouma, porte à la connaissance du peuple togolais que, conformément à l’article 64 de la Constitution du 14 octobre 1992, le président « élu » prêtera serment le dimanche 03 mai 2020 à 16 heures dans la salle des fêtes de la présidence de la République. A cet effet, le Front Citoyen Togo Debout (FCTD) tient à faire observer ce qui suit :

L’élection présidentielle du 22 février 2020 ne s’est jamais déroulée « conformément aux lois de la République ». D’abord, la Cour constitutionnelle qui a validé les candidatures, qui a proclamé « élu » pour un 4e mandat le président sortant et qui s’apprête à recevoir son serment est elle-même anticonstitutionnelle.

Pour rappel, dans une déclaration qu’ils ont rendue publique le 21 décembre 2019, le Front Citoyen Togo Debout et Synergie-Togo avaient déjà insisté sur le fait que « Le non-respect des dispositions constitutionnelles confirme définitivement le caractère illégal du processus électoral en cours et constitue un nouveau coup d’Etat constitutionnel et institutionnel, ouvrant la voie à la réédition du scénario de 2005 ».

Malheureusement et en dépit de tout, le pouvoir a maintenu l’organisation de l’élection présidentielle du 22 février 2020. C’est dans une atmosphère complètement délétère, caractérisée par des irrégularités réelles, notamment les bourrages d’urnes, les menaces et les intimidations dont ont été victimes les délégués des candidats de l’opposition, voire leur expulsion des bureaux de vote, les falsifications des procès-verbaux, que s’est déroulé le scrutin présidentiel du 22 février 2020.

Le reste, le peuple togolais le sait : alors que les premières tendances annonçaient une nette percée du candidat de la Dynamique Monseigneur Kpodzro, monsieur Gabriel Messan Agbéyomé Kodjo, Président du Mouvement Patriotique pour la Démocratie et le Développement (MPDD), percée reconnue par les autre candidats de l’opposition dans leurs communiqués respectifs, la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), contre toute attente et à la surprise générale, dans la nuit du dimanche 23 février 2020, annonce qu’ « au vu de tous les résultats centralisés sur la base des procès-verbaux obtenus, le candidat du parti Union pour la République, Unir, M. Faure Essozimna Gnassingbé est proclamé provisoirement élu président de la République togolaise », avec un score stalinien de 72,36%.

La demande de proclamation des résultats bureau de vote par bureau de vote formulée par les partis politiques de l’opposition démocratique, les organisations de la société civile, et certains partenaires (UE, USA) est balayée du revers de la main.

Le 26 février 2020, par le biais d’un communiqué de presse, les Etats-Unis demandent au gouvernement togolais de prendre des mesures afin d’accroître la transparence et la confiance de tous en les résultats finaux en procédant à la publication des résultats bureau de vote par bureau de vote.

La Conférence des Evêques du Togo (CET), par un Message en date du 1er mars 2020, « exhorte les différents protagonistes et les instances du processus électoral à oeuvrer pacifiquement au rétablissement de la vérité des urnes ». Malgré le recours introduit par monsieur Agbéyomé Kodjo devant la Cour constitutionnelle, cette dernière procède à quelques réaménagements de façade et entérine presque les résultats de la CENI.

Les institutions togolaises, notamment la CENI et la Cour constitutionnelle, ont, une fois encore, démontré à la face du monde leur manque de crédibilité, leur légèreté en validant cette élection.

Aujourd’hui c’est dans un contexte de crise persistante et de déni de justice que va se faire cette prestation de serment. « Sous contrôle judiciaire » monsieur Gabriel Messan Agbéyomé Kodjo et ses soutiens au sein de la dynamique sont interdits de faire des déclarations tendant à remettre en cause les résultats de l’élection présidentielle du 22 février 2020 : encore une fois au Togo, la justice se subordonne à l’exécutif. Pire encore, l’état d’urgence sanitaire et le couvre-feu décrétés par le gouvernement à titre de riposte contre la pandémie du Covid-19, sont devenus des moments de graves violations des droits de l’homme : les forces de défense pourchassent, arrêtent, passent à tabac, mutilent et frappent à mort leurs concitoyens !

Monsieur le président de la Cour constitutionnelle ; les Togolais pensent que la normalisation de l’inacceptable a trop duré dans notre pays et cette fois-ci, il faut marquer un arrêt, car les crises politiques sont mauvaises pour le développement. On ne peut pas fouler au pied sa propre Constitution, marcher allègrement sur ses propres lois et prétendre après coup prêter serment sur le fondement de cette même Constitution et de ces mêmes lois.

C’est pour cette raison que le FCTD réaffirme sa position et reprend à son compte les déclarations du président nigérian Muhammadu Buhari faites le jeudi 8 février 2018 à l’endroit de monsieur Lene Dimban, alors nouvel ambassadeur du Togo au Nigéria lors de la cérémonie de présentation de lettres de créance, et selon lesquelles « les transitions pacifiques sur le continent ne sont plus négociables compte tenu du poids que font peser les crises politiques sur l’économie et sur les citoyens ordinaires ».

Le FCTD invite par conséquent toutes les forces démocratiques, tout le peuple togolais épris de justice, de paix et de liberté, à s’inscrire dans ce schéma qui semble désormais s’imposer comme la seule et unique voie pour une sortie pacifique et durable de la crise togolaise.

Le FCTD appelle la nation togolaise à ne pas se résigner. La solution est au bout de l’effort. Les pères de l’indépendance nous ont appris la notion de sacrifice et du bien commun, avec abnégation nous devons reprendre le flambeau de la lutte pour mettre fin à cette imposture qui dure depuis des décennies et qui a d’énormes répercussions sur nos vies et le développement de la Nation.

“Togo Debout, Luttons sans défaillance”

Lomé, le 29 avril 2020

Le Front Citoyen Togo Debout,
Professeur David Ekoué DOSSEH

 

 

Prestation de serment de Faure Gnassingbé : Togo Debout appelle les Togolais à ne pas résigner

 

Le CAR condamne les interdictions abusives imposées à Agbéyomé Kodjo et sa suite

La libération conditionnelle d’Agbéyomé Kodjo, le candidat de la dynamique Kpodzro à la présidentielle du 22 février 2020, suscite encore des réactions. Dans un communiqué rendu public, le Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) de Me Agboyibo condamne les interdictions abusives imposées à l’ancien Premier ministre et ses collaborateurs.

« Le Comité d’Action pour le Renouveau a été ahuri par l’artifice procédurale utilisé par le régime pour empêcher M. Agbéyomé Kodjo et ses deux autres compagnons inculpés, Mme Brigitte Adjamagbo Johnson et M. Fulbert Sassou Attisso, de continuer à réclamer la vérité des urnes et à contester la version officielle des résultats du scrutin présidentiel du 22 février 2020 », peut-on lire dans le communiqué signé par Yendouban Kolani, 1er vice-président du CAR.

Pour le parti des déshérités, les quatre (4) conditions imposées par le doyen des juges d’instruction aux membres de la dynamique Kpodzro relèvent purement de la violation des droits fondamentaux de tout citoyen, notamment le droit à la liberté d’opinion, le droit aux désaccords.

Selon le CAR, cette « épée de Damoclès » que le pouvoir veut faire planer sur Agbéyomé et compagnie le long du procès enclenché est de nature à entraver le libre déroulement et l’aboutissement fructueux de l’initiative entreprise par les hautes autorités des Eglises catholique, méthodiste et presbytérienne en vue de trouver la solution appropriée à la crise sociopolitique que le pays traverse depuis des décennies.

Pour finir, le CAR condamne les interdictions abusives auxquelles sont soumises ces membres de la dynamique Kpodzro et demande que les dispositions soient prises pour arrêter les poursuite engagées à leur encontre.

Godfrey A

 

 

Le CAR condamne les interdictions abusives imposées à Agbéyomé Kodjo et sa suite

 

Silence imposé à Agbéyomé Kodjo : 3 partis d'opposition relèvent une "instrumentalisation de la justice"

Dr Gabriel Messan Agbéyomé Kodjo et ses collaborateurs ne doivent plus se prononcer sur les résultats de l'élection présidentielle du 22 février dernier ni contester la victoire supposée de Faure Gnassingbé. C'est l'une des conditions posées par le doyen des juges d'instruction qui les a placés sous contrôle judiciaire. Une violation des droits de ces membres de la dynamique Mgr Kpodzro, qui révolte les partis d'opposition dont le Parti des Togolais, le PSR et Les Démocrates qui ont réagi à travers ce communiqué.

COMMUNIQUE DE PRESSE

Le placement sous contrôle judiciaire de M. Agbeyome Gabriel Messan KODJO, Mme Brigitte ADJAMAGBO-JOHNSON et M. Fulbert ATTISSO dans le cadre des contestations qui ont suivi l’élection présidentielle du 22 février 2020 est subordonné à plusieurs conditions dont « l’interdiction de faire toute déclaration tendant à la remise en cause des résultats du dernier scrutin présidentiel du 22 février 2020 ».

Le droit de contester la régularité des élections et même de revendiquer la victoire est l’expression d’une liberté politique garantie par la Constitution togolaise. Aucune décision de justice, aucune sentence fût-elle de la cour constitutionnelle ne peut avoir pour effet de priver un citoyen du droit d’exprimer son opinion, même contraire à ladite sentence.

Le fait que cette condition soit suivie d’une autre interdiction de « tous propos, déclarations, ou attitudes tendant à remettre en cause et à saper l’ordre constitutionnel et institutionnel existant » atteste, de toute évidence, que toute contestation des résultats n’est pas nécessairement de nature à saper l’ordre constitutionnel.

« L’interdiction de faire toute déclaration tendant à la remise en cause des résultats du dernier scrutin présidentiel du 22 février 2020 » constitue, dès lors, une instrumentalisation de la justice en vue de museler des leaders politiques dont l’un est, de surcroit, candidat à l’élection présidentielle sur une question essentiellement politique et caractérise une atteinte grave et disproportionnée à un droit fondamental.

Cette instrumentalisation de la justice n’est pas nouvelle. Ce fut déjà le cas dans l’affaire des incendies des marchés de Lomé et Kara et dans bien d’autres.

Cette institution judiciaire, passive dans des affaires de meurtres, de violations des droits de l’homme, très tolérante face aux irrégularités procédurales flagrantes en matière pénale et qui retrouve une vigueur excessive lorsqu’il s’agit de poursuivre les acteurs politiques est un danger pour la démocratie et l’État de Droit.

Nous condamnons cette pratique récurrente et en appelons à la responsabilité de chaque acteur dans la lutte pour l’avènement d’un État de droit qui profitera à tous.

Nous exigeons la fin de toutes les poursuites judiciaires initiées dans le cadre des contestations consécutives à l’élection du 22 février 2020 et des manifestations publiques pacifiques de 2017 et 2018, ainsi que la libération de tous les détenus y afférents.

Fait à Lomé, le 29 avril 2020

Ont signé

LES DEMOCRATES – PSR – PARTI DES TOGOLAIS

 

 

Silence imposé à Agbéyomé Kodjo : 3 partis d'opposition relèvent une "instrumentalisation de la justice"

 

L’Homme

Je me baserai sur deux citations. Elles sont de deux théologiens, mais ce n’est pas sur un sujet de théologie que je veux disserter. Le premier est un protestant. Le second est un catholique, mieux, un ancien Chef de l’Église catholique, le Pape Jean-Paul II. Ce qui m’intéresse, c’est que les deux donnent leur définition de l’homme, les deux se complétant. Et moi, ce que je chercherai, c’est d’appliquer ces définitions à ce qui se passe au Togo dans les circonstances actuelles. Je répète que je ne me situe pas sur le plan religieux ou théologique. Je ne suis ni pasteur, ni théologien.

Le théologien protestant, plus précisément adventiste, Alfred-Félix Vaucher écrit : « Sans l’homme, l’univers serait un non-sens » i.

Le Pape Jean-Paul II dit quant à lui : « L’homme se reconnaît en tant qu’être éthique, capable d’agir selon les critères du bien et du mal, et non pas seulement ceux du profit et du plaisir ».

La première définition pourrait être interprétée comme une sorte d’exaltation de l’orgueil humain, l’homme créé, à l’image de Dieu selon la Bible, ayant une partie de Ses attributs, en particulier la capacité de réfléchir et de jouir de la liberté. Plus modestement, nous dirons que l’homme, le dernier venu dans la création à qui Dieu a accordé le privilège et la mission de nommer tous les animaux et toute chose (le don du langage donc qui lui donne la suprématie sur tout), est à une position élevée dans l’œuvre de Dieu. ii Plus modestement donc, l’homme est une valeur que ne sont ni les bêtes ni les plantes. Pour appliquer cette assertion au cas togolais, nous dirons que l’univers togolais serait un non-sens sans l’homme togolais (homme et femme, comme Dieu les a créés).

Sans l’homme togolais, sans le respect de l’intégrité physique, de la dignité, de la vie de l’homme togolais, ni la Constitution, ni l’État, ni l’administration, ni la justice, ni le système de santé ou d’éducation….ni même la géographie, le paysage togolais que nous célébrons dans le beau chant patriotique, L’Éternel bénisse le Togo n’aurait pas de sens.

Et, à l’heure où le doute, l’angoisse, les incertitudes du lendemain, au vu de tout ce qui se passe, envahissent un grand nombre d’entre nous, l’interrogation sur le sens de notre vie ne vient-elle pas nous hanter ? Et ce, d’autant plus que les gens qui sont dans une position telle qu’ils devraient nous rassurer, sont ceux-là mêmes qui, par leurs comportements quotidiens depuis des décennies, nous font douter du sens de notre existence.

Et c’est sur ce plan que j’évoquerai la tragédie planétaire que nous vivons depuis quelques mois, celle du coronavirus.

A l’heure où les responsables de plusieurs pays, sinon de tous, prennent des mesures pour lutter contre le mal et les annoncent de différentes manières, nous attendions… attendions celles arrêtées par les nôtres. Enfin, ils les annoncent. Mais quoi ? Des mots, des concepts auxquels les oreilles de certains d’entre nous étaient habituées depuis l’instauration de ce régime en 1963 : couvre-feu, ordonnances, État d’urgence. Bien sûr que certaines des mesures ne sont pas différentes de celles décrétées par d’autres pouvoirs en Afrique et même dans le monde. Mais l’histoire du Togo est telle que, ceux qui l’ont vécue, en écoutant le discours de Gnassingbé sur le coronavirus, y ont vu le retour de l’année du coup d’État marqué par l’assassinat du Président Sylvanus Olympio. Le plus grave, ce n’est pas seulement que, sur un plan simplement théorique, l’intellectuel togolais pourrait, non sans un sourire ironique, observer que ces gens ne savent rien inventer de neuf et d’original, en dehors de ce qu’ils savent pratiquer et pratiquent depuis des décennies, parfois sous des formes déguisées, mais la gravité de la situation, c’est que, dans la réalité ces mesures se traduisent dans des actes qui défigurent, meurtrissent, déshumanisent, anéantissent l’homme.

Prenons le couvre-feu, mot dont l’évocation traumatise un Togolais qui a vécu l’atmosphère instaurée par les militaires au lendemain du coup d’État de 1963. Le même traumatisme est revenu, si l’on peut s’exprimer ainsi, à la faveur du coronavirus : bastonnades, fouettages parfois à mort, sans autre forme de procès de citoyens surpris sur un sentier, dans une rue au-delà de l’heure à laquelle commence le couvre-feu, par les forces dites de l’ordre.

Représentez-vous ce qui est arrivé à un vieillard surpris dans la nuit par une patrouille. Les agents en uniforme lui ont intimé l’ordre de se mettre à genoux devant eux. Il s’est exécuté. Ils lui ont dit de tendre les mains pour recevoir des coups de matraque. Il a obéi. Les agents l’ont frappé autant qu’ils le voulaient, avec un plaisir jubilatoire, ricanant comme de beaux diables, tandis que le vieillard suppliait, pleurait, gémissait. Ce n’étaient pas seulement des douleurs physiques qui lui étaient imposées, mais aussi, celles morales d’être réduit, à cet âge, au stade de l’enfant que l’on punit. Il repartit péniblement chez lui. Ses mains étaient si enflées qu’il mourait le lendemain de ce traitement. Dans une rue populeuse, un jeune homme a osé résister aux policiers. Nos agents en uniforme ont la conviction qu’aucun civil n‘a le droit de leur tenir tête. Le civil doit avoir peur de l’homme en uniforme. Il doit obtempérer, c’est tout. Et, ne demandez surtout pas à un policier, à un douanier, à un gendarme, encore moins à un militaire de dialoguer avec un civil. Le jeune homme dont nous parlons, torse nu, portant un bermuda blanc, visiblement plus petit et plus maigre que l’agent en uniforme, osa engager une lutte corps à corps avec le militaire ou gendarme. Au premier round, ce fut le civil qui projeta à terre le militaire. Le renfort ne tarda pas à arriver et les forces dites de l’ordre se mirent en devoir de dégager le civil du corps de leur camarade et de le projeter loin, avec toute la violence que l’on peut attendre d’eux. Alors, le militaire bagarreur, se relevant, probablement animé d’une de ces colères que provoque la honte d’avoir été terrassé devant ses camardes, par un « simple civil » (l’expression est usuelle dans le vocabulaire des hommes en uniforme), prit tout son élan, fondit sur celui-ci et le frappa plusieurs fois, terriblement, de ses lourdes bottes, entre les cuisses jusqu’ à évanouissement. Sa bourse ayant éclaté, ses testicules écrasés jaillirent dehors ; il fût transporté à l’hôpital où il mourra. Une autre fois, dans un autre quartier de Lomé, Adakpamé, c’est un homme d’une quarantaine d’années, surpris dans la nuit alors qu’il était allé se soulager en dehors de son domicile ( nous sommes dans un quartier périphérique de la ville, où tous les habitants ne disposent pas de toilettes à l’intérieur de leur maison ). L’homme, appelé Dodji est retrouvé mort, étalé au sol au lever du jour, avec les stigmates de coups laissés par les forces dites de sécurité. En un autre endroit encore, c’est une vieille femme qui, elle, s’en est tirée vivante, mais avec le torse couvert de plaies, sanguinolentes, à la naissance des seins. À Kara, un couple à motocyclette a été tragiquement séparé par un violent coup de fouet administré par un homme en uniforme. La femme est tombée de la moto. Dangereusement…Combien de morts, combien de blessés, combien de handicapés à vie occasionnera le couvre-feu instauré par le régime pour combattre le coronavirus ?

À l’heure du bilan en décès, pour cause de la pandémie, comptera-t-on les citoyens morts des suites des actes de violence et de brutalité des forces dites de l’ordre, pour un supposé non-respect du couvre-feu ?

La découverte du cadavre du jeune Dodji ne pouvait pas ne pas attirer une foule nombreuse, poussant des cris horrifiés, les uns se bousculant pour le voir de très près, les autres pour lui nettoyer les excréments et autres saletés, étant donné la disposition naturelle dans laquelle il se trouvait au moment où les patrouilleurs l’avaient surpris, les autres encore, des femmes surtout, cherchant à le recouvrir de pagne. Après avoir été roué de coups de toutes sortes, ensanglanté, yeux exorbités, nez écrasé, c’est en rampant dans la brousse et en criant pour appeler à l’aide, en vain, dans l’obscurité, qu’il avait tenté de regagner son domicile.

Au milieu des cris de révolte et d’appels à la vengeance de la foule autour du cadavre de Dodji, des jeunes gens en colère, très remontés, n’hésitaient pas à clamer bien haut leur volonté d’en découdre avec les hommes en uniforme qu’ils ne veulent plus voir dans ce quartier.

On peut imaginer les désordres, les désarrois, l’ahurissement, choses susceptibles d’attirer de plus en plus de monde, provoquées par les forces dites de l’ordre à l’occasion du couvre-feu.

Or, parmi les mesures-barrières décrétées par notre « gouvernement », comme d’autres dans le monde, il y a celles de la distanciation sociale et de l’interdiction d’attroupements de personnes. Comment vouloir que ces deux mesures puissent être observées quand un évènement tragique, comme la mort de Dodji est provoqué par les agents mêmes chargés de la surveillance de l’observation du couvre-feu ?

Ceci me permet en même temps de parler de l’arrestation spectaculaire et rocambolesque de M. Agbéyomé Kodjo le 21 avril 2020 : un mouvement impressionnant de troupes, la sortie et le positionnement des chars dans le quartier d’habitation de l’ex-Premier Ministre et ex-Président de l’Assemblée Nationale, la présence et le vrombissement des hélicoptères de l’armée dans l’espace aérien autour de son domicile…Il ne fallait pas une intelligence supérieure pour prévoir qu’un tel branle-bas de combat aurait forcément pour conséquence d’attirer des foules dans la rue, surtout que la grande majorité des habitants de Lomé estime que c’est M. Agbéyomé Kodjo qui a gagné les élections présidentielles et jure d’en découdre avec l’armée si elle s’avisait de l’arrêter ou de l’enlever. Mais, ce n’est pas la déduction de l’intelligence qui a prévalu. C’est plutôt celle de la logique d’un clan qui ne peut aucunement concevoir de céder son pouvoir, soit statutairement (c’était le cas en 2005 par un acte qui s’apparente à la piraterie aérienne quand, à la mort d’Eyadema, Natchaba devait assumer la présidence par intérim), soit par voie d’élection, (c’est le cas cette année 2020, avec la surprise créée par Agbéyomé Kodjo, dans la dynamique de Monseigneur Kpodzro).

Le clan, têtu, ne cède rien, même au prix des ravages que provoquerait la propagation du coronavirus.

L’observateur de ce genre de comportement irrationnel ne peut s’empêcher de se demander si le couvre-feu, l’État d’urgence décrété, la volonté de légiférer par ordonnances….n’ont pas d’autres motivations que la lutte contre le Covid 19.

L’homme, l’homme togolais dont l’existence est menacée par la propagation du coronavirus, n’étant pas au centre des préoccupations de ce régime, on peut se demander si le pouvoir, l’armée, la police, la politique, l’administration, les discours sur le développement… tout ce que l’on peut promettre ou offrir aux Togolais ne constitue pas un non-sens. Non-sens dans lequel nous baignons.

Il y a, dans l’histoire mondiale, des tragédies humaines au cours desquelles des hommes, abusant de leur domination sur d’autres hommes, traitent ces derniers comme on traite des animaux. J’ai en ce sens deux exemples.

Le premier est celui vécu par un intellectuel juif, pendant la période hitlérienne. Ce professeur de Lettres et philologue, Victor Klemperer, était réduit à travailler comme manœuvre sous le contrôle des bourreaux nazis. Il ignorait qu’il n’était pas autorisé à lire un certain livre, ni même prendre des ouvrages à la bibliothèque de prêt. Il écrit : « Jamais, tout au long de ma vie, aucun livre ne m’a autant sonné que Le Mythe du XXe siècle de Rosenberg. Non pas que ce fût une lecture exceptionnellement profonde, difficile à comprendre ou moralement émouvante, mais parce que c’est avec ce volume que Clemens me frappa sur la tête pendant plusieurs minutes. (Clemens et Weser étaient les bourreaux spéciaux des Juifs de Dresde, on les distinguait en général l’un de l’autre comme le cogneur et le cracheur). « Comment oses-tu, cochon de Juif, avoir l’audace de lire ce livre ? » hurlait Clemens. Pour lui cela semblait être une profanation de l’hostie ».iii

Un certain nombre d’éléments appellent ici notre observation :

– commençons par l’injure « cochon » : qui n’appartient pas au clan Gnassingbé est traité en être « inférieur » au Togo des Gnassingbé, comme les non-Aryens étaient traités de sous-hommes par les Nazis sous le règne d’Hitler.

-Victor Klemperer est un savant, ce qui ne semble pas être le statut, loin s’en faut, de Clemens et de Weser, les bourreaux nazis ; ce qui n’a pas empêché Clemens de reprocher à Klemperer d’avoir lu un livre, de le frapper et de le traiter de cochon de Juif pour cette faute. N’est-il pas arrivé que, de la même façon, des intellectuels togolais subissent des traitements dégradants, une fois pris dans les filets du système ?

– les surnoms donnés aux deux bourreaux expriment bien la spécialité de l’un et de l’autre dans les tortures qu’ils faisaient subir aux Juifs : l’un les cognait, l’autre leur crachait dessus. Il est évident que dans les geôles des Gnassingbé, les mêmes types de tortures, physiques et morales sont imposés aux prisonniers.

– la profanation de « l’hostie » que constitue la lecture de certains livres par les Juifs s’apparente très bien à cette interdiction qui est faite au Togo, à quiconque n’est pas Gnassingbé d’être proclamé Président de la République.

Venons-en à la deuxième tragédie de l’histoire, pendant laquelle l’homme est traité par son semblable comme une bête.

Aimé Césaire écrit : « Il ne faut pas oublier que l’esclavage n’a rien de plus anormal que la domestication du cheval ou du bœuf. Il est donc possible qu’il reparaisse dans l’avenir sous une forme quelconque. »iv

Dans les deux situations qu’évoquent les auteurs cités, celle du supposé Aryen dominant le Juif et celle du maître face à l’esclave, les dominés sont traités d’animaux : cochon, cheval, bœuf ; l’Aryen et le maître s’octroient exclusivement le statut d’hommes.

Dans la position du clan Gnassingbé au Togo, position qu’il doit essentiellement au meurtre de Sylvanus Olympio le 13 janvier 1963, ce clan ne se comporte-t-il pas comme si les autres Togolais n’étaient que des animaux que les Gnassingbé utilisent juste pour pérenniser leur règne, qu’ils veulent ( qu’ils le disent ouvertement ou non ) faire accepter comme étant de droit divin ?

Au procès d’Hissein Habré qui a eu lieu à Dakar de 2015 à 2016, après la chute de celui-ci en 1990, l’une des victimes a raconté comment, pour s’amuser et humilier l’homme qui était entièrement en son pouvoir, Habré lui avait intimé l’ordre d’imiter différents cris d’animaux : ainsi, sous les incantations prononcées par le président-magicien, l’homme se métamorphosait, tour à tour, en crapaud pour coasser, âne pour braire, singe pour hurler, mouton pour bêler, chien pour aboyer, chat pour miauler. C’était un beau cirque ! Évidemment l’idée ne serait jamais venue à personne de se transformer en lion pour rugir devant Habré, car, c’était lui-même Habré, le Lion d’UNIR, le parti politique unique du Tchad sous son règne; (polysémie aidant, voyez-vous quelque rapport, lettre pour lettre, dans ce sigle, avec celui du parti des Gnassingbé, qui, au Togo, allait succéder au RPT ?). Parlons de lion. On ne sait jamais, un lion peut bondir sur Habré et le dévorer, alors que c’est lui qui dévorait ses compatriotes. Habré était donc Lion au Tchad, comme Mobutu Léopard au Zaïre, Eyadema Éléphant au Togo…Il serait intéressant de réfléchir sur la fascination qu’exercent sur les dictateurs certains animaux, par leur caractère vorace, leur force, leur capacité à terroriser leurs citoyens…, alors même qu’ils ont tendance à vouloir réduire leurs compatriotes au rang de bêtes inférieures, méprisables…

J’ai entendu le commandant togolais en exil, Olivier Amah, parler du traitement réservé à ses prisonniers par feu Ernest Gnassingbé, le digne fils du père qui ne démentait nullement la réputation de cruauté dont le clan est capable. Ernest Gnassingbé, faut-il le rappeler, fut de son vivant, l’homme qui faisait trembler les gens à Kara. Au camp Landja, célèbre par les traitements inhumains imposés aux ennemis du régime, on entretenait une porcherie spéciale, sale et boueuse. Les tortionnaires y emmenaient les prisonniers et leur ordonnaient d’y prendre leur bain dans la mare boueuse avec les porcs.

Aussi bien dans les prisons politiques de Habré que dans celles des Gnassingbé, des asticots et autres bestioles, générés par les cadavres en décomposition et par les déchets des détenus vivants circulaient sur le corps de ces derniers et pénètraient en eux par les orifices.

Que ce soit au Tchad sous le règne d’Hissein Habré ou au Togo des Gnassingbé, la volonté de réduire l’autre, par haine, mépris, vengeance, châtiment… à l’état d’animal est évidente.

La meilleure réponse à donner à ceux qui pratiquent de telles atrocités me semble celle-ci :

« Mais quand vous ôtez sa dignité à l’homme, il reste un homme. Ce que l’homme ose faire à l’homme est inimaginable. Il fait le pire quand il lui enlève sa dignité. La perte de cette dignité par la misère, la tyrannie, l’esclavage, ne le fait pas moins homme. Au contraire : la victime est plus homme que le bourreau. L’homme qui souffre est plus humain que l’homme qui fait souffrir. La brute se rapproche de l’animal. ». v

Tout à fait objectivement, pour appliquer cette réponse de Georges Elgozy à des situations historiques connues, les hommes, comme les maîtres d’esclaves, Hissein Habré (qui, soit dit en passant, a fait quarante mille cinq-cinq cents morts au Tchad), Gnassingbé Eyadema, Ernest Gnassingbé, Kpatcha Gnassingbé et Faure Gnassingbé (l’heure du bilan global des morts n’est pas encore venue), seraient plus proches de l’animal que leurs malheureuses victimes.

Césaire parle de la domestication du cheval ou du bœuf, comme métaphore de l‘esclavage. N’y en a-t-il pas parmi nous, qui, pour des motifs divers, des membres sincères du RPT-UNIR aux divers opposants qui se sont laissés, en toute conscience ou sans le savoir domestiquer par le système ? Lorsque l’on est dans cette dernière situation et qu’un jour on en prend conscience, la réaction normale d’un homme doit être la révolte.

« Je me révolte, donc nous sommes », dit Albert Camus dans L’homme révolté vi. Dans la situation du Togo, un seul Togolais qui prend conscience et se révolte, englobe tous les citoyens, car accepter ce système qui nous ravale tous à un état semblable à celui des animaux, ou se comporte à notre égard comme si nous lui avions tous été vendus, est humainement insupportable pour tous. Combien de fois n’entend-on pas les Togolais se plaindre en des formules comme celles-ci : « le clan Gnassingbé nous conduit comme si nous étions des moutons » ou « les Gnassingbé ne nous ont pas achetés au titre d’esclaves ». La prise de conscience du fait que nos rapports avec le clan doivent changer est une chose déjà acquise. La preuve en a été faite tout particulièrement par la révolte du 19 Août 2017. Puis par la dernière élection présidentielle.

Ne nous occupons pas du volet métaphysique de la révolte qui était certainement celui de Camus, dans sa philosophie de l’absurde. Restons terre à terre et parlons de l’homme togolais révolté, parce qu’il ne comprend pas pourquoi le ciel le priverait de ces choses dont la recherche constitue les aspirations légitimes de tout homme créé à l’image de Dieu : une vie décente, au moins deux repas par jour, une justice équitable, l’assurance d’être pris en charge et soigné dans un hôpital bien équipé quand il tombe malade, la possibilité d’envoyer ses enfants dans les bonnes écoles dans une société où les chances sont égales pour tous les citoyens, une société d’où la hantise et la peur d’être arbitrairement arrêté, battu, emprisonné, torturé serait bannie…Alors qu’une catégorie de citoyens qui sont des hommes comme lui accaparent les biens de l’État, pillent impunément les deniers publics et sont prêts à défendre leurs privilèges par les armes, au risque de massacrer, jeter en prison, chasser loin de la terre natale ceux qui osent s’opposer à leur volonté, aussi irrationnelle que farouche de conserver un pouvoir qui leur garantit ces privilèges.

« Je me révolte, donc nous sommes ». Camus, ironise sur la fameuse citation de Descartes. Nous pouvons aussi le paraphraser. Chaque Togolais doit pouvoir dire : « Je prends conscience, donc nous sommes ». L’important est de savoir de quoi l’on prend conscience. On prend conscience que cette situation dans laquelle nous évoluons tous ne saurait perdurer. Si elle perdurait, l’État, l’avenir, la nation, les valeurs humaines n’auraient plus aucun sens au Togo. La majorité des Togolais conclura au non-sens de la vie, au non-sens de l’existence.

Il est essentiel de savoir que le « nous » englobe les tortionnaires comme les suppliciés d’aujourd’hui, les tenants du pouvoir comme ceux qui en sont, par la logique de l’arbitraire, privés, les habiles fraudeurs comme ceux qui sont frauduleusement dépouillés de leurs droits, les arrogants et les humiliés, ceux qui jouissent du superflu et ceux qui manquent de tout, ceux qui font souffrir et ceux qui souffrent, les uns et les autres demeurant hommes, même si les bourreaux sont plus proches des animaux que les victimes, ceux qui rivalisent d’ardeur dans la course au matériel et ceux qui appellent ces derniers à penser aux valeurs. Il importe surtout de savoir qu’avec l’homme qui souffre, qui est humilié, injustement battu, emprisonné sans raison, torturé, condamné par une justice inéquitable, chaque Togolais doit s’identifier.

Hors de cette prise de conscience, il n’y a pas d’espoir.

Nous parlons, depuis quelques mois, des années pour certains, de transition : c’est pour créer les conditions de cet espoir que la transition est indispensable.

Nous en parlerons la prochaine fois, sur la base de la seconde citation tirée du livre de Jean-Paul II : « Entrez dans l’Espérance ».

(Á suivre)

Sénouvo Agbota Zinsou

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i. Alfred-Félix Vaucher, L’histoire du salut, éd. Vie et santé 1987, p.95
ii. Jean-Paul II, Entrez dans l‘Espérance, éd. Plon-Mame, 1994, p.67
iii. Victor Kemperer, LTI, la langue du IIIe Reich, Carnets d’un philologue, éd. Albin Michel, traduction française 1996, p. 37.
iv. Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, éd. Présence Africaine 1955 et 2004, p.33
v. Georges Elgozy, dans Christian Chabanis, Dieu existe-t-il ? éd. Fayard, 1973, p. 110
vi. Albert Camus, cité dans le XXe siècle, Lagarde et Michard, éd. Bordas 1963, p. 626

 

 

L’Homme

 

La justice togolaise vient une fois encore confirmer son rôle d´instrument dans les mains de Faure Gnassingbé

Les épisodes du film d’horreur qui se joue au Togo depuis le 13 janvier 1963 se suivent et se ressemblent. Même après le passage du témoin du père au fils en 2005, presque les mêmes acteurs sont restés au gouvernail, faisant voir de toutes les couleurs à un peuple togolais qui ne sait plus à quel saint se vouer. Que de tentatives durant toutes ces décennies de souffrance pour que la raison, l’amour, l’humanité puissent guider les pas de ceux qui nous gouvernent! Mais que de répressions sauvages, que de violations massives des droits de l’homme; comme pour dire aux Togolais, nous sommes là, nous y restons et la fin de votre traversée du désert n´est pas pour demain.

Ce qui vient de se passer depuis le 21 avril, date du kidnapping sauvage du Président démocratiquement élu Gabriel Messan Agbéyomé Kodjo, jusqu’à sa libération conditionnelle vendredi 24 tard dans la nuit, prouve que ceux qui prétendent nous diriger, n’entendent aucunement abandonner le pouvoir, et que l’organisation d’élections n’est que pure hypocrisie. Le Togo n’a pas d’armée; c’est un secret de Polichinelle. Ce que nous avons comme armée présente plutôt des contours de milices privées au service d´un clan contre la majorité des Togolais. Cette armée clanique, ajoutée à la justice incarnée par le pseudo-procureur, également non loin du sérail, Essolizam Poyodi, constituent aujourd’hui les deux principales institutions qui sont au service de Faure Gnassingbé et non de la République comme leur nom l’indique.

Quand il s’agit de réprimer, de violenter l’opposant qui dérange pour l’obliger à se plier au desiderata du dictateur, l’armée est là comme le 21 avril dernier au domicile de Messan Agbéyomé Kodjo, traîté comme un bandit des grands chemins. Après quelques jours à la gendarmerie vient la suite du programme préétabli avant même le jour de l’enlèvement, et qui consiste à passer au cinéma du procureur de la dictature qui est une personnalité ayant perdu toute dignité et qui a choisi, malgré ses connaissances juridiques, de ramper, la queue entre les pattes, comme ses collègues de la Cour Constitutionnelle, devant des criminels patentés. Donc pour que Faure Gnassingbé continue à rester au pouvoir pour sa minorité, malgré son impopularité, malgré ses cuisantes défaites aux élections depuis 2005 et malgré surtout la victoire de Agbéyomé Kodjo au soir du 22 février 2020, l’armée tribalisée d’un côté et la justice instrumentalisée de l´autre jouent leur rôle d´utilisation de la terreur et de contorsion du droit.

C’est au vu de ce scénario bien connu, bien huilé et installé par la dictature pour sa survie, que le papier du soi-disant doyen des juges d’instruction, Awi ADJOLI, un autre membre du clan, contenant les quatre conditions auxquelles seraient astreints le Président Agbéyomé et ses collaborateurs après leur libération, ne surprend personne.

«Interdiction de faire toute déclaration tendant à la remise en cause des résultats du dernier scrutin présidentiel du 22 février 2020.»

«Interdiction de tous propos, déclarations ou attitudes tendant à remettre en cause et à saper l´ordre constitutionnel et institutionnel existant.»

Voilà quelques-unes des conditions que notre Président démocratiquement élu devrait respecter pour qu´il puisse vivre en paix. Inacceptable!

Dans un pays normal le procureur se serait dessaisi de cette affaire politique qui ne le concerne pas. Des juges qui s’immiscent dans un contentieux électoral pour trancher en donnant le feu vert à l’imposteur de continuer à régner bien qu´il ait perdu les élections. Essolizam Poyodi et Awi ADJOLI qui volent au secours de Faure Gnassingbé, ont-ils compté les bulletins bureau de vote par bureau de vote pour être si sûrs que Dr Messan Agbéyomé Kodjo est le candidat qui est le trouble-fête et qui doit se tenir tranquille? Ce qui vient de se passer s’appelle un hold-up électoral avec une fois encore la complicité de l’armée, d´une justice qui ne mérite aucunement son nom, …. et avec le silence complice d’une certaine opposition.

En tout cas, pour tous ceux qui, au pays ou dans la diaspora, sont convaincus de la victoire de Messan Agbéyomé Kodjo, la parenthèse n’est pas fermée; la décision de ces juges de la honte, qui ont pris sur eux de trahir tout un peuple pour leurs intérêts personnels, n’engage qu’eux seuls. La lutte ne fait que commencer pour bouter hors du pouvoir les voleurs éhontés d’élections au Togo depuis plusieurs décennies. Le bilan plus que négatif d’un demi-siècle de règne, la militarisation des mesures préventives contre le COVID-19 qui donne le feu vert à leurs miliciens de soldats d´assassiner impunément, presque chaque nuit, de paisibles citoyens, et leur rejet par le peuple, sont entre autres, des éléments qui les disqualifient pour continuer à prétendre diriger aux destinées de notre pays.

Quel que soit ce que nous réservent les jours ou mois à venir, ce dernier trimestre nous aura révélé le courage, l´intelligence, la hargne de vaincre, l´expérience, et l´amour pour son peuple d’un homme: Messan Agbéyomé Kodjo, et la détermination d´un vieux prélat de 90 ans, Monseigneur Fanoko Kpodzro. Les deux personnalités nous auront appris que l´habit ne fait pas forcément le moine; en d´autres termes, des décennies dans l’opposition ne sont pas forcément une garantie qu´on a de l’amour pour son peuple. Entre le comportement de certains leaders de notre opposition pour qui l’alternance peut attendre, et celui du régime des Gnassingbé, lequel est plus nuisible à la lutte du peuple? Se demandent beaucoup de Togolais.

Samari Tchadjobo
26 avril 2020
Allemagne

 

 

La justice togolaise vient une fois encore confirmer son rôle d´instrument dans les mains de Faure Gnassingbé

 

27 Avril 2020, 60 ans d’Ablodè ? l’Indépendance des Gnassingbé vis-à-vis du Peuple togolais !

Communiqué conjoint du 27 avril 2020 adressé au peuple togolais

Réseau de la Coordination de la Diaspora Togolaise Indépendante (RCDTI) et Collectif pour la Vérité des Urnes – Togo – Diaspora (CVU-Togo-Diaspora)

Contact : info@cvu-togo-diaspora.org qui transmettra

Le Peuple togolais se voit priver de son droit légitime de faire le bilan des 60 années d’indépendance. En approfondissant l’examen de sa condition et le niveau de l’amélioration de son bien-être et ses libertés, il lui est difficile de faire un bilan positif des 60 années d’indépendance du Togo ? Ce 27 avril 2020 est un bien triste anniversaire dit « d’indépendance » pour le Peuple togolais épris de liberté. Devenu martyr au cours de ces 60 années, ce Peuple est bien obligé de constater qu’une oligarchie dotée d’un système de politique autocratique s’est graduellement accaparé le pouvoir au Togo. Les six décennies écoulées ont été régulièrement jalonnées par l’abus de pouvoir et le sang versé par des milliers de combattants pour la liberté et le refus de la dictature. Ils sont encore nombreux en prison pour des raisons politiques. Avec le 4e mandat, l’héritier Gnassingbé s’est-il acquis une indépendance vis-à-vis du Peuple togolais ?

1. La contre-vérité des urnes : vestige de la gouvernance coloniale coercitive

Au début du 20e siècle, l’Afrique est entièrement sous la domination du colonialisme européen sauf l’Ethiopie et le Libéria. L’exploitation gratuite des colonies par les métropoles européennes reposait sur deux principales formes d’implantation et d’administration territoriales, notamment les systèmes francophone et anglophone. L’objectif visé était l’exploitation économique où la colonie ne devait coûter aucun centime à la métropole, au contraire. Outre l’autofinancement de la colonie par l’impôt et les droits de douane, assorti du travail forcé ou des corvées pour les travaux publics, la colonie devait fournir à la métropole ou aux propriétaires d’esclaves, les matières premières dont ils avaient besoin pour leurs enrichissements personnels et collectifs, au détriment de l’industrialisation interdite en colonie. L’agriculture, les mines, le commerce et les voies de communication étaient fondés sur la non-transformation en Afrique des produits des Africains tirés du sol africain.

Les structures de gouvernance africaine ont été graduellement évacuées par une forme subtile de superposition et de supériorité affichée de la civilisation envahissante. La religion a permis de faire accepter de véritables annexions culturelles, territoriales et économiques. Avec l’introduction du système démocratique et électoral, il fallait trouver un subterfuge : ce fut la contre-vérité des urnes.

Le système francophone administré par la France se déclinait en trois systèmes de gouvernance coercitive pour une Afrique coloniale française découpée en trois entités fédérales sous-régionales (Afrique occidentale (AOF, 1895), Afrique équatoriale (AEF, 1910) et Madagascar, 1897) :

La colonie avait une administration directe sous tutelle du ministère des colonies en France. Sur le terrain, un gouverneur général de la fédération contrôlait des gouverneurs territoriaux, qui contrôlaient à leur tour des commandants de cercle, des chefs de subdivision, des chefs de canton et des chefs de villages. Les colonisés étaient de nationalité française-indigène, car soumis au code de l’indigénat 1.

La colonie de peuplement, partie intégrante de la France, était constituée de départements d’outre-mer, comme l’Algérie, et de territoires d’Outre-Mer (TOM). Ce type de colonie dépendait du ministère de l’intérieur qui déléguait un gouverneur et un préfet qui administrait directement le territoire. Si les colons atteignaient le nombre de 400 000 sur le territoire, des assemblées locales étaient mises en place pour eux mais les populations autochtones étaient maintenues dans le statut de l’indigénat.
Le protectorat était un territoire où les colons étaient suffisamment nombreux pour pouvoir contrôler les gouvernements locaux dans le cadre d’une association avec la France. Ce fut le cas du Maroc, de la Tunisie.
Le système anglophone principalement hérité des Britanniques se caractérisait par une administration indirecte dite « indirect rule » où les populations autochtones étaient associées à l’administration de la colonie par les colons. De type libéral et moins coercitif, on pouvait relever quatre formes de colonies :

Les colonies de la Couronne britannique dépendaient du « Colonial Office » créé en 1854. Le pouvoir était réellement exercé par les chefferies africaines locales. On peut citer Gold Coast (actuel Ghana), la Gambie ou la Sierra Leone.
Les compagnies à charte où les territoires étaient confiés à des compagnies privées et commerciales anglaises. Ces dernières gouvernaient selon leurs propres règles notamment les soldats et les douaniers. On peut citer le Nigeria et les anciennes Rhodésie du Nord et du Sud (principalement l’actuel Zimbabwe et la Zambie).
Les dominions étaient des territoires gouvernés par des colons blancs principalement d’origine néerlandaise (1652). Ces territoires bénéficiaient d’une large autonomie de gestion. Le cas emblématique est l’Afrique du Sud qui fut gouvernée par les Boers.
Les protectorats britanniques existaient aussi comme le Bechuanaland, l’actuel Botswana qui bénéficiait d’un régime similaire à celui des dominions.
Le protectorat comme entité politique est une des conclusions du partage unilatéral de l’Afrique opéré sans la présence ni l’avis des Africains, lors de la Conférence de Berlin 2 sous le Chancelier Otto von Bismarck. Le 5 juillet 1884, le Togoland (Deutsche Kolonie Togo) est devenu un protectorat allemand en Afrique de l’Ouest, ce entre 1884 et 1914. La 1ère guerre mondiale de 1914-1918 bouleverse le paysage colonial. Dès 1916 le Togo est administré de facto par la France, puis à la fin de la guerre et suite à la capitulation allemande, le traité de Versailles oblige en 1919 l’Allemagne à abandonner les 2/3 du territoire togolais de 88 500 km2. Le Togo devient un « territoire sous mandat » de la Société des Nations (SdN), administré par la France, les 1/3 restants passant « territoire sous mandat » des Britanniques, avec effet à partir de 1921. Lorsque le 24 octobre 1945 l’Organisation des Nations Unies remplace la SDN, le Togo devient un « Territoire sous tutelle », jusqu’en 1956. Le Togo français fut membre de l’Union française (1946-1958), d’abord en tant que « territoire associé » (1946-1956) puis, sous le nom de « République autonome du Togo », en tant qu’État jouissant de l’autonomie interne (1956-1958).

La partie anglophone rejoindra le Ghana et la partie francophone et française accèdera à l’indépendance le 27 avril 1960.

Le système anglophone colonial a permis rapidement de valoriser la représentation locale défendant les intérêts locaux alors que le système francophone colonial s’est caractérisé par une représentation locale devant mimer ou représenter les intérêts des colons ou des propriétaires d’esclaves.

De cet héritage découle la capacité de renouvellement de la contre-vérité des urnes au Togo. Celle-ci fut favorisée par une organisation peu optimale des élites dites de l’opposition togolaise et un clergé « obéissant » d’abord à l’ordre établi, et profitant par la même occasion pour neutraliser les velléités d’organisation de la contestation en toute indépendance.

2. 60 ans d’Indépendance, le Coronavirus nous demande de réfléchir lors du confinement

En 60 ans, le Togo n’a finalement pas véritablement pu parvenir à l’émancipation politique. Après la colonisation allemande jusqu’à la première guerre mondiale, puis sous procuration de la France (sous colonisation et mandat français par le traité de Versailles de 1919, puis sous la double tutelle successive de la Société des Nations, puis de l’ONU (1921 et 1956), le Togo a connu sa première existence autonome sous forme de République le 24 août 1956, ce qui l’a conduit, non sans luttes, vers l’indépendance du 27 avril 1960 3. Toutefois, dans le cadre de conventions franco-togolaises et d’accords de défense et monétaires secrets, la France avait conservé sa compétence sur la monnaie, la défense et la diplomatie. Autrement dit, la France a conservé ce qui fonde l’indépendance de l’Etat togolais. La polémique sur la sortie de la France de l’administration du Franc CFA n’est pas une vue de l’esprit. Il s’agit d’un leurre colonial qui « transforme les pays qui l’utilise en pays insulaire par rapport au reste du continent africain 4 ».

La seule véritable parenthèse démocratique du Togo aura duré 33 mois, sous l’égide du seul Président élu démocratiquement à ce jour, Dr. Sylvanus Olympio, premier Président d’un pays africain ayant accédé à l’indépendance et assassiné lâchement le 13 janvier 1963. Durant cette période cinq partis dominaient la vie politique du Togo, le Comité de l’unité togolaise (CUT) qui exerçait le pouvoir avec son allié la JUVENTO, le Parti togolais du progrès (PTP) et l’Union des chefs et populations du Nord (UCPN) qui fusionnèrent en 1959 pour devenir l’Union démocratique des populations togolaises (UDPT), et le Mouvement populaire togolais.

Le Togo connait ensuite une période de 4 ans marquée par une lutte entre ceux qui ont choisi de rester dans le giron de « l’influence française » et ceux qui souhaitaient s’en affranchir. Cette lutte s’est soldée par la prise de pouvoir des militaires le 13 janvier 1967 avec l’instauration du règne ésotérique, militaire et civil du système Gnassingbé. Après la dissolution de tous les partis politiques par décret du 13 mai 1967, le Togo va vivre 24 ans sous le règne du Parti unique, le Rassemblement du peuple togolais (RPT) créé à Kpalimé en novembre 1969, par Etienne Eyadéma Gnassingbé. Le parti unique sera même institutionnalisé par la Constitution du 9 janvier 1980. Il faudra attendre le 12 avril 1991, pour que le multipartisme soit légalement restauré, sous la pression Populaire qui aboutira à la Conférence nationale souveraine du 8 Juillet au 28 août 1991. Ce n’est que contraint et forcé par la vox populi que le père a endossé les habits de la démocratie pour aussitôt en usurper subtilement les attributs. Le fils Faure Gnassingbé, tout aussi subtilement, s’est érigé en fidèle continuateur du système du père. Tous deux ont subtilement choisi de ne plus contester la démocratie, mais d’en usurper les attributs.

Le bilan aurait pu être moins accablant si certains n’avaient pas préféré jouer au jeu de la démocratie de façade.

Mais, une partie importante des élites togolaises, certaines décédées, d’autres en vie, ont choisi la voie dite de la « paix », non sans l’appui des religieux de tous bords (animisme, christianisme, islam, etc.) qui ont systématiquement conservé le Peuple dans l’ignorance en neutralisant sa capacité à développer sa propre culture de combat 5. Leur responsabilité est immense.

Entre 1967 et 2020, 53 ans se sont évanouis dans les limbes d’une fausse-démocratie pour offrir un 4e mandat présidentiel 2020-2025 à Faure Gnassingbé, un citoyen rejeté par la grande majorité du Peuple togolais. En effet, le 27 avril 2020 sera marqué dans l’histoire par la célébration non pas de l’indépendance du Togo, mais bien du refus du système politique des Gnassingbé, en l’espèce Faure Gnassingbé et ses militaires, de rendre des comptes publics aux populations togolaises. En interne, le poids de la famille Gnassingbé sur les pouvoirs de plus en plus éclatés des forces militarisées soutenant le pouvoir s’est amoindri. Cette famille se trouve piégée par une sorte de diktat des différents chefs militarisés, amnésiques de tout ce qui se rapporte aux droits humains et aux droits des Peuples.

Aussi, l’arrivée du Coronavirus COVID-19 6 pourrait être comprise comme une suspension du temps pour permettre une réflexion approfondie sur les 60 ans de dépendance du Togo vis-à-vis de partenaires invisibles, mais bien présents, à l’instar du coronavirus, qui empêchent d’apporter un mieux-être au Peuple togolais. Alors, peut-être que le Coronavirus a une mission particulière au sein du système Gnassingbé. Le bilan devra être fait pour savoir si le COVID-19 a permis de faire avancer le Togo vers le retour de sa liberté de choisir ses dirigeants ou pas.

3. Une neutralité coupable 7 de la France dans le 4e mandat de Faure Gnassingbé ?

Avec l’appui des puissances extérieures de plus en plus discrètes mais toujours très actives au cours des 60 ans d’Ablodè dits d’indépendance, le Togo est passé de son indépendance juridique proclamée le 27 avril 1960 à une succession de gouvernance de la falsification de la vérité des urnes, où l’abus de pouvoir, l’abus de la violence et l’abus de droit font office de légalité.

Il suffit d’ailleurs que les dirigeants politiques des Etats africains ou internationaux se drapent dans une forme moderne de « neutralité coupable » pour qu’automatiquement, la contre-vérité des urnes s’enrichisse d’un doux duvet appelé « légitimité ». La France qui aurait officiellement enterré la Françafrique 8, ne serait pas innocente dans ce processus, au point de faciliter le musèlement par la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC) 9 de certains médias togolais accusés d’affirmation sans preuves dans leurs colonnes.

Le problème est que la France officielle ne change sa position en faveur des Peuples africains que lorsqu’elle est acculée face à ses contradictions suite à des contrats d’armements ou d’appui à la sécurité ou lorsque les Peuples décident de prendre leurs affaires en main sans se préoccuper de son avis. Le cas de la Tunisie est le plus emblématique. Sinon elle ne prend position qu’en fonction de ses intérêts. Le cas de la Côte d’Ivoire où le recomptage des bulletins de vote a été refusé au profit du bombardement d’une Présidence ; ou encore le cas du Gabon où le candidat de l’opposition a été lâché au profit du maintien du statu quo. Aussi, face à ces quelques exemples, le Peuple togolais devrait être très prudent quant à croire qu’un appui viendrait de l’extérieur.

Les Nations Unies, les organisations régionales européennes ou africaines sont au diapason avec les gouvernements nationaux qui les financent, sans compter les liens ésotériques. Aussi, le Peuple togolais doit apprendre que l’indépendance est une conjonction de la détermination des élites à organiser un Peuple conscient de son indépendance et souhaite le préserver. Toute compromission cachée sous des apparences de compromis finissent par mener à des impasses. Faut-il rappeler les organisations sous-régionales africaines comme la Communauté économique et de développement des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) qui ont systématiquement failli, en particulier au Togo, dans l’offre de solutions qui se sont révélées faussement inclusives au détriment de l’intérêt des populations togolaises ? Des aveugles ? Non ! De l’incompétence ? Sûrement pas ! Des Liens ésotériques et économiques qui pour préserver quelques intérêts particuliers empêchent que l’on puisse voir la vérité en face, comme l’absence de vérité des urnes au Togo ? Assurément !

4. L’Indépendance des Gnassingbé vis-à-vis du Peuple Togolais Victime

La victime est et demeure le Peuple togolais. Surtout lorsque l’armée clanique togolaise, ignorant des droits humains, n’a que faire de se retrouver un jour devant un tribunal pour non-respect de la Charte Africaine des Droits Humains et de Peuples (CADHP), voire pour crimes contre l’humanité. Par exemple quand elle cache ses abus de violence derrière le couvre-feu à durée indéterminée imposé du fait du Coronavirus.

Pourtant, les responsables togolais devront se préparer à venir rendre des comptes devant une juridiction indépendante, que ce soit sur le sol africain, ou ailleurs à l’international, puisqu’au Togo, toute tentative pour obtenir justice est systématiquement neutralisée et vouée à l’échec… Avec la non-séparation des pouvoir entre l’exécutif et le judiciaire, c’est le chantage, le kidnapping, la condamnation abusive, l’emprisonnement, la disparition de pièces à conviction, les avocats alimentaires, les bastonnades, les assassinats qui sont le droit commun. Et tout cela constitue l’artillerie dont use et abuse le système politique Gnassingbé, juste pour se maintenir au pouvoir ! Quel déni d’indépendance !!!

Le Peuple doit retrouver une nouvelle indépendance, cela passe par une condamnation de l’Etat togolais pour avoir empêché la souveraineté du Peuple togolais de s’exprimer et le respect de ses droits humains élémentaires.

Si l’ancienne puissance coloniale se décline de plus en plus sous forme de la loi insoutenable de certaines multinationales privées opérant au Togo, il faut de plus en plus prendre conscience d’entreprises ou d’Etats africains qui utilisent le Togo comme une « Suisse de l’Afrique ». Il faut comprendre un centre d’excellence pour le blanchiment et le recyclage de l’argent sale. Paradoxalement, il arrive que des confréries religieuses voire des congrégations ecclésiastiques ou ésotériques deviennent complices de ce genre d’opérations et osent même rendre Dieu responsable de cette forfaiture.

Non, décidément, le Togo n’est pas indépendant.

Alors, l’Etat légalisé par une Cour constitutionnelle illégale et anticonstitutionnelle au Togo a choisi de laisser toute liberté à Faure Gnassingbé de choisir sa date d’investiture malgré le confinement imposé par le COVID-19. Tout cela pour acquérir, – acheter diront certains – une légitimité auprès d’une communauté africaine et internationale qui se fout éperdument de la vérité des urnes et du droit souverain du Peuple togolais de choisir ses dirigeants. Mais de quelle légitimité s’agit-il ? Celle d’une minorité, femmes comme hommes, qui défendent leurs intérêts bien compris aux dépens du Peuple togolais ? Assurément !!!

Faure Gnassingbé a donc en digne héritier de son père, allumé ce 27 avril 2020, la flamme du feu qui devrait tôt ou tard sanctifier le sol togolais. Il a cru sanctifier l’indépendance des Gnassingbé vis-à-vis du peuple togolais victime. Une erreur ? L’avenir nous le dira. La démocratie « apaisée » d’antan, risque de devenir la « démocratie inclusive et conviviale » … Une « fake démocratie », une fausse démocratie s’entend !

Mais à quel prix ? Celui de la dépendance de tout un Peuple et de sa Diaspora, citoyens de seconde zone, qui n’est toujours pas recensée et n’a pas de droit de vote ? Le peuple togolais ne pourra pas laisser cette descente en enfer s’opérer sans réagir, avec ou sans COVID-19. Alors, attention à l’utilisation abusive de l’achat des consciences de plus en plus institutionnalisé et s’opérant à huis clos…

5. Légitimité sous Covid-19

La légitimité au Togo s’acquiert principalement par le recours abusif à l’achat des consciences. Au niveau des Etats, obtenir une légitimité revient à accepter de s’aligner sur la défense des intérêts bien compris de puissances publiques et privées extérieures. Il va de soi que ceci n’est possible que si à l’intérieur du territoire national, le système sécuritaire est détourné de sa fonction première de protection des populations et de garantie de la démocratie vers la protection prioritaire et unilatérale de ceux qui sont au pouvoir, le clan et système Gnassingbé. C’est cela que soutient le Groupe des pays occidentaux et africains présent au Togo qui après avoir envoyé des messages de félicitations se prépare à avaliser le coup de force constitutionnel que constitue le 4e mandat présidentiel qui devrait, Inch Allah, démarrer le 4 mai 2020. Le coronavirus a peut-être empêché le Peuple togolais et sa Diaspora de manifester sa désapprobation et sa condamnation de la légalité de la contre-vérité des urnes dans la rue. Mais le coronavirus pourrait, paradoxalement se retrouver être un allié de taille de ce Peuple.

Le système Gnassingbé a usurpé la démocratie au Togo. Ce système politique a profité de la candeur du Peuple togolais avec la signature reniée et les engagements non tenus du RPT/UNIR, malgré les promesses sans cesse renouvelées depuis l’accord politique global faussement inclusif du 20 août 2006.

Dès lors que la pauvreté, la peur, les menaces et en définitive l’absence de consensus intelligent entre les figures de l’opposition finissent par être éclipsés par l’achat des consciences, l’indépendance du Peuple togolais est en danger. L’affirmation selon laquelle « personne ne peut acheter la voix des électeurs indépendants » demeure vraie. Ce qui pose problème est qu’au Togo, il est difficile d’être indépendant dans des conditions de menaces permanentes, y compris celle nouvelle du COVID-19.

Malheureusement, « Les sacs de riz « FAURE » et l’argent distribué, décliné sous toutes les formes possibles de compromissions et de dialogues de légitimation du statu quo », déterminent encore trop souvent le choix de certains électeurs togolais, mais aussi de dirigeants de partis politiques… Aussi, une troisième voie devra s’imposer par la force des choses… une voie indépendante 10.

La réalité est qu’il y a eu un formidable quiproquo institutionnalisé tant par le pouvoir que l’opposition qui a accepté de participer aux élections. La confusion entretenue depuis l’avènement des Gnassingbé au pouvoir en 1967 a consisté à confondre allègrement « élection » et « accession au pouvoir ». Pour la énième fois consécutive, une partie de l’opposition togolaise vient de faire l’amère expérience de la contrevérité des urnes où celui est censé avoir gagné ne peut accéder au pouvoir, ni dans la paix, ni par la force, car l’armée non républicaine et clanique se fait assister d’une armée privée grassement payée avec l’argent des contribuables togolais.

6. Recommandations de RCDTI et CVU-Togo-Diaspora

Le système ésotérique, militaire et civil des Gnassingbé a réussi entre 1967 et 2020 à transformer le système de parti unique initial du père en une démocratie représentative de partis politiques trop souvent alimentaires, où le système politique empêche le Peuple d’exercer sa souveraineté par l’intermédiaire d’organes représentatifs indépendants. Ce système a donc organisé l’indépendance des Gnassingbé vis-à-vis du Peuple togolais, ce qui est tout le contraire d’une indépendance dite « Ablodè » et d’une démocratie véritable comme les avaient conçues les pères de l’indépendance togolaise.

Après la proclamation des résultats de l’élection présidentielle du 22 février 2020 par une Cour constitutionnelle anticonstitutionnelle du fait de l’absence du Sénat, il n’y a pas eu d’alternance au Togo.

RCDTI et CVU-TOGO-DIASPORA rappellent que le contentieux post-électoral portant sur le 4e mandat anticonstitutionnel de Faure Gnassingbé ne peut être systématiquement et unilatéralement réglé par l’abus de force et l’abus de droit.

RCDTI et CVU-TOGO-DIASPORA réitèrent leur demande de soutien financier auprès de tous citoyens, associations, sociétés, institutions, gouvernements ou même organisations bilatérales et internationales 11, dès lors qu’ils sont indépendants du système de Faure Gnassingbé.

RCDTI et CVU-TOGO-DIASPORA demandent au Peuple togolais de reprendre courage pour s’organiser pour une lutte renouvelée dans le cadre de la troisième voie, celle de la justice, du projet société commun, de la conférence inclusive et d’une période transitoire de pacification du pays avant des élections de la vérité des urnes.

Le 27 avril 2020.

La Direction du :

Réseau de Coordination de la Diaspora Togolaise Indépendante (RCDTI) et du

Collectif pour la Vérité des Urnes-Diaspora Togo (CVU-TOGO-DIASPORA) en partenariat avec toutes personnalités ou structures de la société civile indépendantes de la mouvance présidentielle au Togo.

Comité de Rédaction : RCDTI, CVU-Togo-Diaspora, Sursaut-Togo, Rassemblement National pour la Démocratie et le Panafricanisme (RNDP), Forces du Consensus Démocratique et Partenaires :

Yves Ekoué AMAÏZO, Dr.
Jean-Pierre Akoété BALIKPO
Ernesto D’ALMEIDA, Dr.
Mathieu D’ALMEIDA
Koffi DEKU, Ing.
Segnon EGBEKOU
François FABREGAT
Apélété Félix KODJO
Antoine Koffi OKOUTA
Tchatikpi OURO-DJIKPA
Antoine RANDOLPH, Dr.

————-

Contact et Coordination : info@cvu-togo-diaspora.org et rcdti@cvu-togo-diaspora.org

Note : Toutes les personnalités ou associations qui souhaitent être signataires des textes de RCDTI et CVU-TOGO-DIASPORA peuvent le faire en écrivant par courrier électronique à l’adresse ci-dessous. Ils ou elles auront l’occasion de participer à l’une ou l’autre des téléconférences fondant notre démocratie participative et proposer des solutions dans le cadre du projet de société commun pour l’avenir du Togo en vue d’une transition.

© RCDTI & CVU-TOGO-DIASPORA

Notes:

1. Code de l’indigénat. Université Laval, Canada. Accédé le 27 avril 2020, voir http://www.axl.cefan.ulaval.ca/afrique/indigenat_code.htm
– Le Code de l’indigénat fut adopté le 28 juin 1881. Puis c’est en 1887 que le gouvernement français l’imposa à l’ensemble de ses colonies. En général, ce code assujettissait les autochtones et les travailleurs immigrés aux travaux forcés, à l’interdiction de circuler la nuit, aux réquisitions, aux impôts de capitation (taxes) sur les réserves et à un ensemble d’autres mesures tout aussi dégradantes. Il s’agissait d’un recueil de mesures discrétionnaires destiné à faire régner le « bon ordre colonial », celui-ci étant basé sur l’institutionnalisation de l’inégalité et de la justice. Ce code fut sans cesse « amélioré » de façon à adapter les intérêts des colons aux « réalités du pays ».

2. La conférence de Berlin marqua l’organisation et la collaboration européenne pour le partage et la division de l’Afrique. Elle commença le 15 novembre 1884 à Berlin et finit le 26 février 1885. A l’initiative du Chancelier Otto von Bismarck, l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, la Belgique, le Danemark, l’Empire ottoman, l’Espagne, la France, le Royaume-Uni, l’Italie, les Pays-Bas, le Portugal, la Russie, la Suède-Norvège ainsi que les États-Unis y participèrent. Une conférence antérieure fit commencer le débat sur la partition des Congo. La conférence de Berlin aboutit principalement à édicter les règles officielles de colonisation.

3. Tété-Adjalogo, G. T. (2017). Quelques pans cruciaux de l’histoire contemporaine du Togo. Editions l’Harmattan : Paris.

4. Mandilou, D. (2020). La monnaie unique africaine : En finir avec le franc CFA. 12 mars 2020. Edition VA Press : Versailles.

5. Agbobli, A. A. (2002). Le monde et le destin des Africains. Les enjeux mondiaux de puissance. Collection « interdépendance africaine : études africaines. Editions l’Harmattan : Paris.

6. Kananura, P. (2020). Gestion africaine de l’épidémie de coronavirus « COVID-19 ». Institut Mandela. Accédé le 27 avril 2020. Voir https://afrocentricity.info/positions-afrocentriques/gestion-africaine-de-lepidemie-de-coronavirus-covid-19/5805

7. Amaïzo, Y. E. (Sous la Direction) (2008). La neutralité coupable. L’autocensure des Africains, un frein aux alternatives. Avec une préface du Professeur Abel Goumba, et une postface de Têtêvi Godwin Tété-Adjalogo. Editions Menaibuc : Paris.

8. Pigeaud, F. et Sylla, N. S. (2018). L’arme invisible de la Françafrique. Cahiers libres. La Découverte : Paris.

9. HAAC (2020). Décision n°15/HAAC/P/20 Portant suspension de l’hebdomadaire FRATERNITE, 31 mars 2020. Accédé le 27 avril 2020.Voir https://www.haactogo.tg/?p=5450 ; Décision n°14/HAAC/20/P portant suspension du quotidien privé LIBERTE. Accédé le 27 avril 2020. Voir https://www.haactogo.tg/?p=5437; Décision n°13/HAAC/20/P portant suspension du bihebdomadaire L’Alternative. Accédé le 27 avril 2020. Voir https://www.haactogo.tg/?p=5433

10. Amaïzo, Y. E. (2020). « Existe-t-il une troisième voie au Togo : le Peuple togolais est-il prêt ou résigné ? Interview par Radio Kanal K et Radio Avulete. Journaliste : Sylvain Amos. 22 mars 2020. Accédé le 27 avril 2020. Voir https://cvu-togo-diaspora.org/2020/03/22/existe-t-il-une-troisieme-voie-au-togo-le-peuple-togolais-est-il-pret-ou-resigne/17500

11. Demande de contributions pour financer le Recours Juridique auprès des juridictions de l’Union africaine : Voir https://cvu-togo-diaspora.org/2020/02/13/mobilisation-du-peuple-togolais-pour-des-recours-juridiques-violation-de-la-charte-africaine-des-droits-de-lhomme-et-des-peuples/17408

 

 

27 Avril 2020, 60 ans d’Ablodè ? l’Indépendance des Gnassingbé vis-à-vis du Peuple togolais !

 

Togo : Le silence, le prix à payer

Comme François Boko et Pascal Bodjona, Faure veut réduire AgbéyoméKodjo au silence. La boulimie du pouvoir devient obsessionnelle et maladive chez le prince de PYA. Une thérapie de choc est nécessaire au fils d’Etienne et de Sabine

La boulimie du pouvoir devient obsessionnelle et maladive chez le président de la République, Faure Gnassingbé. Les mots ne sont pas trop forts pour le dire. Nul besoin d’être un homme en blouson blanc chevronné pour établir ce diagnostic.

Depuis 2005, où il est arrivé au pouvoir, avec un air d’innocence, dans un bain de sang des milliers de togolais, le prince héritier de PYA s’emploie, venitenimpotest, à écarter tous ses adversaires politiques. Il ne rate aucune occasion pour démontrer, que son « trône familial » vaut mille fois plus que la vie de tous les Togolais.

Quel que soit votre appartenance politique, opposition ou de son clan politique, vous pouvez tout faire sauf lorgner le pouvoir ou essayer de le raisonner sur la nécessité de garantir la paix et l’alternance dans le pays. Beaucoup en ont fait les frais.

En 2005, pour avoir osé alerter l’opinion sur le danger qui guette le pays en cas de passage en force du régime RPT, après la mort du Général Eyadema Gnassingbé, l’ancien ministre de l’intérieur de l’époque, François Akila Esso-Boko a failli laisser sa peau. Il n’a eu la vie sauve, que parce qu’il s’était plié à la loi du silence imposée par Faure Gnassingbé et la soldatesque de son géniteur.

Plus besoin de rappeler que, deux (02) jours avant les élections d’Avril 2005, l’homme a démissionné de son poste de ministre de l’intérieur, non sans faire part de son inquiétude pour l’avenir de la nation togolaise.

« Il s’en est suivi une série de négociations. Le pouvoir n’avait pas accepté le fait que depuis plusieurs semaines, j’ai quand même tiré sur la sonnette d’alarme en expliquant aux généraux, à la classe politique au pouvoir qu’on ne peut pas continuer d’aller dans ce sens et cela risquait de se terminer en bain de sang. Comme je n’ai pas été suivi, j’ai démissionné », a déclaré en 2010, l’ancien ministre Boko, sur TV5 monde.

Et d’ajouter : « Le pouvoir a pris cela comme une trahison. J’étais donc recherché, des négociations ont eu lieu entre la France l’Allemagne, l’Union européenne et le pouvoir et finalement ils ont accepté que je puisse quitter le territoire contre une résiliation et un silence ».

L’histoire politique récente de notre pays, nous apprend donc que, face à l’entêtement du régime Rpt, maintenu pas un petit clan qui ne veut lâcher le pouvoir pour rien au monde, ce qui devrait arriver arriva en 2005. Des milliers de Togolais ont payé de leurs vies, le prix fort de la conservation du pouvoir.

L’autre victime de Faure Gnassingbé (issue de son propre camp), dans cette obsession du pouvoir, reste sans doute son ancien bras droit, Pascal AkoussoulèlouBodjona. L’ancien ministre de l’administration territoriale, de la décentralisation et des collectivités locales a payé les frais de son zèle au côté du président de la République.

Trempé dans une affaire dite d’escroquerie internationale, l’ancien ministre grand format a appris à ses dépens qu’il ne faut être nullement, plus royaliste que le roi Faure Gnassingbé, et que lui seul doit être sous les feux de la rampe. Pire, il ne faut pas être bien vu par ses adversaires politiques.

Après avoir passé plus de 500 jours dans les bagnes de la prison civile de Tsévié, l’ancien porte-parole du gouvernement a été libéré sous le vocable « provisoirement ». Ce qui sous-entend que ce dossier est mis au frigo et qu’il peut être réchauffé à tout moment, au gré de l’humeur de Faure Gnassingbé ou de l’attitude du concerné. Et visiblement, le natif de Kouméa a choisi la voie de la sagesse qui est le silence, que de s’attirer encore les foudres d’une justice à la solde du prince de PYA.

Depuis sa libération provisoire, ce dinosaure politique s’est mué dans un silence sépulcral, alors que face aux derniers déroulements de l’actualité, beaucoup de Togolais auraient aimé entendre son avis. Même ses apparitions lors du dernier dialogue inter-togolais entre la C14 et le pouvoir en 2018, ont été éphémères.

« Le rêve du chien reste dans son ventre », dit l’adage populaire. En tout cas, face au rouleau compresseur que lui-même a contribué à ériger, Pascal Bodjona a préféré payer le prix de la liberté : le silence.

Quid d’Agbéyomé Kodjo et cie

Agbéyomé est le dernier fils de la maison à se « rebeller » et à lorgner le fauteuil monarchique. Mais il se verra appliquer aussi la loi du silence. Elle est d’or, cette loi dans les arcanes du pouvoir Rpt-Unir.

En effet, investi comme candidat de la dynamique Kpodzro pour le scrutin présidentiel du 22 février 2020, l’ancien premier ministre s’est auto-proclamé vainqueur avant les résultats provisoires de la Commission nationale électorale indépendante (CENI) et leurs confirmations par la Cour constitutionnelle.

Dans la foulée, l’homme de Tokpli, a nommé un premier ministre issu de la Diaspora en la personne d’Antoine Nadjombé. Le député a livré également des discours à la nation togolaise sous sa casquette de « président démocratiquement élu).

Le Procureur de la République avait qualifié ses actes « d’une extrême gravité et de nature à troubler indubitablement l’ordre public et à mettre en danger la sécurité publique ».

La levée de l’immunité parlementaire d’AgbéyoméKodjo, par ses collègues de l’Assemblée nationale a pavé le chemin pour la procédure judiciaire mis en branle en son encontre.

Il est arrêté le 21 avril 2020, dans une violence de rare intensité et conduit dans les locaux du Service central des recherches et d’investigations criminelles (SCRIC).

Plusieurs voix se sont élevées pour exiger sa libération et préconiser que cette crise post-électorale soit résolue sur le plan politique.

C’est ainsi qu’après avoir passé trois (03) jours dans les locaux du SCRIC, il est présenté devant le Procureur de la République, avec plusieurs de ses collègues de la dynamique Kpodzro dont son porte-parole, Brigitte Kafui-Adjamagbo et son directeur de campagne, Fulbert Attisso, puis devant le juge d’instruction, qui les a relâchés sous quatre (04) conditions.

Il s’agit notamment pour AgbéyoméKodjo et compagnies, l’obligation de déférer aux différentes convocations des juges aussitôt qu’il en sera requis, l’interdiction de quitter le territoire sans l’autorisation expresse des juges, l’interdiction de faire toute déclaration tendant à la remise en cause des résultats du dernier scrutin présidentiel du 22 février et l’interdiction de tous propos, déclarations ou attitudes tendant à remettre en cause et à saper l’ordre constitutionnel et institutionnel existant.

On comprend aisément qu’à travers ces conditions surtout les deux dernières que Faure Gnassingbé et ses sous-fifres de la justice, viennent une fois encore d’imposer leur loi du silence à un adversaire politique devenu trop « gênant ».

Dans la perspective de sa prestation de serment pour un mandat de trop, tout doit être au calme. Aucun chien ne doit aboyer, aucun oiseau ne doit roucouler.

Nul ne peut donc nous reprocher de pousser le Rubicon trop loin si l’on glose que « la boulimie du pouvoir de Faure Gnassingbé est à son paroxysme et que le fils du général Eyadema se soule de la rançon du silence de ses adversaires politiques ».

En somme, Faure Gnassingbé, le fils d’Etienne et de Sabine, mérite véritablement, une thérapie de choc pour comprendre que le pouvoir n’est pas une fin en soi et qu’il y a une vie après la présidence.

Source : Le Panafricain N° 033 du 28 avril 2020

 

 

Togo : Le silence, le prix à payer

 

Togo : Gangstérisme d’Etat chez Agbéyomé Kodjo, Jamais deux sans trois

A l’heure où l’humanité entière retient son souffle et se tient la tête à deux mains pour cause de Covid19, la préoccupation majeure des gouvernants togolais semble consister à solder le lourd passif de l’élection présidentielle du 22 Février dernier avec l’arrestation et l’incarcération du candidat à qui le laboratoire à fraude a attribué la deuxième position, Gabriel Messan Agbéyomé Kodjo. En effet, la majorité des pays ont mis leurs différends politiques en sourdine et mobilisent toutes leurs ressources et énergies à la lutte contre la grave pandémie qui menace sérieusement le monde entier. Dans des zones de conflit, des cessez-le feu sont décrétés unilatéralement ou de façon consensuelle pour faire face au Coronavirus, des événements de portée mondiale ou internationale sont annulés ou reportés.

Au Togo, le gouvernement a pris la mesure de la situation et a édicté des règles de sécurité sanitaires. Certes, on déplore des décès mais à moins d’une possible manipulation de la réalité, le nombre de décès officiellement déclarés, 05 précisément, montre que l’infection n’est pas à si grand échelle comparativement à d’autres pays du continent qui sont plus mal lotis que nous. Afin de venir en aide et de porter assistance aux plus démunis, un programme de solidarité est même mis en place afin de permettre aux Togolais de ne pas trop ployer sous les mesures de restriction qui perturbent leurs principales activités.

Ainsi, lune catégorie de Togolais devront percevoir durant trois mois une allocation du gouvernement pour les besoins de première nécessité. Paradoxalement, au moment d’avoir en ligne de mire la précarité des couches sociales les plus défavorisées de notre société, le pouvoir de Lomé prend un malsain plaisir à exacerber une situation qui prévaut depuis les lendemains du scrutin présidentiel du 22 Février. Il n’est un secret pour personne que le candidat Agbéyomé arrivé second conteste les résultats proclamés par la CENI et la Cour constitutionnelle et se déclare vainqueur de l’élection. Sur et dans les médias, il réclame sa victoire que le camp d’en face lui a volée. Il a animé des conférences de presse pour clamer haut et fort sa victoire et la machination que l’on est en train d’ourdir contre lui. Depuis son dépôt de candidature jusqu’à la tenue du scrutin en passant par la campagne, il est soutenu par l’ancien archevêque de Lomé, Philippe Fanouko Kpodzro qui, après l’avoir aperçu dans le miroir du saint esprit, n’épargne aucune énergie pour le soutenir et l’accompagner même dans l’état de siège de sa résidence. Une procédure de levée de l’immunité parlementaire, il est député en exercice à l’Assemblée nationale et ancien président de l’institution. Le fait que le candidat de la dynamique Kpodjro soit un des députés du parlement monocolore suffisait pour le discréditer si on sait le débat qui a précédé la mise ne place d’un tel parlement, mais la personnalité du prélat fait vite oublier certains pans de l’histoire de l’ancien premier ministre. Le régime de Faure Gnassingbé veut, à tout prix, clouer le bec à Agbéyomé contre la volonté populaire et le réduire définitivement au silence. Pour se faire, une première convocation émise par la gendarmerie nationale lui a été adressée à laquelle il n’a pas daigné répondre pour motif de santé.

Une deuxième lui est alors adressée pour comparution le 09 Avril dernier, même résultat. Le 17 Avril, une armada, s’est rendue au domicile d’Agbéyomé pour lui présenter une 3ème et ultime invitation selon laquelle il devra se présenter au Service central de recherches et d’investigations criminelles de la gendarmerie le mardi 21 Avril 2020 à 09h00. Pourquoi en ces temps de crise sanitaire, le régime s’acharne-t-il tant contre un adversaire ? N’a-t-il pas d’autres priorités en cette période d’incertitudes et d’angoisse ? Ce qu’on peut qualifier d’acharnement inutile et puéril du gouvernement contre l’ancien président de l’Assemblée et ancien Premier ministre Agbéyomé Kodjo laisse dubitatif et perplexe. Cela n’a aucun sens et aucune portée tant politique que judiciaire. Sur le plan politique, Agbéyomé Kodjo est un candidat tout comme les autres à l’élection présidentielle du 22 Février.

En s’acharnant contre Agbeyomé, le régime croit compter sur son talon d’Achille. Le Talon d’Achille du candidat élu de la dynamique Kpodjro est qu’il ne dispose pas de base populaire, il est élu sous l’ombre d’un prélat qui jouit d’une assise catholique. Il a été élu, mais ceux qui l’ont élu ne sont pas prêts à s’afficher dans la rue pour lui, encore faut-il que lui-même ait une stratégie pour mettre son électorat à profit pour arracher sa victoire. Inutile de rappeler que des que les premières menaces ont commencé par peser sur lui, il n’a pas hésité à déclarer que lui il n’a pas envoyé les jeunes dans la rue. Pour l’autorité togolaise, sont en train de fabriquer Agbéyomé politiquement, car l’ennemi de mon ennemi étant mon ami, Agbéyomé peut jouir de la sympathie des populations malgré son passé encombré de casseroles voir de cuisines. Inutile de rappeler que c’est la peur phobique du RPT face à Gilchrist qui a fait de ce dernier ce qu’il n’était en réalité pas, un grand homme politique. Sur le plan judiciaire, n’eut été le fait que la particularité des candidats du saint esprit est de se faire élire sans réelle base électorale, on aurait pu craindre que s’en prendre à Agbéyomé d’une manière ou d’une autre serait la goutte qui ferait déborder le vase ou constituerait le détonateur d’une explosion qui couve depuis la proclamation des résultats définitifs du scrutin par la Cour constitutionnelle. N’empêche, les militants et sympathisants de l’opposition qui ont une soif inextinguible de changement en font un héros que la dictature ne peut s’empêcher de réduire au silence.

Ainsi, après un long chantage judiciaire, le fils de Tokpli a frôlé la prison avant d’être libéré sous 4 conditions qui mettent fin à l’odyssée de la dynamique de Kpodjro : obligation de répondre aux éventuelles convocation des sorciers du droit, interdiction de quitter le territoire togolais, surtout, interdiction de faire toute déclaration tendant à remettre en cause les résultats du dernier scrutin présidentiel, et enfin interdiction de tout propos déclaration tendant à remettre en cause l’ordre établi. C’est sous promesse de respecter ces conditions que le président démocratiquement élu est revenu à la maison. Il est arrêté de la façon la plus rocambolesque et la dictature sait si bien le faire. De l’arrestation de Kpatcha Gnassingbé au saccage du domicile de Tikpi Atchadam en son absence pour revenir à ce qui vient de se produire chez Agbéyomé lors de son arrestation musclée le 21 avril dernier, on peut vraiment dire qu’il n’a jamais deux sans trois. Après lui, toute une série de convocations sont envoyées aux proches parents de sa vision politique. L’archevêque n’a pas pu échapper à l’interrogatoire musclé sur fond de torture morale au SCRIC.

Si on sait que Faure n’écoute aucun conseiller et que le sort de l’ancien PM ne relève que de son humeur, il faut reconnaître que la destination à donner à l’homme de Tokpli a tellement divisé le cercle quand bien même tous sont d’accord que Kodjo l’héritier d’Eyadema doit trouver une formule pour clouer le bec à Kodjo le dauphin d’Eyadema. Ce qui fut fait, du coup, ceux qui ont refusé de voir la réalité en face en croyant qu’il est possible de détrôner la dictature togolaise par les urnes ont leurs yeux pour pleurer. Agbéyomé Kodjo est devenu du ‘’has been’’, le saint esprit n’a pas pu être assez saint pour produire le miracle attendu, il faut bien penser à autre chose car la dictature reste intacte.

Lakdhar

Source : Le Rendez-vous No.349 du 28 avril 2020

 

 

Togo : Gangstérisme d’Etat chez Agbéyomé Kodjo, Jamais deux sans trois

 

Agbéyomé Kodjo n’a pas négocié sa remise en liberté, dixit Me Darius Atsoo

Depuis la libération d’Agbéyomé Kodjo, des informations sur les réseaux indiquent qu'il a négocié sa remise en liberté. Selon ces rumeurs, il aurait signé une reconnaissance de la victoire de Faure Gnassingbé. Une information que son avocat principal, Me Darius Atsoo a démenti lors d’une récente intervention sur la question.

« Les conditions dont est assortie la remise en liberté de notre client n’ont pas été négociées (…) En réalité, les conditions relèvent de la seule décision du juge instructeur. Vous comprenez lesdites conditions ne peuvent pas être la contrepartie d’aucune offre de notre client », a indiqué l'avocat d'Agbéyomé Kodjo.

Même si l’avocat qualifie d’« extrêmement dures », les conditions de contrôle judiciaire de son client (Agbéyomé Kodjo), il regrette qu’il soit contraint de les respecter.

En considérant le statut d’Agbéyomé Kodjo, son principal avocat confie : « Il nous semble que la condition qui lui interdit de faire toute déclaration tendant à la remise en cause des résultats du dernier scrutin présidentiel, est une grave atteinte à sa liberté d’expression et sa liberté d’exercer un engagement politique ».

Le collectif d’avocats de l'ancien Premier ministre a appelé à un procès rapide contre les conditions du contrôle judiciaire. Relativement à cet appel, Me Darius Atsoo a laissé entendre que l’article 19 de la constitution togolaise a consacré le droit de toute personne en toute matière à ce que sa cause soit entendue et tranchée équitablement dans un délai raisonnable par une juridiction indépendante et impartiale.

Pour lui, « il est évident que les conditions du contrôle judiciaire auxquelles notre client est astreint, ne lui permettent pas d’exprimer sa liberté d’engagement politique, ce qui est une atteinte grave à sa liberté fondamentale d’expression ».

Et d’ajouter : « En tout état de cause, nous serons vigilants sur l’attitude du juge en ce qui concerne son contrôle de la mise en œuvre de ces conditions ».

 

 

Agbéyomé Kodjo n’a pas négocié sa remise en liberté, dixit Me Darius Atsoo

 

Covid-19 : La CDPA relève une gestion catastrophique de la crise sanitaire

Manque de matériels de protection pour le personnel soignant, insuffisance d'information au niveau des populations dans les coins reculés, bavures policières et militaires, avec des blessés et des morts, etc., la Convention démocratique des peuples africains (CDPA) dresse un bilan catastrophique de la gestion de la crise sanitaire au Togo. Le parti de Mme Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson appelle le gouvernement à repenser la lutte.

COMMUNIQUE DE LA CDPA
relatif à la gestion de la riposte de la pandémie à Covid 19

Depuis le 5 mars 2020, le Togo a enregistré et signalé son premier cas de Covid 19 entrant ainsi dans la longue liste des pays et territoires frappés par la pandémie. Pour gérer cette situation une urgence sanitaire a été décrétée avec une panoplie de mesures qui pour certaines, sont destinées à régler des problèmes politiques. Il en est ainsi du couvre-feu instauré depuis le 2 avril 2020 pour une durée indéterminée, qui à ce jour, selon les nombreuses informations, photos et vidéos sur les réseaux sociaux, a permis aux forces de défense et de sécurité de tuer de paisibles citoyens ou pour les plus chanceux d’être gravement blessés avec possiblement de graves séquelles. Ces malheureux dont la route a croisé celle des forces de défense étaient sortis tout simplement pour satisfaire leurs besoins physiologiques car dans leurs maisons il n’y a pas de toilette à Lomé, capitale du Togo en ce 21e siècle.

Par ailleurs, nous observons en journée, des forces de défense et de sécurité munies de cordelettes qu’elles utilisent pour tabasser les personnes surtout sur les motos et qui ne portent pas de masques sans que jamais il n’ait été décrété, le port obligatoire de masque dans le pays.

Sur l’aspect sanitaire de la gestion de la riposte du Covid 19, il y a un cafouillage monstre doublé d’un manque de transparence et une communication hasardeuse alimentant des rumeurs qui font que la population ne croit pas en la parole publique, d’où la panique et la méfiance.

Le 25 avril 2020, le Gouvernement dans son rapport de situation n°39 du 18 avril 2020, a annoncé 747 cas suspects, 54 cas probables cliniques et 808 cas contacts, 96 cas confirmés, dont un bébé de 28 jours et 06 décès. Au regard des mesures prises, nous observons chaque jour sur les médias publics un défilé des autorités togolaises, qui malheureusement n’informent pas sur l’essentiel à savoir : Quelle est la progression de la pandémie ? Quel est le nombre et état réels des patients hospitalisés ? Quelle est la disponibilité des différents matériels de protection ? Quelle est l’évolution du dépistage et des soins ; quelles sont les structures sanitaires équipés pour faire les tris des patients à l’accueil aux urgences ? Comment les services sanitaires fonctionnent-ils pendant la quarantaine ou l’hospitalisation en cas de confirmation ? Comment sont formés les soignants et comment sont-ils protégés ? quelle est la situation financière, notamment l’origine des 2 678 070 375 francs cfa qui alimentent le fonds Novissi, des précisions sur les 460.059 bénéficiaires au 17 avril 2020 ?

Ainsi, le 15 avril 2020, deux patientes hospitalisées dans le service de pneumologie du CHU Sylvanus Olympio, après être passées par le service des urgences médicales cinq jours auparavant, étaient en fait porteuses du Covid 19 sans que personne ne s’en rende compte et ignorant tout de leurs parcours. 2 Cette situation a entrainé la mise en quarantaine de plus de 40 soignants (médecins en spécialisation, internes, infirmiers, garde malades) qui viennent s’ajouter aux cas confirmés. La même situation a été vécue à l’hôpital de Bè dans la même semaine où avaient été admis le bébé de 28 jours décédé depuis, et sa maman, tous Covid 19 positifs ; ici c’est environ une quinzaine de soignants qui ont été mis en quarantaine. Ce qui rend indisponible pendant 40 jours plus d’une cinquantaine de soignants, en ce moment où les togolais ont le plus besoin d’eux et dans ce pays qui souffre déjà d’un manque de personnel hospitaliser.

Cette situation nous alerte sur quelques éléments de la communication officielle sur lesquels nous nous interrogeons :

- le troisième décès signalé le 3 avril 2020 n’était pas répertorié puisque selon le site d’information officiel du Gouvernement, « il s’agit d’un homme de 41 ans … ambulant de profession … souffrant depuis le 30 mars. Face à la complication de son état de santé, un test de dépistage de la Covid 19 a été effectué et s’est révélé positif » ;

- aucune précision sur l’origine probable de la contamination n’est donnée pour deux des trois nouveaux cas confirmés du 05 avril 2020 : une femme de 28 ans et un homme de 37 ans, tous togolais et résidant à Lomé ;

- aucune précision sur l’origine probable de la contamination n’est donnée pour le seul patient testé positif le 13 avril 2020 ni même son âge et son lieu de résidence ;

- sur les six nouveaux cas identifiés le 25 avril 2020, quatre sont des cas suspects (rappel : 747 cas suspects le 18 avril 2020) ;

- Au 25 avril 2020, il est annoncé 5 584 tests de dépistage effectués : que recouvre ce chiffre ? Combien de personnes ont été testées effectivement et qui sont-elles, puisqu’une personne peut être testée 2, 3 ou 4 fois.

La situation vécue au CHU Sylvanus Olympio nous apprend également que le personnel soignant n’est pas suffisamment protégé car il manque des équipements de protection individuels (EPI). Si ces informations sont avérées, où sont alors passés tous ces matériels offerts par de généreux donateurs (OMS, Jack Ma), réceptionnés et exhibés ? Où sont passés ceux que l’Etat annonce avoir acquis ?

Au-delà, nous nous demandons comment les masques et les gants chirurgicaux qui malgré leurs prix très élevés, sont inexistants en pharmacie mais se retrouvent en vente libre dans la rue ?

Alors qu’une cinquantaine du personnel de deux formations sanitaires est en mis en quarantaine, c’est ce moment que le gouvernement choisit pour renvoyer 34 paramédicaux du CHR Lomé commune pour les remplacer par des infirmiers militaires :

- Comment ces nouvelles recrues sont formées pour qu’elles soient directement opérationnelles afin d’être efficaces pour le service pour lequel elles sont appelées et surtout ne pas se contaminer eux-mêmes devenant un danger pour leurs proches et un vecteur de propagation du Covid 19?

- Pourquoi cette militarisation à outrance du secteur de la santé (Force anti pandémie de 5.000 personnes commettant diverses exactions, les CHU Sylvanus Olympio et Campus, le CHR Lomé Commune, le Coordonnateur de la cellule nationale de riposte de la pandémie et l’adjoint au 3 responsable du centre de prise en charge des patients Covid 19 du CHR Lomé Commune sont tous des militaires !) ?

Au regard de tout ce qui précède, la CDPA dénonce et condamne avec la plus grande fermeté :

- la militarisation excessive du pays et particulièrement celle du secteur de la santé ;

- les tueries et les bastonnades des paisibles citoyens ;

- le limogeage du personnel soignant du CHR Lomé Commune.

La CDPA présente ses sincères condoléances aux familles en deuil à cause du Covid 19 et de la barbarie soldatesque. Elle souhaite prompt rétablissement aux personnes testées positives et mises en quarantaine, et aux blessés suite aux brutalités policières. Elle invite les compatriotes à respecter scrupuleusement les mesures barrières qui sauvent la vie face à cette pandémie et à se mettre à l’abris de l’arbitraire d’un couvre-feu, qui loin de nous protéger, nous enlève la vie.

La CDPA exige :

- l’ouverture d’enquêtes impartiales pour faire la lumière sur les crimes et bavures des forces de défense et de sécurité et la traduction devant des tribunaux indépendants, les auteurs et commanditaires de ces actes cruels, inhumains et dégradants ;

- un visage plus humain et plus de professionnalisme dans la gestion du couvre-feu qui se révèle aussi mortel que la maladie qu’il est censé combattre ;

- l’arrêt des exactions des forces de défense et de sécurité sur la population pendant le couvre-feu de même que leur brutalité dans la journée quand les gens sont sans masque (non encore rendu obligatoire) ;

- un compte rendu quotidien de la situation de la pandémie fait par le Secrétaire général du ministère de la santé et de l’hygiène publique et/ou le Coordonnateur de la cellule de riposte ;

- la réintégration à leurs postes des soignants limogés ;

- la mise à disposition de tout le personnel soignant dans toutes les structures sanitaires du pays, des éléments de protection individuels de qualité et en quantité suffisante car il ne sert à rien de décréter le port obligatoire de masques pour le personnel soignant sans qu’ils n’en disposent réellement ;

- l’homologation des masques artisanaux que porte majoritairement la population afin d’éviter sa contamination malgré leurs port.

Au moment où notre pays célèbre, dans la douleur, les soixante ans de notre indépendance confisquée par les forces conservatrices, la CDPA invite les togolais au courage et à l’endurance.

Nous n’avons pas le droit de baisser les bras !
La patrie en danger nous l’ordonne !
Ensemble nous vaincrons !

La secrétaire Générale

B. K. ADJAMAGBO JOHNSON

 

 

Covid-19 : La CDPA relève une gestion catastrophique de la crise sanitaire

 

Présidentielle 2020/Mgr Kpodzro persiste et signe : Agbéyomé Kodjo est le vrai vainqueur

L’archevêque Emérite de Lomé, Mgr Kpodzro, hausse à nouveau le ton. Les poursuites judiciaires en cours contre son protégé Dr Gabriel Messan Agbéyomé Kodjo et ses proches n’enchantent pas le prélat. Il exige l’abandon de ces poursuites et réclame la vérité des urnes.

Tout porte à croire que la situation malencontreuse que traverse la dynamique Kpodzro est loin de dissuader le prélat en ce qui concerne la quête de la vérité des urnes, surtout celle du scrutin présidentiel du 22 février dernier.

« Nous allons continuer à clamer notre victoire jusqu’à pleine récupération du pouvoir. UNIR n’a encore rien compris. Il ne s’agit pas de la victoire d’Agbéyomé Kodjo, mais plutôt de la victoire de Dieu sur les forces du mal », a indiqué Mgr Kpodzro ce mardi.

Et de poursuivre : « J’affirme sans ambages que les restrictions auxquelles ont été soumis les membres de la Coordination sont nulles et non avenues ».

Selon lui, les interdictions requises contre Agbéyomé Kodjo et ses collaborateurs sous contrôle judiciaire, et d'autres membres de la dynamique relèvent d’une persécution engagée par le régime en place.

L’archevêque Emérite de Lomé a par ailleurs invité les responsables de la CENI et de la Cour Constitutionnelle à faire « des aveux publics visant à restituer la vérité des urnes » dans le cadre de l’élection présidentielle du 22 février dernier.

Car, a-t-il prévenu, ces derniers courent le risque d’une malédiction.

Nicolas K

 

 

Présidentielle 2020/Mgr Kpodzro persiste et signe : Agbéyomé Kodjo est le vrai vainqueur

 

Togo Debout exige une concrétisation des prémices de la transition politique

Même en pleine crise sanitaire, TogoDebout ne perd pas de vue l’objectif de la lutte pour la libération du Togo. Dans le cadre des 60 ans d’indépendance du Togo, cette organisation de la société civile exhorte les acteurs politiques et de la société civile à une transcendance personnelle et générale afin de concrétiser l’alternance au sommet de l’Etat.

Après 60 années d’indépendance, le mouvement estime que les circonstances politiques actuelles « montrent que l’enjeu n’est pas de créer une autre opposition, mais d’empêcher qu'elle ne se dissolve », lit-on dans un communiqué de TogoDebout en date du 27 avril 2020.

Pour l’organisation, il ne s’agit pas d’imposer l’unicité d’action, mais plutôt d’éviter les réactionnaires. Selon elle, « ne pas comprendre cela, c’est ignorer la nature perfide de la dictature des Gnassingbé ou opter, en toute conscience, pour la stratégie de la collaboration ».

A l’en croire, la libération du Togo doit passer par de « nouvelles étapes basées sur des règles démocratiques ». « Nous devons rester ouverts, mais déterminés et intransigeants », a indiqué le mouvement.

Le 28 février dernier, l’organisation a suggéré aux forces démocratiques, la mise en place des organes de transition. Relativement à cette requête, elle « exhorte chacun des mouvements politiques et tous les acteurs de la société civile à une transcendance personnelle et générale ».

« TogoDebout, porteur de l’ensemble des tendances démocratiques du TOGO, exige une concrétisation dans les jours à venir, des prémices de la transition et une feuille de route exhaustive inclusive, qui engage toutes les composantes de la nation », a ajouté le communiqué.

 

 

Togo Debout exige une concrétisation des prémices de la transition politique

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